Histoire d'un processus... de la LCR au NPA.
Le livre de François Coustal, « L’Incroyable Histoire du nouveau parti anticapitaliste »1, est sorti, jeudi 22 janvier.
Plus connu sous le nom de plume de François Duval, l’auteur, qui co-anime avec Ingrid Hayes la page « NPA » de « Rouge » (le journal de la LCR), nous plonge au cœur du processus de fondation du nouveau parti anticapitaliste.
● Quel était l’objectif de ton livre ?
L’objectif n’était pas de faire un bouquin théorique sur le NPA. Je voulais raconter ce qui s’était passé et faire des portraits, au moins brièvement, de gens qui construisaient le NPA. À l’arrivée, j’ai constaté la diversité des parcours et des motivations des gens qui se sont impliqués dans le processus. J’ai croisé plein d’itinéraires différents, sur plusieurs générations. J’ai aimé la diversité des gens, mais aussi celle du processus en lui-même. Entre le groupe de Mulhouse, issu d’une tradition d’intervention liée à Lutte ouvrière et les décroissants d’Avignon – s’intéressant beaucoup aux toilettes sèches –, ou encore entre les jeunes boulangers de Bretagne et les responsables syndicaux de Marseille, il y a une « différence de cultures » !
● À qui ton livre s’adresse-t-il ?
En fait, deux publics sont visés. D’abord, il y a ceux qui ont entendu parler du NPA et qui voudraient savoir à quoi il ressemble. Ils pourront avoir une vision plus vivante, plus humaine de sa réalité. Ensuite, il y a toutes celles et tous ceux qui participent au NPA et qui retrouveront leur histoire ou des histoires analogues aux leurs.
● Tu commences par raconter l’histoire du comité de Marseille. Pourquoi ?
J’ai commencé par les Bouches-du-Rhône, car c’est à Marseille que cela a débuté en pratique. C’était une vraie construction politique, un peu comme lors d’une campagne. À son origine, on trouve la direction fédérale de la LCR des Bouches-du-Rhône, à laquelle se sont joints des militants politiques d’autres sensibilités extrêmement expérimentés, dont les membres sont issus de la génération de 68. Il y a d’abord eu ce regroupement, qui s’est ensuite adressé à des militants syndicaux, également aguerris et, enfin, qui s’est tourné vers un public plus populaire, plus jeune. Dans les autres départements, à cette époque (automne-hiver 2007), on en était juste au stade des réunions d’information sur le projet politique de la LCR.
● Quel rôle ont joué les élections municipales ?
À l’origine, elles pouvaient être perçues comme un obstacle. On n’était guère optimiste quant au résultat des élections et le projet ne coïncidait pas forcément avec les alliances électorales. Mais, du fait des résultats et de la dynamique, les municipales ont joué un rôle d’accélérateur. Elles ont plutôt donné envie aux gens de continuer. Même s’il n’y a pas eu d’automaticité entre campagne unitaire et construction du NPA.
● Quelles sont les principales préoccupations politiques des personnes qui rejoignent le NPA et quel est leur profil sociologique ?
Il y a deux grandes catégories : ceux qui ont envie de donner un prolongement politique aux mobilisations sociales ou sociétales, auxquelles ils participent ou participeraient ; et ceux qui veulent un changement de société et souhaitent construire un parti pour le faire. Quant à leur « profil sociologique », étant donné que les effectifs sont deux à trois fois supérieurs à ceux de la LCR, il est plus populaire : des catégories présentes sous forme d’échantillons dans la LCR le sont beaucoup plus dans le NPA (notamment les précaires). Mais il y a des traits communs avec la LCR – comme avec la plupart des partis de gauche –, la présence de personnels de la fonction publique, d’enseignants et de « travailleurs sociaux » étant forte.
● Quel risque court le NPA ?
Le risque, c’est que l’extrême diversité des parcours et des motivations soit un ferment de fragilité, et pas seulement une richesse. La diversité est un bon point de départ, mais cela ne peut pas durer très longtemps en l’état. Il y a deux moyens pour homogénéiser : la formation politique (touchant au niveau individuel, et donc limitée), et la participation commune aux mobilisations (qui dépendent d’autres facteurs).
● Quel rôle a joué Olivier Besancenot dans le processus de constitution ?
Il a donné un écho médiatique important au projet de NPA. À certains moments, il a joué un rôle d’accélérateur, comme lors de la réunion des syndicalistes à Marseille ou avec les précaires de Paris (comité L’Appel et la pioche). Olivier Besancenot est populaire, mais le NPA n’est pas le parti d’Olivier Besancenot. Les initiatives de Marseille ou de Montpellier, auxquelles il s’est rendu, ont attiré beaucoup de monde, qui souhaitait certes le voir, mais qui voulait aussi assister aux tables rondes précédant son intervention !
Disponible www.la-breche.com
Propos recueillis par Thomas Mitch

1. Demopolis, 233 pages, 14 euros.