La révolution égyptienne dans une nouvelle phase...

Publié le par NPA 06 Ouest

Depuis neuf mois, les mouvements de masse déclenchés pendant le soulèvement contre Moubarak ont ébranlé les généraux au pouvoir en Egypte. Nous assistons, depuis fin du mois d’août, à une nouvelle phase dans le processus révolutionnaire, qui modifie le caractère du mouvement par en bas : il s’agit du redémarrage des luttes du monde du travail.

 

Il est difficile de mettre en perspective les flux et reflux des protestations depuis février : chaque semaine a apporté de nouveaux défis et de nouvelles crises. Le fait que le mouvement ouvrier se structure déstabilise le pouvoir en place.

Les généraux ont riposté avec une brutalité croissante. Ils ne s’en sont pas pris directement au mouvement des travailleurs en plein essor mais, le 9 octobre, à une manifestation pour les droits des chrétiens coptes. Suite à cela, les militants qui ont fait connaître le massacre commis par l’armée ce jour-là, dans lequel 23 personnes sont mortes, ont été réprimés. Parmi eux, le blogueur Alaa Abdel Fattah, emprisonné le 30 octobre.

Les grèves de masse des deux derniers mois sont la cause première de la crise actuelle.

 

On compte parmi elles des grèves nationales massives : des centaines de milliers d’enseignants ont cessé le travail, 30 000 travailleurs de l’industrie sucrière ont fait grève trois semaines. Pendant douze jours, 40 000 travailleurs des autobus du Caire ont fait grève, et les bus ont été utilisés pour bloquer les rues autour du Parlement.Tout cela faisait partie de la ré-émergence de manifestations de masse sur la place Tahrir, ainsi que des places comparables dans d’autres villes, exigeant la fin du pouvoir militaire.

 

Ces grèves ne sont pas simplement importantes à cause du nombre élevé de participants, mais également en raison de leur degré de coordination au niveau régional, sectoriel et national, ainsi que par le type de revendications mises en avant par les travailleurs.

 

L’audace de celles-ci est une source d’inspiration. En Egypte, les travailleurs commencent à penser à un monde sans contrats de travail à court terme, avec un niveau de salaire permettant une redistribution des richesses, et où on ne se contenterait pas de résister aux privatisations mais où auraient lieu des renationalisations.

 

De ces bataille résultent des organisations démocratiques de masse émergeant par le bas. L’histoire nous montre que de telles organisations peuvent être la source d’organes de pouvoir alternatif sur le plan politique et social, comme cela s’est passé pour la Russie en octobre 1905, ou en Pologne à l’été 1980.

 

Il est fréquent, en Egypte, que les comités de grève et les négociateurs soient élus directement par le personnel en grève. L’habitude a été également prise de rendre compte directement des résultats des négociations en assemblée générale. Cela permet alors à celle-ci de prendre une décision immédiate sur l’opportunité de les accepter ou de les rejeter. Dans le contexte actuel, cette démocratie directe par en bas est en soi une fusion des aspects sociaux et démocratiques de la révolution.

 

Malgré ces évolutions, plusieurs grèves importantes au cours des dernières semaines ont le plus souvent débouché sur des impasses temporaires. La grève des enseignants a été suspendue après n’avoir obtenu que des avancées partielles. Au Caire, la grève des bus s’est terminée par des hausses salariales importantes et une promesse du gouvernement de débloquer des fonds afin de satisfaire d’autres revendications.

 

Ces deux cas montrent la nécessité d’une action coordonnée entre les secteurs du monde du travail capables de briser la résistance du gouvernement, et il en résultera une confrontation directe le Conseil supérieur des forces armées.

 

Cette nécessité d’une deuxième révolution pour briser les vieilles structures de l’Etat peut être argumentée à partir de plusieurs approches :

 

Vous voulez la liberté pour la Palestine, ou même la liberté de manifester en solidarité avec les Palestiniens ?

Vous voulez un salaire minimum et le droit de grève ?

Vous voulez mettre fin aux lois d’urgence et aux procès militaires envers les civils ?

Vous voulez qu’un terme soit mis à l’incitation sectaire et aux attaques contre les chrétiens ?

Et bien, la réponse à toutes ces questions est du ressort du Conseil militaire.

 

Mais les forces politiques qui peuvent donner expression à cette fusion des différents aspects de la révolution, et aider à diriger le mouvement vers la victoire, sont très petites.

 

Les principaux partis islamistes et libéraux sont résolument opposés aux mouvements de grève et s’aplatissent constamment devant le Conseil militaire.

 

Les dirigeants des Frères musulmans et les politiciens libéraux savent également que la révolution leur offre une opportunité pour un nouveau partage du gâteau dans les sommets du pouvoir.

 

Les forces politiques bourgeoises étaient auparavant exclues du pouvoir. Mais elles sont tout aussi terrifiée de grèves et de protestations que l’était l’ancien régime.

 

De telles luttes mettent en avant des revendications qui ne peuvent pas être satisfaites sans démanteler les politiques néo-libérales dont leur classe a bénéficié pendant des décennies.

 

Les élections, qui débuteront à la fin novembre, représentent le meilleur espoir des généraux de création d’une légitimité démocratique de façade. Ils espèrent que la fête que de nombreux Égyptiens vont se faire en votant permettra de transférer une certaine légitimité populaire à un gouvernement élu.

 

Cela pourrait alors permettre au nouveau régime de contrôler voire écraser les grèves et les manifestations.

Cela souligne l’importance du rôle d’une organisation révolutionnaire socialiste dans des moments comme ceux-ci. Les organisations actuelles en Egypte sont encore trop petites pour être en mesure de diriger le mouvement émergeant par en bas. Pourtant, celles-ci donnent forme à sa politique et jouent un rôle de premier plan dans de nombreuses luttes importantes sur les lieux de travail et les campus.

 

Elles ont une occasion historique de construire une organisation révolutionnaire socialiste qui pourrait avoir un impact crucial sur l’avenir de la révolution égyptienne.

 

Anne Alexander.


Traduit par AB de Socialist Worker (Irlande) : http://www.swp.ie/editorial/new-pha...

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