Tribunes sur le texte "Nos réponses face à la crise"...

 

Position 1 & 3

Nos réponses à la crise
Le texte "Nos réponses à la crise" tient une place un peu particulière dans notre Congrès. Il a été élaboré au cours d’un travail collectif associant des membres de différentes commissions de travail du NPA, parmi lesquelles le Groupe de travail économique, la Commission nationale écologie, la Commission intervention sur les lieux de travail. Loin d’être figé, il devra encore être débattu, enrichi, amendé par les comités afin de devenir un véritable « bien commun » de notre parti. Comme l’indiquent les signatures de cette tribune, ont travaillé sur ce document des militantEs se reconnaissant dans la position 1 ou dans la position 3.

Dans la puissante mobilisation pour le retrait de la contre-réforme des retraites s’affirme le refus de payer la crise du capitalisme. Avec son cortège de licenciements, d’expulsions et de vies broyées, cette crise globale est celle d’un système qui entraîne l’humanité dans une impasse économique, écologique et civilisationnelle. En prendre toute la mesure, y opposer des réponses anticapitalistes, tels sont les objectifs du texte Nos réponses à la crise. Avec ce document, le NPA ne prétend pas détenir le « parfait mode d’emploi » pour y parvenir, mais apporter sa contribution, conscient que les solutions s’écriront dans le combat commun et qu’elles seront pour beaucoup inédites.
Derrière leur discours sur la « moralisation du capitalisme », les dirigeants des grandes puissances ont sanctuarisé les revenus du patronat. Non seulement les plus riches reçoivent des cadeaux fiscaux accélérant l’endettement public, mais ils perçoivent ensuite les intérêts de la dette. Les classes dirigeantes ont redoublé d’ardeur dans la guerre sociale. Le sud de l’Europe leur sert de laboratoire ; les populations y affrontent des plans d’austérité d’une rare violence, concoctés par des gouvernements « socialistes ». Mais tous les pays sont peu à peu concernés. En France, des retraites aux hôpitaux en passant par le logement et l’éducation, c’est tout le système social qui est attaqué. La violence économique s’accompagne de régressions démocratiques et de la montée des extrêmes droites. L’idéologie néo­libérale ayant du plomb dans l’aile, les classes dominantes s’efforcent d’instrumentaliser les problèmes écologiques pour s’en prendre aux revenus et aux conditions de vie des exploitéEs. Mais rien n’est fait pour arrêter la crise du climat, des écosystèmes, de la biodiversité, de l’eau et des sols.
La sortie de crise nécessite un renversement du rapport de forces par la mobilisation pour rejeter les plans d’austérité, imposer des mesures d’urgence et porter un gouvernement de rupture, un gouvernement par et pour les travailleurs.
Les profits exorbitants, confisquant une part toujours plus importante de la richesse produite, sont à l’origine de la spéculation et de la crise financière. Il est urgent de défendre nos vies contre leurs profits, d’augmenter les salaires, de garantir à chacunE un revenu décent, d’interdire les licenciements et la précarité. De permettre à toutes et tous de travailler, moins longtemps, moins durement, d’étendre la protection sociale, le salaire socialisé, de garantir l’accès au logement, l’eau, l’énergie, les transports tout en préservant les ressources et le climat avec des services 100 % publics.
Contrairement à ce que vantent tant d’idéologues libéraux, démocratie et marché ne font pas bon ménage, bien au contraire ! Il est urgent de conquérir le droit de décider et contrôler, ce droit réservé aujourd’hui à une minorité. Conquérir la démocratie suppose donc de rompre avec des institutions vouées à la défense des privilégiés, rompre avec l’Europe de la finance pour construire l’Europe des travailleurs et des peuples, en finir avec le militarisme et l’impérialisme.
Il est urgent de prendre le contrôle du secteur financier avec trois mesures clés : l'annulation de la dette illégitime, la socialisation du système de crédit et le contrôle des capitaux.
Derrière ces urgences, il y a l’indispensable rupture avec le capitalisme et le productivisme, s’appuyant sur le développement de l’auto-organisation et des expériences d’autogestion. Cette rupture est nécessaire à la mise en œuvre d’une planification écologique et démocratique organisant rationnellement la production.
Sortir de la crise, c’est aller vers une autre société, celle du partage, de la coopération des peuples, de la liberté et de l’émancipation, du développement humain réconcilié avec l’impératif écologique : le socialisme du xxie siècle.
Pierre- François Grond (P.1), Philippe Légé (P.3), Christine Poupin (P.1), Stéphanie Treillet (P.3)

Position 2

Face à la faillite capitaliste : la nécessité du socialisme
La crise actuelle est la plus grave depuis 1929. Or celle-ci n’avait pu être résolue que par la guerre mondiale et les destructions qu'elle causa.
C'est à des bouleversements à cette échelle que notre congrès doit préparer le NPA. Le débat sur la crise doit nous permettre d'en comprendre les mécanismes, leurs conséquences, et nous aider à définir une orientation qui y réponde.


Crise du capitalisme, pas du libéralisme
Dans les années 1980, les principales puissances impérialistes ont engagé un tournant économique « libéral ». Dans une situation de stagnation économique, l'objectif était de parvenir à une remontée des taux d'exploitation, donc revenir sur toute une série de concessions faites antérieurement aux travailleurs (le « modèle social » de l'après-guerre) et faire sauter toute une série d'entraves aux mouvements du Capital.
Ce tournant, rendu possible par les défaites ouvrières des années Thatcher-Reagan, dans un contexte de concurrence internationale accrue et de ralentissement économique, aboutit à une modification importante des rapports sociaux et économiques.
Mais en fait, la crise n’a pu être contenue que par un endettement de plus en plus extravagant : les dettes des USA et des pays d’Europe ont maintenu artificiellement l’économie et les profits. Cela n'a pas empêché les crises financières de se succéder, pour éclater en crise mondiale : la dette était devenue incontrôlable, les risques trop importants pour les banques, en particulier pour les prêts dans l'immobilier américain, victime d'une forte surproduction.
Depuis la crise s'est déployée, en particulier dans le secteur de l’automobile, aussi soumis à une forte surproduction, et dans les pays capitalistes les plus fragiles (Grèce, Espagne, Irlande, Islande…). Pour faire face, il a fallu encore recourir à l'endettement (la dette publique de la France est ainsi passée de 63, 7 % du PIB en 2007 à 78, 1 % en 2009).
C'est donc à une guerre de classes encore accentuée qu'il faut se préparer. Partout, les gouvernements attaquent retraites et services publics, réduisent les salaires des fonctionnaires (5 % en Espagne, 3 % en France). Les patrons licencient et le chômage explose.
La bataille sur les retraites en France n’est que le début de nombreuses luttes de classe.

La seule alternative : le socialisme !

Le PS et le Front de gauche revendiquent une politique « keynésienne » : on augmenterait les salaires, les dépenses de l'État pour stimuler l'activité et le tour serait joué. Mais cela n'aboutirait qu'à creuser encore les déficits et ne mènerait en pratique qu'à de nouvelles attaques contre les couches populaires ! En fait, parvenus au pouvoir, ces réformistes s’aligneraient sur le diktat des capitalistes comme leurs homologues espagnols ou grecs. Quand le système est en crise profonde, il n’y a pas de place pour une politique réformiste.
Face à ces utopies, nous devons incarner une radicalité anticapitaliste. La seule issue est de renverser le capitalisme, de mener une politique économique axée sur la satisfaction des besoins sociaux, de s'engager dans la voie du socialisme.
Dans ce contexte, le NPA doit combiner une stratégie pour les luttes face au renoncement des directions syndicales et de la gauche officielle, avancer des mots d’ordre anticapitalistes et populariser un projet socialiste.
Il nous faut une plateforme anticapitaliste : interdiction des licenciements, répudiation de la dette publique, échelle mobile des salaires, défense des acquis menacés (retraites, enseignement, etc.), et aboutissant au mot d'ordre de gouvernement des travailleurs, seule possibilité pour mener une telle politique.
Le document Nos réponses face à la crise, présenté par les positions 1 et 3, défend une analyse tronquée de la crise de surproduction actuelle et tend à la réduire à une crise financière ainsi que le défendent les « anti
libéraux ». Les ambiguïtés de la partie « démocratie » sont aussi évidentes : on réduit le changement social à plus de démocratie (plus de cogestion…) dans les entreprises et à des évolutions institutionnelles, dans le cadre du système. Ce document ressemble plus à un programme de gouvernement PG-compatible qu’à un programme d'action pour les luttes, pour la prise du pouvoir par les travailleurs.
Notre congrès devra donc poursuivre le débat pour doter notre parti du programme socialiste, révolutionnaire, dont nous avons besoin. Les luttes actuelles en illustrent la nécessité et l’actualité.