«L’humain d’abord » (FdG), ou l’impasse antilibérale...

Publié le par NPA 06 Ouest

Les dirigeants du Front de Gauche expliquent la décision du NPA de présenter Philippe Poutou comme du sectarisme, la volonté de préserver des intérêts de boutique. La réalité est évidemment autre. Plus simplement, nous ne sommes pas d’accord avec nombre d’aspects du programme du FdG, et avant tout avec sa cohérence globale. Alors que la campagne présidentielle débute, le débat doit avoir lieu. Beaucoup de travailleurs, de jeunes, distinguent mal ce qui sépare les positions de ce Front et celles du NPA. Se pencher sur le fond de L’humain d’abord, le programme du FdG, est donc indispensable.

 

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il faut pointer la différence de conception qui a présidé à l’élaboration des documents programmatiques du NPA et de celui du FdG.

 

Pour nous, un programme consigne une série de revendications anticapitalistes et vise à alimenter le mouvement sur une orientation de rupture avec le système actuel. C’est un programme de mobilisation visant à l’établissement d’un nouveau type de pouvoir, un gouvernement des travailleurs menant une politique anticapitaliste.

 

La méthode du FdG est autre. Pour eux, le changement serait possible dans le cadre des institutions en place – tout juste faut-il réorienter la politique suivie actuellement en leur sein, les démocratiser. C’est le contenu de la fameuse « révolution citoyenne », censée permettre « qu’un gouvernement de gauche fasse du bon travail et ouvre une issue à la crise » en menant à une vie République qui ressemble comme deux gouttes d’eau à la ive (dont on sait combien elle fut « sociale »...).

 

Logiquement, jamais L’humain d’abord ne pose la perspective d’un affrontement social et politique avec la classe des capitalistes et l’État qui la sert. Les grèves, les mobilisations, les luttes de ces dernières années en sont absentes. Tout est vu en termes de lois et de mesures gouvernementales dans le cadre du système actuel. Cela aboutit à un document ni réaliste ni crédible, qui ressemble surtout à une collection de vœux pieux, en l’absence de toute réflexion sur le moyen d’arracher les revendications.

 

Face à la crise...

 

L’humain d’abord réaffirme la légitimité de toute une série de revendications ouvrières – en tout cas celles compatibles avec le maintien de bonnes relations avec les directions syndicales, en premier lieu de la FSU et de la CGT. Ainsi le programme du FdG se prononce-t-il pour l’arrêt de la RGPP, une augmentation (certes insuffisante) du Smic, etc. On notera cependant que deux revendications décisives manquent à l’appel, sans doute parce qu’elles sont dénoncées férocement par ces directions.

 

La première est celle de l’indexation des salaires sur les prix (échelle mobile des salaires), système qui existait en France jusqu’en 1982. Cette protection, certes imparfaite, avait le mérite d’exister. Depuis son abrogation, année après année, les salariés voient leur pouvoir d’achat grignoté par la hausse des prix. Dans la fonction publique, on estime la perte de pouvoir d’achat depuis 2000 à plus de 15 %. D’où l’importance de cette revendication.

La seconde est le mot d’ordre anticapitaliste d’interdiction des licenciements, qui a pris une forte valeur symbolique depuis plusieurs années et à laquelle la direction CGT s’oppose avec la dernière énergie. À l’opposé, le FdG préconise « un droit de veto suspensif sur les licenciements et l’obligation d’examiner les contre-propositions présentées par les syndicats », sans préciser ce qui se passerait à l’issue de ce délai d’examen.

 

Le format de cet article interdit de décortiquer l’humain d’abord dans tous ses détails. Signalons quand même que le programme du FdG s’étend sur la laïcité, mais « oublie » le mot d’ordre de « fonds publics à l’école publique » pour l’enseignement. Idem en ce qui concerne l’abrogation du statut de l’Alsace-Lorraine (dans ces régions, les ministres des cultes catholique, protestant et israélite sont payés sur fonds publics). Concernant les questions policières, le FdG demande une augmentation des forces de police, un plan de construction de commissariats. Bref, le Front réclame plus de flics dans les quartiers populaires…

 

Dette, BCE

 

La question de la dette publique est devenue décisive. La concernant, notre position est claire : « la dette qui résulte des cadeaux fiscaux et sociaux fait aux plus riches doit être annulée ». Ce sera un des axes de la campagne de Philippe Poutou alors que des milliards sont engloutis dans le paiement de la dette, en conséquence de la politique de cadeaux aux capitalistes menée depuis 30 ans.

 

Telle n’est pas la position de l’humain d’abord. On s’y limite à évoquer un « réaménagement négocié des dettes publiques »... qui fait consensus dans « la classe politique », tant il est évident que les pays d’Europe du Sud ne pourront pas rembourser.

 

Le FdG défend aussi « une refonte des missions et statuts de la Banque centrale européenne », issue du traité de Maastricht. Mais que vaut tout ceci, alors que la dénonciation de ce traité n’est pas revendiquée (le PCF y est opposé) ?

 

Europe, Union européenne

 

Au-delà de la BCE, en ces temps de crise de la « construction européenne », la place que lui accorde l’humain d’abord est compréhensible.

 

Le NPA est pour une rupture d’avec l’ensemble des traités qui fondent « l’Union européenne » et se prononce pour une Europe débarrassée du capitalisme, des États-Unis socialistes d’Europe.

 

Une attention particulière a été portée par le NPA à la nécessité de se distinguer des divers chauvins qui polluent ce débat. Le moins qu’on puisse dire est que ce souci n’est pas partagé par un FdG qui exalte sur tous les murs du pays « la France rebelle »...

 

Mais au-delà, on pourrait croire qu’un accord serait possible avec un Jean-Luc Mélenchon qui décrit fort justement l’UE comme une « une construction libérale ». Sauf que... le PCF ne partage pas ces positions qui l’opposeraient frontalement aux sociaux-libéraux. Il y a belle lurette qu’il a renoncé à mettre en cause l’UE, ses traités. Tout au plus se borne-t-il à revendiquer de « réellement réorienter cette UE » pour « ne pas tuer l’idée européenne » (celle de Delors ?).

D’où l’accent mis sur la « rupture avec le traité de Lisbonne » (pas l’UE). Qu’on se comprenne : le NPA est évidemment opposé à ce traité. Mais on ne peut lui donner la place que lui donne le FdG. C’est un maillon d’une chaîne, avec les traités de Maastricht, Amsterdam, l’Acte unique, etc.

 

Tout ceci pose d’ailleurs un autre problème. À l’heure actuelle, le changement d’un traité régissant le fonctionnement de l’UE (ou les missions de la BCE) nécessite l’accord de tous les États membres. Dans ces conditions, la « rupture avec Lisbonne » est une utopie (il faudrait l’accord de Merkel, Monti, etc.). Rompre réellement avec Lisbonne, c’est rompre avec l’UE, ce que le FdG ne veut pas dire.

 

Contrôle du système bancaire

 

On sait maintenant le pouvoir de nuisance des grandes institutions financières, en capacité de prendre la société entière en otage. Le temps où les banques avaient pour rôle de recycler l’épargne disponible et de la rediriger vers la production est largement derrière nous. Désormais, le cœur de métier des grandes banques, c’est tout simplement la spéculation, pudiquement intitulée « gestion d’actifs ».

 

Pascal Morsu.

 

1. Dominique Plihon, Le nouveau capitalisme (La Découverte, 2004).

2. Nos réponses à la crise. Document programmatique voté par le 1er congrès du NPA.

3. Michel Husson, Le néolibéralisme, stade suprême ? (Internet)

4. Le Monde – chat du 5.10.2011.

Publié dans Social - société...

Commenter cet article