Vous avez dit « projet contre projet » ?

Publié le par NPA 06 Ouest

A l’approche des élections régionales de 2010, les politiques dont le seul véritable objectif est celui de se faire réélire, rivalisent d’imagination sémantique. C’est connu, la nécessité fait toujours loi. Réflexions sur un phénomène devenu récurrent.


Comme à chaque rendez-vous de l’expression démocratique, les candidats à tout sont confrontés à un dilemme de taille : comment réussir à se faire passer pour des révolutionnaires chevronnés alors qu’ils s’accrochent becs et ongles à leurs fauteuils - pour certains depuis plus de 40 ans ! -, alors qu’ils sont passé de Mao à Sarko aussi vite qu’on change de programme TV, alors qu’ils ne connaissent même plus les problèmes des gens qu’ils prétendent représenter ?


Au lieu d’afficher clairement leurs ambitions personnelles et, au passage, avouer leur penchant immodéré pour le luxe et la vie sans travail réel, les candidats à tout ont su, avec le temps, mettre en pratique une idée qui a fait ses preuves : celle du « projet contre projet ». Certes, c’est de bonne guerre que de ne jamais dévoiler complètement son jeu. Qui peut, en effet, imaginer un instant qu’en ces temps de crise du capitalisme, il existe un seul candidat qui fasse ouvertement campagne pour une société encore davantage libéralisée, flexibilisée et donc fragilisée ? On imagine d’ailleurs encore moins un candidat qui déclarerait, dans le but de se faire élire : « votez pour moi, braves travailleurs, et je redistribuerai sans compter l’argent de vos impôts aux actionnaires fainéants qui vous méprisent ».


Il faut donc bien trouver un moyen de travestir la réalité pour faire croire aux électeurs qu’un programme pro-capitaliste est un programme de justice sociale. Et c’est à ce niveau que la sémantique intervient. Les « projets innovants » fleurissent, les « valeurs essentielles » retrouvent des couleurs, le « temps du changement » - oui, mais lequel ? - est arrivé.
A ce petit jeu, il convient de reconnaître des qualités à nos adversaires politiques, avec une mention spéciale pour ceux qui utilisent l’écologie comme moyen électoraliste, Cohn-Bendit et sa troupe d’Europe-Ecologie en tête. Surfant sur la vague du propre et du vert, ceux-là n’ont plus honte de dire tout pour faire ensuite son contraire : « faire de la politique autrement » semblait être leur credo et on surprend leurs eurodéputés, fraîchement élus, à voter comme le PPE et le PSE pour le même candidat à la présidence de la très sauvagement libérale commission européenne.

Aurait-on raté un épisode ? A moins qu’il ne faille en revenir aux principes fondateurs qui animent ces partis ? Capitalisme vert, économie de marché à vocation sociale, libéralisme moralisé… combien d’appellations différentes en forme d’oxymore utilisées par ces formations pour dire, en clair, qu’ils continueront à mettre en œuvre une politique taillée sur mesure pour le Capital ? Et quelle meilleure garantie offerte aux puissants que celle de se présenter à l’infini, de cumuler les mandats, de s’arroger tous les pouvoirs ? On est bien loin des statuts exigeants d’un parti comme le NPA, qui met les idées au-dessus des personnes, et l’intérêt général avant celui de quelques uns, fussent-ils même élus ...


Évidemment, ailleurs, chez ceux qui vivent DE la politique et non POUR elle, il ne s’agit pas seulement de bien parler pour se faire passer pour ce que l’on n’est pas. Il est parfois nécessaire, voire impératif, de s’allier, même si ces alliances semblent tout droit sorties de l’esprit d’un schizophrène. Ainsi naissent ou naîtront, d’ici peu, des unions contre-nature par principe. Et pour que les militants de base, un peu effrayés quand même par la mariée, ne quittent pas le navire avant même d’avoir levé l’ancre, les caciques n’hésitent à resservir le mauvais plat des « initiatives qui font bouger les lignes ».


C’est là que le désormais fameux « rassemblement autour d’un projet commun » révèle toute son utilité en terme de manipulation. « Oui, bien sûr qu’on est très différents, mais nous avons au fond le même projet » sert-on, larmoyant, à des militants incrédules qui croyaient que leur parti voulait changer vraiment le monde. « On se battra projet contre projet et tous ceux qui se reconnaissent dans notre projet sont les bienvenus » entend-on également… Si le projet est celui de conserver son poste pour pantoufler dans de sombres commissions, alors les bienvenus seront nombreux !

Sur ce terrain-là, reconnaissons également à nos adversaires politiques des qualités importantes : se faire passer pour vert quand on est bleu, trouver des qualités à l’économie de marché alors qu’on milite depuis sa jeunesse pour un monde sans classes et libéré de la domination des possédants, affirmer que la société de consommation est une bonne chose alors qu’on sait pertinemment qu’elle est la cause de l’épuisement des ressources planétaires, user de la sémantique du bien commun ou de la justice sociale alors qu’on ne jure que par l’individualisme le plus insolent… novlangue [1], outil merveilleux !


Si tout cela paraît presque exagéré, c’est pourtant bien la réalité de bon nombre d’appareils politiques qui, sclérosés et incapables de se renouveler en profondeur, ne travaillent en réalité qu’à une seule chose : conserver leurs élus, à tout prix, à défaut de faire avancer leurs idées dans la société.


A la réflexion, on comprend mieux que les statuts et le programme du NPA ont de quoi effrayer les tenants de la politique à l’ancienne, qui ne jurent que par leur capacité à « mettre les mains dans le cambouis ». Du cambouis oui, mais visiblement un cambouis qui doit valoir de l’or pour qu’on s’y accroche avec une telle pugnacité.


R. MOLFESE, militant NPA, Nice, 06.


Dans l’actualité, quelques exemples récents de travestissements :


Sous couvert d’aller « au-délà des différences » mais surtout de se positionner d’ores et déjà pour les élections présidentielles de 2012 (c’est effectivement la priorité du moment), Vincent Peillon, a réuni Daniel Cohn-Bendit (Verts), Marielle de Sarnez et Jean-Luc Benhamias (MoDem), Robert Hue (PCF) et Christiane Taubira (PRG), le 22 août dernier lors de l’université d’été de son courant « L’espoir à gauche » (sic).


Quand le même Daniel Cohn Bendit vole au secours de Nicolas Sarkozy sur la taxe carbone (Le monde.fr du 27/07/09) : le leader d’Europe Ecologie, a affirmé que la taxe carbone était une "mesure révolutionnaire", dans un entretien publié lundi par le quotidien économique Les Echos. "C’est une mesure révolutionnaire, le début d’une transformation de l’impôt", a-t-il déclaré, tout en demandant à Nicolas Sarkozy de "tenir bon" parce que c’est "une idée juste, proposée d’ailleurs par le Grenelle de l’environnement".


Erreur de frappe ou supercherie, voilà ce que l’on peut lire actuellement sur la page d’accueil du site de l’UMP () : « Il y a aujourd’hui urgence à agir, à réformer pour plus de justice sociale, à imaginer des solutions innovantes pour faire mentir celles et ceux qui prétendent que l’on a tout essayé, à refuser l’idéologie pour lui préférer l’efficacité, à penser à l’avenir pour savoir quelles décisions prendre à présent. En somme, à réinventer notre manière de faire du social ».

Notes

[1] novlangue : langue officielle d’Océania, inventée par George Orwell pour son roman 1984 (publié en 1949). Il est une simplification lexicale et syntaxique de la langue destinée à rendre impossible l’expression des idées subversives et à éviter toute formulation de critique (et même la seule « idée » de critique) de l’État.

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Publié dans Social - société...

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