Indignés de la défense : « Une fois debout, la révolte semble naturelle ! »...

Publié le par NPA 06 Ouest

Les Indignés parisiens occupent le parvis de la Défense depuis un mois. Posons notre regard sur eux, sur leur lutte et la répression qu’ils subissent. Ces témoignages sont ceux de deux Indignés parmi tant d’autres.

Les Indignés occupent depuis maintenant un mois le parvis de la Défense, que retiens-tu de cette occupation ?
François. On a eu des moments positifs, on a eu des moments négatifs. Ces moment négatifs ont été très très durs mais pour moi même une charge de CRS peut devenir un moment positif quand c’est retransmis
par les médias. C’est à notre avantage car ça ne peut que les discréditer, que montrer la faiblesse du système. De la même façon, la destruction de l’œuvre d’art est pour moi quelque chose de positif car cela ne fera que desservir le système et montrer leur méchanceté, leur manque d’intelligence.

Fabrice. C’est un acte symbolique majeur. Il s’agissait de marquer la reprise en main du lieu majeur de la finance, devenue la main de fer à la barre des Nations. L’occupation a duré un mois, bien plus que prévu. Elle ne pouvait être définitive, afin de permettre au mouvement de déployer son énergie sur d’autres terrains idéologiques – le prochain étant les droits de l’homme. Cette occupation a marqué une complexification de l’organisation. En effet, si les occupants étaient une cinquantaine, il faut compter qu’environ 200 personnes collaborent sur des outils internet (de l’envergure de ceux des grandes entreprises) pour avancer dans les commissions et groupes de travail (pédagogie, recherches, presse, juridique, actions, communication, traduction, web etc.). Le mouvement est jeune et présente les défauts de la jeunesse ; aussi,
ce mois a-t-il été émaillé de quelques tensions et dissensions propres à une sorte de « crise d’adolescence ». On peut dire que les mouvements espagnol, allemand ou nord-américain sont plus vieux d’un an, et que les deux premiers présentent une vieille culture de l’autogestion pragmatique. Dans quelques mois, la France sera au même niveau.

À la suite des violences policières, des plaintes ont été déposées. Penses-tu qu’elles aboutiront ? Des Indignés travaillent-ils sur ces questions plus spécifiquement ?
Fabrice. La question est inexacte. Aucune plainte n’a été déposée à ce jour. Une « plainte commune » d’une quinzaine de citoyens (indignés, donc) est portée par un trio d’avocats pénalistes bénévoles. Elle devrait être déposée vers le 15-20 décembre au procureur et/ou à l’Inspection générale des services (IGS). Ensuite, une procédure de trois à six mois s’enclenchera. Son but : faire la lumière sur la chaîne de commandement et établir les responsabilités. Les étapes en seront totalement médiatisées. Nous espérons une condamnation de principe de la répression par la justice. Ainsi, nous pourrons un jour espérer voir les Indignés agir dans l’espace public sans craindre la répression. Cette répression qui ne semble pas exister ailleurs dans de telles proportions (à vérifier). Rappel : en France, la notion de Class Action (plainte collective) n’existe pas, cette plainte ne peut pas être celle des Indignés en tant que groupe informel. En revanche, cette plainte est symboliquement celle de la cause.

On reproche souvent au mouvement des Indignés le manque de perspectives, que réponds-tu à cette critique ?
Fabrice. Les propositions sont multiples. Les opinions nihilistes, anarchistes, « aquabonistes » sont minoritaires. Évidemment, elles sont les plus visibles car les plus spectaculaires de prime abord. En réalité, les groupes de travail économie, monnaie-banques, droits de l’homme, Constituante et pédagogie établissent des programmes, actions, propositions. Les adopter au consensus est long, car c’est celui de l’intelligence, et non pas celui de l’occupation de l’espace public. Vous verrez apparaître des résultats au printemps. Nous ne sommes pas dans le temps de cette société du spectacle, de la consommation et de l’immédiateté que nous haïssons.

Qu’aimerais-tu dire aux personnes qui n’ont pas encore rejoint les Indignés ?
François. La lutte c’est tout le monde. On a besoin de tout le monde. Ce ne sont pas les hôpitaux psychiatriques qui vont sauver les gens, c’est le groupe. C’est une excellente thérapie. Et aujourd’hui la Défense, c’est un groupe.
Fabrice. Un humain est libre quand il se met debout, par la raison, pour la justice, vers le futur de ses gosses. Je ne veux pas que les miens vivent dans ce monde. Et pour cela je suis prêt à sacrifier beaucoup.
Vous aurez toujours raison de vous révolter. Une fois debout, la révolte semble naturelle.

Propos recueillis par Coralie Wawrzyniak.

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