Salah Hamouri : enfin libre !

Publié le par NPA 06 Ouest

 Salah Hamouri a été libéré le 18 décembre 2011 après avoir passé plus de six ans dans les geôles israéliennes. Nous étions présentEs lors de sa libération et nous avons pu l’interviewer.

Pourquoi as-tu été emprisonné ?
Ma condamnation et celle des autres prisonniers est une condamnation illégitime et illégale. Nous avons été condamnés par un tribunal et un juge militaire. Parfois même sans jugement pendant des mois. J’ai été accusé d’être militant contre l’occupation israélienne.
Je devais être libéré plus tôt mais ils ont annulé la loi administrative qui retirait une semaine à chaque année de condamnation, il y a quatre mois. Le but pour Israël est de garder les prisonniers le plus longtemps possible. Avec cette loi, j’aurai dû être libéré le 12 mars au lieu du 28 novembre. L’échange des prisonniers du Hamas m’a permis de sortir le 18 décembre.

Comment cela se passe-t-il dans la prison ?
Il y a plusieurs étapes. La première est l’isolement total pendant trois mois. On nous isole et nous interroge sans répit parfois pendant 60 ou 78 heures sans nous laisser dormir et sous la torture. Ils utilisent tous les moyens possibles pour nous torturer.
Ensuite, après les trois mois, j’ai été transféré dans une prison israélienne pour prisonniers politiques. Là-bas, les conditions étaient moins « difficiles » car je n’étais plus en isolement total. Certains prisonniers y restent cependant, sans contact avec leur famille, dans une cellule minuscule, pouvant sortir une heure par jour dans une petite cour, les pieds ou les mains menottés. Ces conditions sont très difficiles, certains en sont morts.
Heureusement que nous sommes forts et que nous avons des idéaux.
Le chef de la prison tentait par tous les moyens de nous faire craquer. Les livres nous ont été interdits durant mes deux dernières années d’emprisonnement, nous ne pouvions pas reprendre les études. Les prisonniers surtout de Cisjordanie n’ont pas le droit de recevoir des visites.
La famille, pour avoir l’autorisation de nous rendre visite, doit aller tous les quinze jours demander une autorisation, supporter plusieurs heures de transport, des fouilles interminables et ne nous voit qu’à travers une vitre avec un téléphone, pas plus de 45 minutes. Je suis rentré à 19 ans, aujourd’hui j’en ai 26. Après sept ans de séparation, je n’ai pas vu grandir mes frères et sœurs, je dois réapprendre à les connaître.

Quelle est l’ambiance politique dans la prison ?
La prison nous influence beaucoup. J’y ai acquis ma connaissance politique, historique, culturelle.
Les Israéliens encouragent les divisions politiques au sein de la prison. La division Fatah/ Hamas est un cadeau pour eux. J’ai toujours appelé à l’unité du peuple palestinien et à la fin des divisions politiques, trop dangereuses pour notre cause. La colonisation et l’occupation se poursuivent sans relâche et je pense que la priorité est d’y mettre fin.Il faut unifier tous les partis palestiniens pour continuer la lutte. Tous les moyens de combat sont nécessaires pour arriver à récupérer notre droit, notre indépendance et le retour des réfugiés palestiniens.

Tu étais en prison pendant la construction du mur. Quelle a été ta réaction quand tu l’as vu ?
Le mur a été un grand choc pour moi. Contrairement à ce que peut dire Israël, ce n’est pas un mur de sécurité, c’est un mensonge. Ce mur a été construit afin de séparer les Palestiniens entre eux, et diviser le peu de territoire qui reste.

Penses-tu que le gouvernement français a accéléré ta libération ?
Je dois ma liberté au comité de soutien. Le gouvernement français a été très timide. Je ne pense pas avoir reçu un vrai soutien en tant que français.

Les prisonniers de Jérusalem ont-ils un statut spécifique ?
Ils ont un statut particulier. Ils sont le plus souvent condamnés à de lourdes peines car les Palestiniens de Jérusalem ont une liberté de mouvement plus importante entre les territoires (Cisjordanie, Palestine 48, Jérusalem) que les Palestiniens de Cisjordanie. À mon avis, c’est pour cela que j’ai eu la peine maximum.

Que penses-tu de la campagne Boycott-désinvestissement-sanctions ?

Pour moi, la campagne BDS est une campagne très importante. Le projet sioniste israélien repose en partie sur son économie. Il est donc important de l’attaquer par ce biais. Si jamais le projet sioniste s’écroule, s’ils perdent, ils n’auront alors plus d’autre choix que de donner ses droits au peuple palestinien.


Propos recueillis par Rola Ezzedine, Linda Sehili, Sophie Baier, Maxime Besselièvre.

Publié dans International...

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