Mrap, comité de Nice-Grasse : pour Hakim...
Ci-dessous une lettre du MRAP :
Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples.
Comité de NICE-GRASSE. 13 rue Amiral de Grasse, 06000 NICE.
Monsieur le Président de la République
c/o Palais de l’Elysée,
75008 PARIS
Objet : « Dysfonctionnement » policier et judiciaire…
Monsieur le Président,
Le 9 Mai 2008, Hakim AJIMI décédait à GRASSE, suite à son interpellation par la BAC.
De multiples témoignages confirment les résultats de l’autopsie : Hakim est bien mort asphyxié par des policiers qui ont pratiqué sur lui une clé d’étranglement prolongée alors qu’il était menotté et ne présentait aucun risque pour les forces de l’ordre. Son agonie a duré 20 minutes, pendant lesquelles des témoins, dont des pompiers, ont, en vain, alerté les policiers sur son état.
Pourtant, seuls des policiers témoins sont, à ce jour, mis en examen pour « non assistance à personne en danger » ! Les auteurs des faits bénéficient d’une scandaleuse impunité, n’étant pas même suspendus ou mutés dans un autre commissariat.
En outre, le juge d’instruction saisi se refuse à pratiquer une reconstitution, destinée à établir les faits et mettre ainsi les protagonistes face à leurs contradictions…
Le traitement de cette affaire n’honore ni la Police qui, mue peut-être par un réflexe corporatif, refuse de reconnaître ses erreurs, que l’on pourrait qualifier d’homicide, ni la Justice qui couvre ces agissements.
Nous sommes bien obligés de nous interroger sur les raisons de cet étrange traitement d’une affaire ayant entraîné la mort d’un jeune homme : serait-il en relation avec l’origine de cette personne, eût-il été différent s’il n’avait fait partie de ce qu’on nomme, par euphémisme, « minorité visible » ?
De fait, nous constatons que d’autres affaires meurtrières font l’objet de tentatives d’enterrement, telle l’affaire du décès d’Ali ZIRI à Argenteuil, où la première autopsie n’a pas permis de constater des hématomes de plus de 15 cm…
Nous craignons fort que la Police n’ait reçu la garantie de l’impunité pour « nettoyer au kärcher » (ou par tout autre moyen : flash ball, taser, etc. ) ceux qu’on leur désigne comme espèce dangereuse, ainsi que cela s’est pratiqué un mémorable 17 octobre 1961…
La Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité CNDS, dans son rapport sur l’année 2008 récemment présenté aux pouvoirs publics, n’indique-t-elle pas : « Cette année encore, plusieurs dossiers font état de violences illégitimes commises par des fonctionnaires de police ou des militaires de la Gendarmerie. Celles-ci n’ont été reconnues par aucun d’entre eux et n’ont pas été dénoncées par leurs collègues ; elles n’ont pu être établies qu’au travers de certificats médicaux corroborant les déclarations des plaignants et des contradictions évidentes entre les différentes versions des faits données par les agents » ?
Nous vous demandons donc d’user de votre autorité pour mettre fin au traitement « particulier » de cette affaire. Les forces de Police, réputées servir l’ordre républicain,
la Justice, rendue « au nom du Peuple français » perdraient toute crédibilité auprès de la population, et particulièrement des jeunes, si un traitement discriminatoire de cette grave affaire devait perdurer. Contrairement à certaines banlieues « sensibles », qui s’enflamment au lendemain des « bavures », les jeunes Grassois ont fait preuve de calme mais aussi de détermination à voir rendre justice à Hakim ; vous ne pouvez décevoir cette confiance accordée à nos institutions.
Dans cette attente, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre attachement aux valeurs de notre République.