Face à la xénophobie d’État, la Semaine anticoloniale et antiraciste...

Publié le par NPA 06 Ouest

tean-6-anti-colonial810.jpgCette année, la Semaine anticoloniale aura lieu à Paris du 23 février au 11 mars. Nous en publions le programme et revenons sur le contexte politique nauséabond qui entoure cet événement dans ce dossier écrit par la commission antiraciste et la commission internationale du NPA.

Plus d’infos sur : www.anticolonial.net et dailleursnoussommesdici.org

La Semaine anticoloniale 2012 en quelques dates clés

Vendredi 24 février
Un an après les révolutions arabes, le troisième temps des luttes anticoloniales
Débat au Cabaret sauvage suivi d’un couscous et de la dernière représentation de l’année du Barbès Café, l’histoire de l’immigration maghrébine en musique.

Samedi 25 et dimanche 26 février
Le Salon anticolonial
Deux jours de conférences, débats, projections, concerts, avec la remise des prix du livre anticolonial, du colonialiste de l’année, de la Françafrique et le prix Franz-Fanon, décerné cette année à Mumia Abu Jamal. Mais aussi le Forum politique organisé en partenariat avec Afriscope, sur la questions du racisme et des discriminations, en présence de Philippe Poutou et d’autres candidatEs (ou leurs représentantEs) à l’élection présidentielle. (lire aussi page 8)

Lundi 27 février
Carte Blanche à l’AFPS : Palestine Yes We Can et Palestine What Else
En présence de Haël Al Fahoum, ambassadeur de Palestine.

Mercredi 29 février
Colloque sur les résistances françaises à la guerre d’Algérie
Suivi de la projection de deux films : Des Hommes de loi dans la tourmente et Le Refus, au Centre culturel algérien.

Samedi 3 mars
Colloque laïcité : du code de l’indigénat à la situation post-coloniale
Deux tables rondes pour dénoncer l’instrumentalisation et le pervertissement de la notion de laïcité, et lutter contre les pratiques et mécanismes institutionnels hérités de notre histoire coloniale.

Dimanche 4 mars
Assemblée des peuples colonisés par la France
En présence d’associations kanak, comorienne, guadeloupéenne.

Jeudi 8 mars
Journée internationale des femmes
Les femmes dans les mouvements d’émancipation des peuples, et après ?

Dimanche 11 mars
Forum antiraciste et anticolonialiste
Co-organisé par Sortir du colonialisme et « D’ailleurs nous sommes d’ici », animé par Denis Sieffert, directeur de la rédaction de Politis.

Samedi 17 mars
Marche anticolonialiste et antiraciste dans toute la France
Co-organisée par Sortir du colonialisme et « D’ailleurs nous sommes d’ici ».
À Paris, RV à 14 heures à Barbès.

Programme complet sur : http://www.anticolonial.net/spip.php?article2433

Ah ! La République ! Sa devise ! Ses valeurs...

Lorsque le ministre de l’Intérieur entreprend de justifier ses propos crapoteux sur l’inégalité des civilisations, il ne manque pas de se référer à la République : « toutes les civilisations, toutes les pratiques, toutes les cultures, au regard de nos principes républicains, ne se valent pas... Au regard des valeurs que porte la France et que, je crois, portent tous les partis républicains en France, il y a des civilisations que nous préférons ». Le ministre de l’Économie le confirme : son collègue est « un profond républicain […] je ne vois pas très bien quel républicain peut contester cette position ». Et Olivier Vial, président de l’UNI, la très droitière organisation étudiante devant laquelle Claude Guéant s’était exprimé, lui fait écho en évoquant un « discours très général, très serein, posé et républicain ».


En dépit des apparences, ces gens-là sont sans doute plus dans le vrai que ceux qui, à gauche, prétendent également placer leur engagement sous la bannière des valeurs républicaines. Ceux-là ne veulent apparemment connaître qu’une République idéelle, quand bien même il ne s’agit que d’une coquille vide popularisée par un slogan mensonger, une abstraction totalement détachée du vécu quotidien des « citoyens ».

 

Marine Le Pen, qui partage visiblement avec Guéant le souci de poser des jalons pour une recomposition de la droite au lendemain d’une débâcle annoncée, ne s’y trompe pas : « Je crois à la liberté, à la démocratie, aux valeurs de notre République » ou encore : « Je suis attachée à la laïcité ; je défends la laïcité ». L’explication de texte sera réservée au magazine Présent : « La liberté, l’égalité et la fraternité sont des valeurs chrétiennes […]. Je crois même que défendre ces valeurs-là, c’est nous donner la possibilité de rechristianiser en quelque sorte notre pays ». En dernière analyse, cela tient assez bien la route si on le rapporte, cette fois, à la République réelle, ce régime installé sur les décombres de la Commune et dont le premier président fut précisément le massacreur Adolphe Thiers.

 

De fait, au lendemain de la grande trouille de 1871, c’est bien d’un compromis entre tenants de l’Ancien Régime et bourgeoisie triomphante, conscients de leur communauté d’intérêts, qu’allait naître la Troisième République. Désormais, les possédants disposeraient d’institutions sur mesure qui leur permettraient de dissimuler la violence de la guerre sociale en posant les bases de l’union nationale. De la gauche à la droite, un socle de valeurs communes s’est ainsi progressivement constitué à partir d’au moins trois identifiants.

 

L’école laïque et obligatoire dont l’une des visées n’était rien moins que l’inculcation, à nos chères têtes blondes aussi bien qu’aux petits colonisés qui se découvraient des ancêtres gaulois, d’une histoire officielle et commune. Républicains, ils étaient tous z’enfants de la Patrie, avaient vocation à se faire massacrer en tant que besoin devant transcender toute conscience de classe ou de « race » ; notons que cette histoire « laïque » présentait entre autres : le baptême de Clovis qui fit de la Gaule une nation chrétienne, la victoire de Charles Martel arrêtant les Arabes à Poitiers (ouf ! on a eu chaud), les croisades et aussi l’exaltation mythique des figures de Saint Louis et Sainte Jeanne d’Arc...

 

Les promoteurs de l’engagement colonial, tel Jules Ferry, icône républicaine s’il en est, s’attachaient à masquer les considérables intérêts économiques en jeu en affirmant qu’« il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures ».

 

Le compromis historique de la loi de 1905 qui en posant en préalable (article 1) que « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public » était à même de rassurer, à défaut de satisfaire, tout le monde… sous réserve d’inventaire.

 

Passée la tourmente de la Première Guerre mondiale, à laquelle les troupes coloniales ont payé un lourd tribut, passée la déchéance de la Troisième République par dévolution des pleins pouvoirs au très chrétien maréchal Pétain, passés les crimes de guerre qui, de Sétif à Paris en passant par Madagascar, ont accompagné la « décolonisation », le visage de la République est aujourd’hui en passe d’être remodelé... dans la continuité ! Le musulman est le premier à en faire les frais.

Assimilé aux classes dangereuses, il est relégué dans ses quartiers ; souvent arabe ou noir, il est exposé aux discriminations liées à son indigénat ; supposé étranger aux « valeurs » de la République, il est décrété ennemi d’une laïcité réduite aux restrictions édictées « dans l’intérêt de l’ordre public ». Il constitue dès lors la cible idéale d’un racisme d’État qui, après l’Holocauste et avec la vulgarisation des connaissances élémentaires en matière de biologie, ne peut plus se référer au paradigme biologique, et c’est ainsi que les « républicains » d’aujourd’hui ne parlent plus de « races supérieures » mais de « civilisations supérieures ». Tout en accumulant les lois et règlements qui représentent autant de brimades pour les musulmanes et musulmans ; en multipliant les contrôles au faciès ; en lâchant, sous quasi- assurance d’impunité, une police meurtrière contre les jeunes arabes ou noirs des quartiers populaires…

La Semaine anticoloniale et antiraciste sous le signe du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie

Crime d’État du 17 octobre 1961, massacre de Charonne en 1962, accords d’Évian, c’est le calendrier qui rythme la 7e édition de la Semaine anticoloniale. De nombreux événements seront dédiés à la guerre d’Algérie dans la perspective de la célébration de son indépendance. Ce qui ne sera pas du luxe vue l’ambiance putride de nostalgie révisionniste et de réhabilitation coloniale actuelle, démultipliée à l’approche des présidentielles.

 

Outre le coffret Musiques rebelles, qui fait entendre les musiques algériennes et kabyles de 1930 à 1962, Sortir du colonialisme coordonne le livre Résister à la Guerre d’Algérie par les textes de l’époque (lettres de déserteurs, appels au refus, manifestes anticolonialistes), éclairé par l’analyse de l’historien Tramor Quemeneur, et postfacé par Nils Andersson, témoin engagé de cette période. Le Musée du Montparnasse consacre d’ailleurs une exposition aux éditeurs engagés contre la guerre d’Algérie, au cours de laquelle il sera donné de voir brochures, livres et journaux censurés et saisis, ainsi que des publications clandestines. Un débat autour du front éditorial s’y tiendra le 7 mars.

 

Le 25 février, le Salon anticolonial, événement militant, festif et fédérateur de cette quinzaine, accueille le Collectif du 17 octobre pour un débat sur l’exigence de la reconnaissance de ce crime d’État, dont la commémoration du cinquantenaire a donné lieu en 2011 à de nombreuses manifestations. La volonté de travailler ensemble sur une histoire commune de part et d’autre de la Méditerranée, le rejet de toute tentative d’écriture officielle de l’histoire sera au cœur de cette initiative. Dans la continuité, une pétition sur la condamnation de tous les crimes coloniaux (Vietnam, Cameroun, Algérie etc.) sera présentée et ouverte à signature1.

 

À ne rater sous aucun prétexte, le colloque sur les Résistances françaises à la guerre d’Algérie (le 29 février), en présence de témoins et acteurs/trices de cette lutte pour la liberté, mettra à l’honneur cette minorité de consciences qui s’éleva contre le discours colonial et raciste dominant marqué par un vocabulaire insultant. Insoumis, déserteurs, soldats du refus, une génération de résistances politiques et intellectuelles qui dit l’importance de la fraternité avec le peuple algérien et l’actualité de la solidarité internationale. Cette journée se conclura par la projection de deux films, Des hommes de loi dans la tourmente et Le Refus, également projeté au Studio d’Aubervilliers. Ce film, c’est l’histoire d’Alban Liechti, un camarade profondément agréable et chaleureux, président d’Agir contre le colonialisme aujourd’hui. Pour avoir osé écrire au président de la République son refus de faire la guerre au peuple algérien, il a été emprisonné quatre ans durant, avant d’être enrôlé de force dans un commando : il patrouilla alors sans mettre de balles dans son arme, ce qui lui valut deux autres années de prison dont il ne sortira qu’à la fin de la guerre.

 

L’indépendance sera aussi fêtée en musique le 4 mars à Montreuil, lors d’un grand concert de musique kabyle et algérienne. Un plateau artistique exceptionnel venu spécialement d’Algérie pour l’occasion avec entre autres, Abdelkader Chaou, légende de cette musique.

 

La journée du 10 mars, à Mains d’œuvres Saint-Ouen, lieu privilégié de la culture urbaine, verra la restitution d’un travail réalisé par des lycéens d’Île-de-France sur la mémoire partagée de cette histoire coloniale. Désirée Frappier, auteure du bouleversant récit graphique Dans l’ombre de Charonne y présentera son ouvrage, morceau d’intimité dans le contexte historique tragique du massacre orchestré par l’appareil d’État français, avec Roger Frey et Maurice Papon aux manettes.

Garder la mémoire des luttes passées pour rester vigilant et actif aujourd’hui, entretenir la mémoire des luttes, tirer parti de leurs leçons pour l’action, aujourd’hui et demain, tel est le sens de toutes ces initiatives.

1. Sur www.anticolonial.net

Guyane, Mayotte : vous avez dit colonies ?

En cette semaine du 21 février et de l’ouverture de la Semaine contre le colonialisme, il est bon de rappeler que l’impérialisme français ne se manifeste pas seulement par ses interventions militaires ou le néocolonialisme dans ses anciennes colonies. Il perpétue également une forme plus directe de domination dans ses dernières colonies du Pacifique, de l’Océan indien, des Caraïbes ou de l’Amérique du Sud. C’est ainsi qu’il espère maintenir ses intérêts économiques et stratégiques, et l’illusion d’une « France forte », d’un empire s’étendant sur les cinq continents.

 

Tous les moyens sont bons, la carotte parfois, mais plus souvent le bâton : violation du droit international, bases militaires, répression policière, justice aux ordres, mesures d’exceptions, le droit commun de la Métropole ne s’y applique pas intégralement. Mais la meilleure des armes, là-bas comme ici, c’est encore la division. Pour cela quoi de mieux que les mesures contre les immigrés en général, les sans-papiers en particulier, instaurées en France et en Europe. Surtout lorsqu’on peut se permettre d’aller encore plus loin en toute impunité et sans rappel à l’ordre de la part d’une justice coloniale aux ordres.

 

En Guyane, par exemple, les autorités françaises tentent d’accréditer l’idée que les conditions de vie, la sécurité de la population guyanaise seraient directement menacées par l’arrivée en masse de clandestins venus profiter des « avantages » dont bénéficie cette population directement issue de la colonisation (créoles, noirs marrons descendants d’esclaves révoltés, survivants du bagne, métropolitains, H’mongs du Laos « importés » en 1977, en tout près de 80 origines différentes). Le peuple primitif quant à lui, les Amérindiens, auxquels on refuse les droits à la propriété collective de leurs terres, ne représente plus que 4 % de la population.

 

Pour distiller la peur, le gouvernement français manipule les chiffres en mélangeant allègrement sans-papiers, étrangers en situation régulière, Français d’origine étrangère.

 

La France a mis en place dans ce département une législation d’exception locale particulièrement complexe : contrôles d’identité, inspection des véhicules, barrages routiers, destruction des bateaux transportant des étrangers en situation irrégulière et, enfin, la possibilité d’expulser un étranger qui a contesté l’expulsion au tribunal administratif avant même que celui-ci ait statué. La Guyane peut ainsi se « vanter » d’expulser plus que tout autre département (exception faite de Mayotte) : environ 9 000 expulsions par an contre 29 000 pour toute la métropole, une progression de 77, 85 % entre 2004 et 2010.

 

Mais c’est à Mayotte, où la France maintient une base navale importante lui permettant de participer au contrôle du trafic dans le Canal de Mozambique et l’Océan indien, que cette politique atteint des sommets depuis l’instauration du visa Balladur en 1995. Ainsi, les Comoriens non originaires de Mayotte sont devenus des immigrés clandestins, objets d’expéditions punitives, de rafles, suivies d’expulsions abusives et au mieux taillables et corvéables à merci. La poursuite en mer des kwassa kwassa, ces barques légères transportant celles et ceux qui tentent de venir ou de revenir vers Mayotte, est directement responsable de la mort de plus de 10 000 personnes.

 

C’est la conséquence de l’occupation illégale par la France, depuis 1974, de Mayotte, devenu en 2011 un département français, en violation du droit international et des résolutions de l’ONU. Dans cette île d’environ 200 000 habitants, en 2010 plus de 26 000 « clandestins » dont près de 6 000 enfants, ont été expulsés, soit presque autant que pour la métropole (29 000) avec une augmentation de 137, 57 % depuis 2004 ! Le préfet y dispose de pouvoirs exceptionnels, notamment celui de renvoyer en métropole tout fonctionnaire récalcitrant. C’est ce que viennent de vérifier le porte-parole local du Snes et le représentant de RESF.

 

Mais cela n’a qu’un temps. Le mouvement social sans précédent qu’a connu Mayotte cet automne a rapproché les Mahorais et les « sans-papiers » comoriens tous unis contre la misère et le mépris.

Salon anticolonial

Samedi 25 et dimanche 26 février à la Bellevilloise, la librairie La Brèche ainsi que les librairies le Point du jour et Envie de lire participeront au salon anticolonial. Dans l'espace librairie sont prévues des rencontres et signatures avec des auteurs ainsi que la remise du prix du livre anticolonial décerné le dimanche à 17 h 15 (plus d'infos sur www.anticolonial.net).

 

En exclusivité pour Tout est à nous !, voici une sélection des livres qui concourent à ce prix.

Les frontières de l’« identité nationale » : l’injonction à l’assimilation en France métropolitaine et coloniale
Abdellali Hajjat, La découverte, 338 pages / 25 euros

 
Comment un État-nation trace-t-il les frontières de ce qu’il perçoit comme son « identité » ? Pourquoi et comment cherche-t-il constamment à définir son extériorité au travers d’un Autre jugé « inassimilable » ? En revenant sur les origines historiques de l’injonction à l’assimilation dans la procédure de naturalisation, ce livre cherche à montrer que ces « frontières » sont mouvantes. Celles-ci sont en effet le fruit de facteurs multiples, liés au contexte social et politique aussi bien qu’aux glissements des significations et des usages du concept même d’ « assimilation ». Mais, outre cette dimension historique, ce livre novateur analyse la manière dont l’administration mesure l’ « assimilation » des candidatEs. Grâce à une enquête minutieuse en préfecture qui aura duré deux ans, l’auteur met en lumière l’invention des critères d’assimilation et les usages administratifs qui en sont faits, également déterminés par la concurrence de logiques administratives distinctes, les pratiques des agents subalternes et la « naturalisabilité » des candidatEs. La « vérité objective » de la naturalisation est particulièrement bien révélée par les cas de refus de naturalisation pour « défaut d’assimilation », qui concernent aujourd’hui principalement des femmes et/ou des musulmans. Ces refus soulèvent ainsi les questions du hijab, de la polygamie et de l’ « islamisme », qui constituent à l’heure actuelle autant de frontières à la prétendue « identité nationale ».

 

La chanson de Tsira, Jean-Marie Robillard et Yasmine Gateau, Talents Hauts 48 pages / 6, 90 euros

 
L'histoire de Tsira débute en plein désert. Alors que Barama le chamelier se rend chez son maître Baaba Toumba, il recueille un bébé des mains d'une toute jeune fille qui meurt à ses pieds après avoir murmuré un nom : Tsira. Tsira grandit chez Baaba Toumba, jusqu'à ce que le destin de sa mère lui soit révélé en rêve, une nuit de tempête de sable. Mariée de force au vieux Taram à l'âge de 13 ans, sa mère s'est enfuie dans le désert à la naissance de sa fille pour la protéger. Cette histoire destinée aux enfants à partir de 8 ans, dénonce les mariages dits « arrangés » de façon édifiante et rappelle les droits des femmes comme droits humains. Il était cependant important de ne pas déraper dans la stigmatisation des populations au prétexte de la lutte contre les violences faites aux femmes. En effet, l'instrumentalisation de la question du féminisme dans l’ordre des discours politiques à des fins de contrôle migratoire et de stigmatisation des populations issues de l’immigration post-coloniale n'est plus à démontrer. Ceci est habilement résolu car ce conte se déroule au temps des Mille et une nuits…

L’insurrection de Martinique (1870-1871), Gilbert Pago, Syllepse, 154 pages / 9 euros

 
Février 1870, soit 22 ans après l’abolition de l’esclavage, les békés règnent toujours en maîtres. Les descendants d’esclaves sont restés dans leur misère à travailler dans les champs et les békés esclavagistes prospèrent grâce aux centrales sucrières. Pourtant, une insurrection paysanne va bousculer les relations sociales, raciales et coloniales.
À l’origine de l’embrassement, une injustice criante : Lubin est sauvagement frappé par un colon au prétexte qu’il ne lui avait pas cédé le passage et ne l’avait pas salué. Les plaintes de Lubin restant sans effet, celui-ci décide de se faire justice. Il est emprisonné. C’est alors que la révolte s’étend, les insurgés dont Lumina Sophie incendient habitations et champs de canne. Codé, un des jurés raciste, est assassiné. Un début de partage des terres entre les petits paysans s’organise, il est question d’instituer une république. Mais une répression féroce s’abat sur les insurgés.


Gilbert Pago, historien et militant du Groupe révolution socialiste (GRS) nous mène sur la trace des insurgés de « sèptanm 70 » qui ébranlèrent l’empire colonial français.

17 Octobre 1961, dissimulation d’un massacre et Mourir à Charonne, pourquoi ? Daniel Kupferstein

 
Ce double DVD couvre deux événements majeurs de la lutte anticoloniale en France métropolitaine, au cœur de Paris. Il s’agit de deux documents d’histoire qu’on attend toujours de voir intégrés aux programmes scolaires. Manifestement nous n’en prenons pas le chemin.


Ces crimes d’État ne sont toujours pas reconnus. Les coupables ne seront probablement jamais jugés. Les instigateurs, l’État français lui-même, prétendent n’avoir fait que défendre la France.


Légitime défense ? Il est vrai que les milliers d’Algériens (souvent en famille) du 17 octobre 1961 et les manifestants (CGT notamment) du 8 février 1962 avaient quelque chose en commun : ils étaient désarmés, pacifiques, ils réclamaient le droit à l’auto-détermination pour le peuple algérien. Quelle horreur ! quel crime !


Ils et elles remettaient en cause la véritable guerre menée sur le terrain par l’armée française, qualifiée de banale opération de police qui a quand même tué 250 000 Algériens et 30 000 Français.


Le colonialisme n’a pas manqué à sa nature : il se devait de réagir, brutalement, sauvagement, inhumainement. Là-bas comme ici, tant que les riches règnent, les pauvres sont à leur place. À nous de traquer les colons d’aujourd’hui, de les dénoncer, de nous opposer à toutes les aventures coloniales : du Vietnam à l’Irak, jusqu’à l’Afghanistan aujourd’hui, en passant par l’Algérie hier, et demain… ?


Ces DVD de Daniel nous racontent que la vérité, même partielle, peut sortir, aider au militantisme anticolonial ici et maintenant.

À la recherche de la Palestine : au-delà du mirage d’Oslo, Julien Salingue, Éditions du Cygne, 210 pages / 20 euros

S’il est un pays qui pratique encore aujourd’hui le colonialisme direct, c’est bien Israël.
Tous les colonialismes ne se ressemblent pas. Mais tous partagent cet élément constitutif : relation inégalitaire s’opposant au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes justifiée idéologiquement par l’occupation d’un territoire « sans maître ». Le fameux « une terre sans maître pour un peuple sans terre » des sionistes. Pour d’autres il s’agissait, il s’agit toujours (Guéant-Sarko-Le Pen) de civiliser les sauvages.


Bizarrement, l’ensemble des historiens et chercheurs, s’ils analysent fort bien le phénomène, oublient d’y inclure Israël. Une explication à cela : le fait colonial est d’abord un partage mondial entre prédateurs. On peut aussi le nommer « impérialisme ». Comme au xixe siècle, l’horreur coloniale est parfaitement compatible avec une certaine démocratie. Ici le suffrage universel, là-bas « on fait suer le burnou ». Nouveauté : Israël pratique les deux sur le même territoire.
L’impérialisme, aujourd’hui comme alors, se satisfait pleinement de cette hypocrisie. Les droits de l’homme s’arrêtent là où la relation inégalitaire est menacée. À partir de cet axiome, tous les moyens sont bons, y compris une proto autonomie d’un proto gouvernement légitimée par une proto démocratie. Fait néocolonial caricatural, mais nous sommes au xxie siècle, soit un bon siècle après ses débuts et en pleine remise en cause aujourd’hui.


Le livre de notre camarade Julien regroupe ses articles et interviews de la période « Hamas », celle qui a vu cette formation politique remporter les élections à Gaza… et chambouler tous les plans impérialistes pour cette région.


Après le torpillage programmé et délibéré par les sionistes des accords d’Oslo (2006), cette victoire électorale, comme le dit Julien, « signe la deuxième mort des accords d’Oslo : nul gouvernement, même issu de l’OLP, ne peut imposer " l’ordre et la sécurité " tant que les droits nationaux des Palestiniens sont bafoués ». Le Hamas l’emporte, les Israéliens, couverts par les USA, l’Europe etc., déchaînent la violence. Ce qui avait été prévu c’est le « You can do business in Palestine » de Mahmoud Abbas et Salam Fayyad ! Une caricature de gouvernement fantoche à la solde de l’impérialisme… élu avec 2 % des voix.


Les Palestiniens en masse ne sont pas prêts d’échanger leurs droits nationaux contre l’enrichissement de quelques-uns. De là à croire que les droits nationaux sont les conditions de l’enrichissement de tous, au détriment des colonisateurs, il y a une dynamique qu’Israël a déjà comprise.


L’objectif imperturbable de l’establishment israélien depuis 1967 est simple et clair : exercer sa souveraineté sur 90 % de la Palestine desquels 90 % des 10 millions de Palestiniens seront exclus et regroupés à Gaza et en Cisjordanie.
Si nous avons là l’aventure coloniale parfaite, ce livre démontre que l’on peut y résister. C’est une mine d’informations, d’analyses, de rappels historiques et d’interviews. Sa lecture est nécessaire, voire obligatoire pour toutes et tous les militantEs anticolonialistes.

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