Syrie : la voie qui mènera à la victoire, la grève générale !

Publié le par NPA 06 Ouest

La journée de mobilisation du vendredi 1er octobre a été nommée par ses initiateurs, « vendredi de l’exclusion aérienne ». Il s'agissait pour eux de faire écho au glissement d’une partie de l’opposition syrienne à l’étranger en faveur d’une intervention militaire étrangère.

Le précédent libyen
L’exemple libyen auquel se réfèrent les partisans d'une intervention étrangère pour expliquer en quoi elle serait la seule issue pour protéger les civils et faire tomber le régime, démontre tout le contraire.


Un article du journal britannique The Guardian publié fin octobre indique que le nombre de tués avant l’intervention en Libye oscillait entre 1 000 et 2 000 pour atteindre 20 000 à 25 000 au jour de l’assassinat de Kadhafi, sans parler des blessés. Le reportage dépeint les villes où l’Otan allègue avoir protégé les civils, analogues à celle de Grozny en Tchéchénie, villes fantômes, ravagées, en ruines.

Les conséquences désastreuses d'une intervention en Syrie


L’appel à une intervention étrangère traduit pour partie l’immensité des sacrifices consentis par les masses syriennes confrontées à la machine à tuer de la dictature. Mais il exprime surtout une absence de confiance dans les capacités du peuple syrien à remporter la victoire.


Une intervention étrangère dépouillerait les forces révolutionnaires de notre peuple de sa maîtrise de l’avenir de son pays et de sa souveraineté, et les rendrait captives des intérêts des grandes puissances ou des puissances régionales. En ce sens, elle serait nuisible et dommageable pour la révolution. Enfin, rien n’indique concrètement que les grandes puissances souhaitent intervenir militairement en Syrie.

L'impasse de diverses formes de lutte


Il est devenu patent dans la conscience des masses révoltées que les manifestations de protestations, en dépit de leur importance et de leur poursuite, ne suffiront pas à elles seules à faire tomber un régime armé des forces militaires, de la Sûreté et d’une sauvagerie sans égale.

 
Les appels à une militarisation du soulèvement qui n’ont pas rencontré d’écho jusqu’à maintenant, en raison des périls intrinsèques, pourraient dans les circonstances actuelles conduire à une recrudescence de violence et de mort dans la mesure où le rapport de forces est encore en faveur du régime. Sans parler du danger qu’il y aurait à ce que de larges franges de la population abandonnent le champ de la révolution à celui des armes et plus encore, du danger de déraper vers une guerre civile sanglante […] et enfin du danger d’intervention militaire évoqué plus haut.
La désobéissance civile à elle seule ne saurait faire tomber un régime dictatorial comme le régime syrien, mais la désobéissance civile, en tant que refus d’appliquer ou de se soumettre aux lois du pouvoir (non-paiement des impôts, refus de décliner son identité, refus du service obligatoire, non-acquittement des factures d’eau, de téléphone ou d’internet, etc.) prive le régime de ses dernières cartes que sont sa légitimité et la soumission des populations à ses directives et ses lois. La désobéissance civile n’est révolutionnaire que si elle est articulée à la grève générale de masse et n’est pas utilisable isolément.

La voie de la grève générale

Les masses révolutionnaires n’attendent d’aide d’aucun État. Elles s’en remettent à leurs mobilisations, à leur détermination et à leur persévérance pour faire tomber le régime et instaurer un État démocratique pluraliste et civil, à même de réaliser la liberté et la justice sociale.


La forme de lutte la plus importante fut l’annonce le 26 octobre de la grève générale au plan national, et ce, pour la première fois depuis le déclenchement de la révolution il y a huit mois.


Un précédent existe en Syrie, en 1936, où une grève générale de deux mois fut accompagnée d’une vague de manifestations contre l’occupation française. Cette grève concerna alors les services publics, l’enseignement et les commerces. Il y a eu ensuite la grève de trois jours des commerçants à Damas en 1965 et l’appel lancé en mars 1980. Cette forme de lutte populaire n’est donc pas nouvelle ni étrangère à l’histoire de la lutte des masses syriennes.
La tactique appropriée pour faire triompher la révolution syrienne est décidément la construction de la grève générale de masse illimitée, articulée à un moment donné à la désobéissance civile. Combinée avec d’autres tactiques de combat, elle constitue pour le peuple syrien la voie à la fois la plus courte, la plus juste et la moins coûteuse humainement, pour faire tomber la dictature. C’est ce que préconise la gauche révolutionnaire en Syrie. Elle suppose une alliance et un accord des forces révolutionnaires car les masses populaires sont le sujet du changement et de la révolution. Pas son objet.


Ghayath Naïssé, le 2 novembre 2011. Ghayath Naïssé, médecin, exilé, est un des fondateurs du Comité de défense des libertés démocratiques en Syrie (CDF), créé en décembre 1989, dont la plupart des membres ont été emprisonnés ou forcés à l’exil.

Cet article est le résumé d'un texte traduit par Luiza Toscane, dont la version longue est disponible sur les sites du NPA et ESSF.

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