Égypte, une nouvelle phase de la révolution...

Publié le par NPA 06 Ouest

Interview de Moustafa Mohie, journaliste à Al-Masry Al-Youm, et militant de Renouveau socialiste.

Avec les gigantesques manifestations du mercredi 25 janvier et du vendredi 27 janvier, puis le massacre de Port Saïd, qui a fait plus de 70 morts le 1er février, une nouvelle vague révolutionnaire vient de commencer. Elle est centrée sur la revendication du départ des militaires du pouvoir.

Les militaires, les Frères et les mouvements de jeunes
Les militaires veulent se retirer du devant de la scène, mais tout en continuant à garder leur influence et leurs privilèges.
Les Frères musulmans ne veulent pas déloger l’armée parce qu’ils ont peur d’entrer en conflit avec elle. Cela nécessiterait, par ailleurs, des mobilisations importantes et ils ne veulent pas que la rue fasse partie de l’équation politique. Ils ont trop peur d’être débordés comme cela s’est clairement produit les 25 et 27 janvier.
Les mouvements de jeunes se sont multipliés après la chute de Moubarak. Ils ne comptent parfois que quelques dizaines de membres, mais ils ont joué un grand rôle dans plusieurs campagnes politiques depuis l’été.

Des campagnes politiques
L’une d’entre elles est parvenue à enrayer le processus de poursuite de civils devant les tribunaux militaires. Une autre a consisté à projeter dans la rue des courtes vidéos permettant ensuite de débattre de la politique du Conseil militaire, et cela même dans des villages reculés.
Ces campagnes défensives ont permis de reprendre l’offensive, et un de leurs résultats concrets a été les journées de mobilisation des 25 et 27 janvier, dont l’ampleur a constitué une surprise pour beaucoup. Mais il ne sera possible de se débarrasser du Conseil militaire que si des liens s’établissent entre le mouvement de la jeunesse et celui des travailleurs.

Où en est le mouvement ouvrier ?
Un progrès qualitatif a été franchi dans l’organisation de la classe ouvrière. Il y avait, en effet, seulement quatre syndicats indépendants début janvier 2011. Il y en a aujourd’hui plus de 350.
Mais il existe plusieurs obstacles freinant ce processus, comme par exemple la loi criminalisant les grèves et la présentation de celles-ci comme un complot contre la révolution.
Tout cela explique pourquoi les mouvements sociaux ont décliné après février 2011 et qu’il n’y a pas eu de réponse positive aux revendications ni d’ouverture de négociations.
Les mouvements sociaux ont partiellement repris en septembre, mais ces grandes mobilisations n’ont obtenu que des résultats assez maigres, et cela a contribué au reflux global des luttes jusqu’à maintenant.
Des luttes sont prévisibles dans les mois à venir face à la poursuite de la politique antérieure d’emprunts auprès du FMI et de la Banque mondiale.

Vers une convergence des luttes ?
Depuis 2004, les mouvements de la jeunesse et de la classe ouvrière ont avancé de façon séparée.
Une des sources de cette situation est que le mouvement ouvrier a été mis en miettes pendant des dizaines d’années, et que cela a entraîné une perte de conscience politique parmi les travailleurs.
Cela explique en grande partie pourquoi beaucoup de militants de groupes politiques et des mouvements de jeunes ne comprennent pas l’importance des revendications sociales. Ils ne pensent pas que les travailleurs peuvent les aider dans leurs luttes.
L’inverse est également vrai. Ceux qui participent aux grèves et aux occupations n’ont souvent pas conscience qu’il s’agit d’un acte politique, et ils ont même parfois peur que la politisation de leur action soit un obstacle à la satisfaction de leurs revendications.
Mais, autant cet obstacle était difficilement franchissable avant la révolution, autant la situation est aujourd’hui favorable au changement de cette mentalité isolationniste.


Extraits d’une interview disponible sur le site www.solidaires.org

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