Vous avez dit « Compétitivité » ?

Publié le par NPA 06 Ouest

Contrairement à la propagande du président et des patrons, la moindre compétitivité française par rapport à l’Allemagne, n’est pas due à un « coût » du travail plus élevé.

Plusieurs fois, lors de son intervention télévisée de la fin janvier, Nicolas Sarkozy s’est référé au « manque de compétitivité » de la France par rapport à sa référence du jour, l’Allemagne.

L’affirmation était aussi péremptoire que la notion était floue. Un écart de salaire entre les travailleurs français et leurs homologues d’outre-Rhin serait à l’origine de la perte de parts de marché de l’industrie hexagonale par rapport à son principal partenaire.

La différence de rémunérations
Certes sur l’ensemble de l’économie la différence de salaire citée peut apparaître significative (31, 50 euros de l’heure en France contre 28, 90 en Allemagne), mais si l’on se réfère au seul secteur industriel, la rémunération de l’heure de travail serait de 33, 16 euros contre 33, 37 de l’heure chez nos voisins. Le différentiel global s’explique principalement par le fait que dans le secteur des services les rémunérations sont nettement plus basses en Allemagne. Le hic est que les exportations portent nettement plus sur les produits manufacturés que sur les services qui restent localisés. La perte de parts de marché en ce domaine ne peut résulter du seul effet de salaires plus élevés dans un pays.

L’évaluation de la « compétitivité » suppose à la fois la prise en compte du salaire du producteur et de ce qu’il produit. La France et l’Allemagne ayant des coûts salariaux similaires, l’explication est ailleurs.

Une production différente
La comparaison globale des coûts salariaux n’a pas grand sens si l’on ne tient pas compte notamment des qualifications rémunérées. Comme le souligne P. Artus1 « Si ces pays montent en gamme de production, il est normal que les prix et les salaires augmentent ».

Or, la comparaison entre la France et l’Allemagne sur ce point fait apparaître que l’industrie française est nettement plus polarisée que celle de notre voisin, ce qui ne peut pas être sans effet sur la structure globale des rémunérations.

Une énigme : la baisse de la compétitivité française
Depuis 2002, l’industrie Française perd des parts de marchés alors que qu’elle bénéficie d’une compétitivité-coût stable. Il convient donc d’intégrer d’autres éléments tels que la recherche et développement et le positionnent sur le marché mondial.

Concernant la R&D, la différence entre la France et l’Allemagne est significative, si nous sommes plus orientés vers la recherche fondamentale, l’Allemagne l’est plus fortement sur la recherche industrielle appliquée :

Éléments Allemagne France
% du PIB en R&D 2, 60 % 2, 1 %
Dont en entreprise 1, 83 % 1, 32 %

Chercheurs
pour 10 000 emplois 44, 01 45, 60
Brevets par million d’habitants 74, 59 40, 40

L’autre élément à prendre en compte est le fait que 12 % des entreprises allemandes soient exportatrices contre seulement 6 % pour celles de l’Hexagone.

Un mythe : la différence des prélèvements obligatoires
Selon un rapport de la Cour des comptes3, le niveau de la dépense publique par rapport au PIB est effectivement plus élevé en France qu’en Allemagne (39, 4 % contre 43, 2 %), mais c’est pour souligner que le périmètre des éléments pris en compte n’était pas le même et que le calcul n’était pas identique dans tous les domaines. Ainsi les plus hauts salaires, les travailleurs indépendants et les hauts fonctionnaires, dont le salaire mensuel brut est supérieur à 4 050 euros par mois, peuvent ne pas cotiser au système public de sécurité sociale mais à un système entièrement privé. Cela concerne 8, 8 millions de personnes, soit environ 11 % des assurés potentiels.

En ce qui concerne ce que l’on peut considérer comme les prélèvements sociaux, le périmètre est différent puisqu’en France, ils incluent notamment la Taxe sur les salaires. Cette dernière ne constitue en rien un prélèvement social, mais un impôt payé par les entreprises qui ne relèvent pas de la TVA.

En revanche, la forme des prélèvements sur les salaires est très différente dans les deux pays et leur répartition fait apparaître, qu’en Allemagne, ils portent directement sur les salariés et non qu’ils sont significativement moindres.

Prélèvements Allemagne France
Directs 29, 3 % 27, 6 %
Indirects 33, 6 % 35, 0 %
Cotisations sociales 36, 4 % 37, 6 %

Ces quelques éléments soulignent bien que :
• La comparaison entre la France et l’Allemagne n’est pas aisée car le cadre juridique et institutionnel n’est pas le même,
• Que ce n’est en aucun cas la différence de rémunération, y compris les éléments indirects, qui explique l’écart constaté au cours de ces dernières années sur les marchés où les deux capitalismes se trouvaient en concurrence.

 

Louis Adam.

1. Flash Économie avril 2010 : « Y a-t-il vraiment un problème de compétitivité – coût dans les pays d’Europe du Sud ? »
2. Flash Économie avril 2011 : « L’évolution des parts de marchés intra-UE n’a rien à voir avec la compétitivité coûts ».
3. Les prélèvements fiscaux et sociaux en France et en Allemagne mars 2011.

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