«Socialisme ou barbarie»...

Publié le par NPA 06 Ouest

«Socialisme ou barbarie»:
les nouvelles dimensions d’une alternative

(par François Chesnais)

 

Cela fait environ deux mois qu’on peut lire sur le site de Contretemps un chapitre du dernier livre d’Isabelle Stengers, Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient. Le livre a été publié en mars 2009 par les Editions Les Empêcheurs de penser en rond/La Découverte.


Le chapitre disponible en lecture libre n’a pas fait à ce jour l’objet de commentaires sur le site. Il a même reçu assez peu de visites (il y en a eu 323 au moment où je termine ce texte, dont deux qui me sont imputables !).
De façon plus générale, le livre semble avoir suscité assez peu d’articles discutant les positions présentées
[1] et au moins à ma connaissance, aucun du côté des anticapitalistes. C’est pourtant à eux que son livre s’adresse, je dirais même en premiers.
Le peu de réactions confirmerait alors ce qu’elle dit redouter.
Elle anticipe que face à la menace climatique «des appels à l’union sacrée soit proposés» par le capital sous les figures de «l’Entrepreneur», de «l’État» et de «la Science», avec «les accusations de trahison qui accompagnent automatiquement de tels appels».
Mais ce que Isabelle Stengers craint surtout, est «que cela n’incite ceux qui résistent, à constater du bout des lèvres seulement que le réchauffement est en effet un ‘problème nouveau’, ce constat étant suivi immédiatement par la démonstration de ce que ce problème, comme tous les autres, est à mettre au compte du capitalisme, puis par la conclusion qu’il s’agit donc de maintenir le cap, sans se laisser troubler par une vérité qui ne doit pas déranger les perspectives de la lutte» (p.69).
Il serait effectivement désastreux que la signification de la crise du changement climatique et ses implications soient si lourdes de conséquences que ceux qui liraient normalement un essai sur un tel sujet hésitent à le faire, ou alors l’ayant lu gardent le silence.
Il peut y avoir désaccord, comme on le verra plus loin, sur certaines des propositions faites par Isabelle Stengers sur le plan de l’action politique au sens large. Mais alors il faut les exprimer, de façon à permettre au débat de s’ouvrir.


En septembre 2008, j’ai défendu, d’abord dans une intervention à Buenos Aires puis dans Inprecor, l’idée que «nous entrons dans une phase qui est réellement celle de la crise de l’humanité, dans ses relations complexes. Celles-ci incluent les guerres. Mais même en excluant le déclenchement d’une guerre de grande ampleur, une guerre mondiale, qui ne pourrait présentement être qu’une guerre nucléaire, nous sommes face à un nouveau type de crise, la combinaison de cette crise économique qui a commencé avec une situation où la nature, traitée sans égards et brutalisée par l’Homme dans le cadre du capitalisme, réagit de manière brutale.
C’est quelque chose qui est presque exclu de nos discussions, mais qui va s’imposer comme un phénomène central
»
[2].
Je n’avais pas souligné ces mots dans l’original. Le livre d’Isabelle Stengers me le permet.
J’ai abordé les questions écologiques en lecteur de Marx, ayant privilégié depuis très longtemps chez lui tout ce qui aide à comprendre l’accumulation ou plus exactement l’expropriation primitive, le caractère de classe des technologies produites dans le cadre capitaliste et tout ce qui annonce dans le Capital le processus de transformation des «forces productives» en forces destructives. Isabelle Stengers a fait de l’activité de recherche et de la science un de ses principaux sujets d’étude
[3].
Forte de cette autorité, elle donne un nom à «la réaction brutale de la nature brutalisée». Ce nom est «intrusion de Gaïa».
Depuis que j’ai lu son livre, je me sens moins seul sur cette question. Je constate comme elle que l’idée de cette intrusion fait peur. «Gaïa» oblige à reconsidérer les raisons qui fondent l’engagement révolutionnaire (finis les «lendemains qui chantent»). Ensemble avec d’autres éléments, ses positions bousculent profondément la vision de ce que c’est de «faire de la politique»...

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(site national du npa)

 

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Publié dans Ecologie...

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