Cette contribution est parue dans le journal national des Alternatifs.
PACA: UNE CAMPAGNE QUI FAIT
MOUCHE, UN RESULTAT DECEVANT
La campagne des élections régionales
2010 s'est achevée dimanche soir en nous laissant un sentiment mitigé : une campagne dynamique au contenu quasiment rouge et vert plutôt satisfaisant, mais un bien faible résultat, même si nous
nous attendions, vu le contexte et le caractère très tardif du lancement de notre campagne, à un score modeste
Pourtant nous avions commencé, dès l'été 2009 dans un enthousiasme certain, avec une orientation forte: tout faire pour obtenir une liste regroupant toutes les forces politiques de la gauche de
la gauche.
Les premiers contacts ont été pris en juillet et en août, et très vite nous avons compris que l'union allait être plus qu'un combat. En effet, dès la première rencontre, le PG nous a informé que
le travail d'élaboration programmatique était commencé avec le PCF, et quand il serait bien avancé, nous serions invités pour y travailler avec eux.
Parallèllement, nous avons entamé en interne des Alternatifs PACA un travail d'évaluation des politiques publiques de la gauche plurielle sortante
A l'automne, nous avons finalisé le travail en vue de la mise en place de la liste d'union. Six réunions départementales ont pu être organisées dans les Alpes-Maritimes, avec tous les acteurs de
la gauche de gauche: Alternatifs, Fase, PCF, PG et NPA. Ce travail nous a obligé à dépenser beaucoup d'énergie, pour, au bout du compte nous voir opposer un refus catégorique du PCF d'organiser
une réunion au niveau régional. Nous n'avons pu que constater l'échec de notre stratégie d'union. Nous avons alors organisé une consultation régionale des adhérent-e-s des Alternatifs. Deux
positions étaient proposées : ne pas participer à ces élections ou y participer avec le NPA.
Pour qu'une position soit retenue, il fallait qu'elle réponde à deux conditions: être majoritaire en voix, être présente dans tous les départements dans lesquels nous avons des adhérents.
La proposition d'union avec le NPA a été largement majoritaire dans les Alpes-Maritimes et très minoritaire dans les Bouches du Rhône et dans le Var. Toutefois, cette position ayant recueilli au
moins une voix dans chacun des ces deux départements, elle a finalement été adoptée. Nous devons ici souligner la capacité d'écoute, l'intelligence politique et la solidarité régionale dont on
fait preuve les camarades de ces deux départements, qui bien que défavorables à l'alliance avec le NPA, n'ont pas voulu empêcher la fédération des Alpes-Maritimes de continuer le travail entamé
depuis les municipales avec le NPA et d'exprimer cette dynamique à l'échelle régionale.
Nous avons donc très tardivement démarré
la campagne dans la seconde moitié de janvier.
Cette campagne a eu lieu de manière
différenciée : dans les Alpes-Maritimes où les deux composantes sont de force égale, cela s'est fait dans une ambiance agréable, fraternelle et dynamique. Autre élément majeur : dans les
Alpes-Maritimes où la tête de liste était notre camarade Florence Ciaravola, nous nous sommes mis d'accord avec le NPA pour composer une liste sur la base d'une démarche citoyenne, malgré le très
lourd handicap d'un démarrage si tardif. En effet, nous avons tenté et réussi le pari d'une liste où le quart des participant-e-s n'était membre ni du NPA ni des Alternatifs : animateurs
syndicaux, responsables associatifs très engagé-e-s dans les mobilisations citoyennes du département. Saisissant contraste avec la liste du Front de Gauche où l'essentiel des associatifs et des
syndicalistes présentés comme tels n'étaient autres que des militant-e-s voire des élu-e-s du PCF ! Ailleurs, la participation des Alternatifs a été plus limitée: simple présence dans le Var et
présence active (même si limitée en nombre) dans les Bouches-du-Rhône aux côtés d'un NPA hégémonique.
A l'échelle de la région PACA, nous avons pu aussi vérifier les convergences politiques fortes entre nos deux mouvements, et nous n'avons eu aucune difficulté à conclure un accord programmatique et politique régional. Pour les Alternatifs, il était hors de question de mener une campagne axée surtout -voire
exclusivement- sur l'urgence sociale, et nous avons été entendus par le NPA pour mettre en avant une triple urgence à la fois sociale, écologique et démocratique, et pour faire toute la place
nécessaire à l'autogestion (aide aux projets d'entreprises autogérées par leurs salarié-e-s, démocratie active, budget participatif....) C'est pour nous un acquis majeur de cette
campagne.
Par contre, au cours de la campagne, nous avons pu mesurer parfois, particulièrement dans les Bouches-du-Rhône, les différences de culture politique entre les Alternatifs et une partie des
militant-e-s du NPA, pour qui les urgences écologique et démocratique sont apparues comme secondaires, malgré un affichage basé sur la triple urgence dans le matériel de campagne, fidèle à
l'accord régional NPA-Alternatifs
On retiendra aussi que les relations entre équipes régionales du NPA et des Alternatifs ont été très bonnes du début à la fin, et basées sur une confiance réciproque et précieuse notamment dans
les moments difficiles.
Et puis, il y a eu toute la
médiatisation sur la présence d'Ilham Moussaid sur la liste dans le Vaucluse. Il est sans doute trop tôt pour savoir si cette médiatisation a joué ou non un rôle négatif pour notre liste auprès
de l'électorat. Mais ce qui est certain, c'est que cet élément a brisé une certaine dynamique au sein du NPA et a focalisé l'attention, reléguant au second plan le programme de la
liste. Pour les Alternatifs, il n'était plus possible de reculer, d'autant plus que nous avons clairement et majoritairement approuvé dans la région
cette présence. Il a ensuite été difficile de repartir dans la campagne sur d'autres bases. Ce n'est que début mars que cette question a lentement disparue des média.
Il nous reste à faire le bilan collectif
et plus précis de ce qui a été un temps très fort de notre activité politique, largement médiatisé dans la presse locale, ce qui est très positif pour les Alternatifs et qui a permis une
remobilisation de bon nombre d'adhérent-e-s. Ce bilan doit prendre place dans la préparation de notre congrès, comme il prendra place dans la préparation du congrès du NPA.
Les résultats ne sont pas à la hauteur de nos espérances. Comme à l'échelle nationale, ils ne sont pas non plus au niveau des résultats du NPA aux Européennes, et plus faibles dans les
Alpes-Maritimes que dans les autres départements de la région (c'était déjà le cas aux européennes comme aux précédentes régionales en 2004 du temps de l'alliance LO-LCR) Mais il nous faudra
étudier les chiffres au plus près, d'autant plus que ces chiffres ne sont pas très bons pour le Front de Gauche non plus, plus faibles également dans les Alpes-Maritimes (inférieurs à 5%) que
dans le reste de la région.
Ce résultat de notre liste est un élément à ajouter au débat sur la stratégie des Alternatifs : cette campagne nous a confirmé l'importance des convergences entre nos deux organisations et la
possibilité pour les Alternatifs de passer un accord programmatique à coloration fortement écologiste et très autogestionnaire, ce qui aurait été inimaginable avec le Front de
Gauche.
On retiendra enfin que la campagne NPA-Alternatifs a largement contribué à imposer que soit débattu dans la campagne le thème des TER gratuits (repris par le Front de Gauche et c'est tant mieux),
et à obtenir qu'Europe Ecologie durcisse le ton sur ITER (même si c'est pour mieux berner son électorat comme on l'a vu dans les négociations de l'entre deux tours)... ou encore que
d'autres listes proposent dans la dernière ligne droite de leur campagne une réapparition de la démocratie participative (PS) et même le budget
participatif (FDG) !
Bruno Della Sudda et Patrick Massot, les Alternatifs 06.