La Grèce en lutte en 2012 comme l’Espagne en 1936 pour les peuples d’Europe !

Publié le par NPA 06 Ouest

Le prétendu gouvernement d’union nationale en Grèce accepte les diktats de la Troïka et de Merkozy qui saignent le peuple. Mais un séisme social est en train de se préparer.

Le cours de l’histoire s’accélère et les événements cataclysmiques des derniers jours en Grèce doivent désormais convaincre même les plus hésitants : la Grèce tend à devenir aujourd’hui, pour cette Europe de 2012, ce qu’a été l’Espagne pour l’Europe de 1936 ! Cette constatation apparemment osée n’est pas le fait de quelques romantiques.Non, c’est le fait de nos gouvernants car ceux qui nous l’assènent à longueur de journée depuis bientôt deux ans, ce sont ceux d’en haut, les Merkel et Sarkozy, le FMI et les banquiers, la réaction néolibérale par-delà les frontières nationales, ceux qui ont choisi de transformer la Grèce en laboratoire de leurs politiques inhumaines et les Grecs en cobayes de leur thérapie de choc.

 

Il est plus que temps que nous, ceux et celles d’en bas de toute l’Europe, prenions à la lettre ce que nous disent nos Merkozy et leur Troïka, et que nous agissions enfin en conséquence. Acceptons le défi et répondons-leur que désormais, sans tarder, la Grèce va devenir un test pour nous aussi, pour le mouvement des travailleurs, pour les mouvements sociaux et féministes, pour les peuples et les exploités de toute l’Europe ! Oui, faisons-leur comprendre que nous sommes tous des Grecs, car nous sommes pleinement conscients que le combat du peuple grec est plus que jamais notre combat. Que s’ils arrivent à briser les résistances et à soumettre le peuple grec, après ce sera notre tour, le tour de tous les autres peuples européens, l’un après l’autre, de passer à la trappe…

 

Peut-être vous souvenez-vous qu’au tout début ils nous racontaient des balivernes du genre « c’est un cas unique et spécifiquement grec dû au fait que ces Grecs sont des fainéants, rompus à la corruption et au mensonge ». Cependant, depuis lors, on a appris que le trou noir de la dette n’est pas spécifiquement grec, qu’il n’est pas dû à la prétendue… hypertrophie de l’État grec, car il est aussi bien américain que français, italien que japonais. En somme, qu’il est typiquement capitaliste et sa crise tout simplement… systémique.

 


Mais, attention aux phrases toutes faites et aux clichés parce qu’ils sont inopérants pour décrire l’actuelle réalité grecque. Peut-on encore parler d’austérité même draconienne quand les salaires et les pensions baissent en Grèce de 40, 50 ou même de 60 % ? Quand le pouvoir d’achat de l’écrasante majorité de la population est déjà amputé de 50, 60, ou même de 70 % et plus ? Quand la classe moyenne de ce pays est ruinée et en voie de paupérisation galopante ? Quand les nouveaux salariés ne touchent plus que 417 euros et les nouveaux pensionnés 320 euros ? Est-ce de la simple « rigueur » quand un jeune grec sur deux est chômeur et que le chômage atteint désormais 25 % ? Comment peut-on parler de simples… « sacrifices passagers » quand la malnutrition fait des ravages parmi les petits élèves de l’école primaire, et que la faim pointe le nez dans les quartiers même petit bourgeois des villes grecques ? Et comment peut-on prétendre que tout ça est « nécessaire pour mettre de l’ordre dans les finances » de la Grèce quand les bourreaux eux-mêmes admettent cyniquement que leurs politiques imposées de force à la Grèce ont échoué, ne font qu’enfoncer ce pays toujours plus profondément dans une récession monstrueuse et que la dette grecque ne pourra jamais être remboursée ? Alors, simple sadisme de la tristement célèbre Troïka ou plutôt guerre ouverte et déclarée du capital contre le monde du travail ? La réalité quotidienne nous oblige à l’admettre : oui, nous en Grèce nous assistons à une véritable guerre de ceux d’en haut contre ceux d’en bas, des très riches contre tous les autres. Et en même temps, ne l’oublions pas car c’est très grave, nous assistons à la résurrection du pire néocolonialisme quand nous voyons la Grèce humiliée et dépourvue de pratiquement toute souveraineté nationale, traitée par ses prétendus… partenaires européens comme une véritable colonie, un protectorat sous tutelle [...].

 

Et les Grecs eux-mêmes, que font-ils ? Attention, ne croyez pas ce qu’on vous raconte des Grecs. Vos médias sont comme les nôtres : la réalité qu’ils nous décrivent est totalement irréelle. Nous parlant de la Grèce actuelle, ils insistent sur le fait qu’il y a à Athènes un gouvernement d’union nationale appuyé par les 4/5 des représentants du peuple grec. [...]

 

Évidemment, la réalité est toute autre. Une douzaine de grèves générales en moins de deux ans, d’innombrables luttes et grèves très dures dans tout le pays, un climat presque insurrectionnel depuis des mois, un mouvement des Indignés – les Aganaktismeni grecs – qui a balayé toute la Grèce pendant trois mois, des affrontements très violents avec les forces de répression déchaînées, des ministres et des députés qui n’osent plus sortir de chez eux depuis dix mois car ils sont hués ou même tabassés par les passants, un Parlement assiégé de plus en plus fréquemment par des centaines de milliers de manifestants qui tôt ou tard vont le prendre d’assaut… [...]

 

Mais tout ça ne représente que des secousses prémonitoires du très grand séisme social qui est en train de se préparer. En effet, un coup d’œil plus attentif suffirait pour qu’on découvre que la colère populaire bat actuellement des records historiques, que le pays est comme un volcan social prêt à exploser. [...] L’appui populaire à ce gouvernement dit d’union nationale ne dépasse plus les 8 % tandis que l’ensemble des partis à la gauche du Pasok social-démocrate font un score dépassant désormais les 50 % ! Tout change à une vitesse hallucinante et le paysage politique grec subit un véritable chambardement sans précédent parce que des pans entiers de cette société sont à la recherche des solutions radicales à la crise et à leur paupérisation galopante. [...] Le Pasok qui, il y a deux ans, a fait un triomphe gagnant les élections avec le score-record de 45 %, obtient maintenant, selon tous les sondages, moins de 10 % tandis qu’un groupuscule de tueurs néonazis atteint depuis peu les 3 % ! Oui, la société grecque est déjà en train d’expérimenter sa propre République de Weimar…

 

Alors, que faire ? La première chose c’est de crier haut et fort que les Grecs ne doivent pas payer cette dette qui les étrangle et qui n’est pas la leur. Qu’on doit suspendre tout de suite son paiement. Pour quoi faire ? Pour faire ce que nous impose le droit international, l’ONU, nombre de conventions internationales signées d’ailleurs par nos gouvernements : pour investir les sommes astronomiques consacrées maintenant au service de cette dette, à la satisfaction des besoins élémentaires de la société grecque, à la santé, l’éducation, les infrastructures, les services publics, les chômeurs, les gosses affamés, les familles monoparentales, les malades et les infirmes, les femmes qui sont maintenant contraintes d’assumer gratis et en famille toutes ces tâches assumées par les services publics avant leur démantèlement et leur privatisation.

 

Pour combien de temps ? Pour le temps qu’il faudra pour réaliser un audit citoyen de la dette afin d’identifier sa part illégitime qu’il faudra annuler et ne pas payer. Et tout ça en refusant obstinément de tomber dans le piège des chantages de nos bourreaux qui nous répètent à longueur de journée qu’une telle politique radicale mène automatiquement le pays à la sortie de l’euro et de l’Union européenne, à un repli national obligatoire…


Non, non et non. Nous refusons de payer cette dette et en même temps nous restons dans la zone euro. Et la raison principale est simple : parce que nous voulons nous battre avec vous, tous ensemble, la main dans la main avec tous les peuples et tous les travailleurs de ce continent, pour foutre en l’air cette Europe du capital, des Merkel et des Sarkozy. Parce que nous voulons créer et amplifier ce qu’on appelle la « crise systémique » de cette Union européenne antidémocratique et antisociale des riches. Oui, il n’y a désormais qu’une seule perspective, la seule réaliste et faisable, celle du combat commun de ceux d’en bas partout en Europe. Camarades, c’est maintenant plus que jamais que l’union fait la force. Unissons-nous car tous ensemble nous pouvons toujours changer ce monde qui est en train de pourrir. Avant qu’il ne soit pas trop tard… Et rappelez-vous : si ce n’est pas nous, alors qui ? Si ce n’est pas maintenant, alors quand ?

 

Sonia Mitralia.

Ce discours de Sonia Mitralia, membre du Comité grec contre la dette et de l’Initiative des femmes contre la dette et les mesures d’austérité, a été prononcé au meeting de Marseille du 17 février, organisé par la campagne française « pour un audit citoyen de la dette publique ».

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