Education Nationale : sanction très rapide !

Publié le par NPA 06 Ouest

Gilles Lehmann est-il un homme dangereux ?
 

L'Inspection académique de Haute-Vienne a suspendu brutalement un enseignant, Gilles Lehmann, au prétexte qu'il ne respectait pas le protocole de l'évaluation de CM2.

 

C'est un fait sans précédent qui s'est produit dans la modeste école de Condat sur Vienne (Haute-Vienne) (12 classes), lundi 18 janvier. Lundi matin l'IEN de secteur et l'inspecteur d'académie adjoint sont arrivés dans l'école, ont demandé à Gilles Lehmann s'il allait appliquer le protocole des évaluations de CM2  et devant son refus l'ont immédiatement suspendu. Un remplaçant est venu faire classe à sa place.

 

L'inspection académique lui reproche de ne pas respecter le protocole de l'évaluation de CM2, qui commençait officiellement lundi. Dans la lettre officielle qui lui a été remise on lui reproche de fausser ainsi les résultats de l'évaluation et de "désorganiser le service public". En effet, Gilles Lehmann a décidé d'étaler sur trois semaines cette évaluation (au lieu de 3 jours) et il effectue les exercices lors de l'aide personnalisée, un autre dispositif qu'il ne respecte donc pas. Il ne s'en cache pas : il a signé l'appel des "200 désobéisseurs".

 

Une évaluation contestée. L'évaluation de CM2 avait été largement rejetée en 2009 par de nombreux enseignants qui contestaient son protocole et sa finalité, au point que le ministère avait fini par reconnaître qu'un pourcentage important de résultats n'étaient pas remontés, sans parler de tous ceux qui étaient faussés. En décembre les "désobéisseurs" avaient appelé à refuser l'évaluation. Début janvier les trois principaux syndicats avaient demandé au ministre de suspendre l'évaluation projetée.  Le Snuipp a donné aux enseignants des consignes (ne pas faire passer d’exercices correspondant à des notions non étudiées depuis le début de l’année) qui ne respectent pas le protocole de l'évaluation.  Comme elles sont suivies par bien d'autres enseignants que G Lehmann, la sanction qui lui tombe dessus semble bien injuste.

 

Gilles Lehmann nous a fait part de sa surprise. "Cette décision me paraît absurde et disproportionnée. Cela montre qu'il n'y a plus de discussion possible dans l'éducation nationale. On n'est plus des enseignants mais des fonctionnaires. Or c'est insupportable pour un enseignant d'autant qu'un fonctionnaire ce n'est pas forcément quelqu'un qui oublie de réfléchir".

 

Le procédé est surprenant. On suspend généralement en urgence un pédophile ou quelqu'un qui met en danger les élèves, pas quelqu'un qui a un différend sur l'application d'une consigne officielle. Pour ses amis de l'appel des 200, c'est "Limoges sous Vichy". "Cet acte odieux est sans précédent depuis l'époque de Vichy", écrivent-ils. "L'Inspecteur d'académie fait du zèle dans la répression des enseignants quitte à sortir de la légalité et à risquer une nouvelle condamnation de l'Etat par un tribunal administratif". La sanction n'a donc pas refroidi le zèle des 200. Elle a créé autour de Gilles Lehmann un mouvement de sympathie. Il a reçu des lettres de soutien de parents et sait pouvoir compter sur les sections syndicales de Haute-Vienne du Snuipp, du Sgen et de l'Unsa. Tous vont appeler à une manifestation devant l'I.A. vendredi 22 janvier à 17h pour accompagner G Lehmann devant l'inspecteur d'académie.

 

Dans son livre, paru le 14 janvier, Alain Refalo, un des dirigeants du mouvement des désobéisseurs, explique que "la désobéissance pédagogique trouve sa légitimité dans l'affirmation d'une exigence éthique et morale" et que "l'administration en sanctionnant durement, reconnaît que cette action l'inquiète… Tout l'enjeu est alors de rendre cette répression dérisoire pour permettre la poursuite du mouvement. C'est pourquoi la fermeté face à la répression est décisive".

 

Pour avoir sanctionné des enseignants qui se déclaraient en désobéissance, Xavier Darcos a réussi à faire naître un mouvement qui regroupe maintenant 3 000 enseignants. Non seulement la peur n'a pas fait fuir les militants mais, l'Etat étant régulièrement condamné en justice pour des sanctions qui sont légalement apparues comme arbitraires,  il a levé un grand mouvement de sympathie au bénéfice de ces enseignants. Gilles Lehmann, lui, estime qu'on lui fait un procès en hérésie.

 

Il faut bien dire qu'avec Gilles Lehmann une nouvelle étape risque d'être franchie. En suspendant de façon aussi brutale ce professeur des écoles, l'Inspection académique de la Haute-Vienne pose à tous les enseignants une question identitaire. Sont-ils des fonctionnaires soumis à l'obéissance passive ? Sont-ils des éducateurs ? Si l'on ne peut pas apprendre sous la contrainte, peut-on enseigner dans la sujétion ? L'homme dangereux est-il bien Gilles Lehmann ?

Editorial de François Jarraud sur le café pédagogique :
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COMMUNIQUE DU RESEAU DES ENSEIGNANTS DU PRIMAIRE EN RESISTANCE

 
Un enseignant suspendu en Haute-Vienne pour résistance aux évaluations nationales !
 
Un enseignant de Haute-Vienne, Gilles Lehmann, s'est vu signifier aujourd'hui par son Inspection académique une suspension immédiate de ses fonctions pour avoir annoncé qu'il ne respecterait pas totalement le protocole de passation des évaluations nationales CM2 et n'en ferait pas remonter les résultats.
 
Il est convoqué le 22 janvier dans le cadre d'une procédure disciplinaire intentée à son encontre.
 
Une  telle suspension immédiate n'intervient normalement  qu'après une CAPD disciplinaire, appliquée en cas de procédure d'urgence, quand les enfants sont en danger.
 
Le Réseau des enseignants du primaire en résistance, signataire de l'Appel des 200 maîtres contre les évaluations nationales, dénonce cette décision autoritaire et illégale.
 
Nous exigeons le rétablissement immédiat de Gilles Lehmann dans ses fonctions et demandons au ministre Luc Chatel d'intervenir pour que cesse cette chasse grotesque aux enseignants-désobéisseurs qui ont par ailleurs le soutien de la principale fédération de parents d'élèves.
 
Réseau des enseignants du primaire en résistance
www.resistancepedagogique.org



COMMUNIQUE DE L'APPEL DES 200 MAITRES

Limoges sous Vichy !

 

Les 200 maîtres signataires de l'Appel national : « Évaluations nationales : toujours sans nous » apprennent avec stupeur, lundi 18 janvier, qu'un  de leur collègue de la Haute Vienne, Gilles Lehmann, a été sorti de sa classe par son IEN et par l'IA adjoint, sur ordre écrit de l'Inspecteur d'Académie, et convoqué devant une commission disciplinaire vendredi prochain. Son crime ? Avoir signé, au nom de l'intérêt de ses élèves, l'appel des 200 maitres qui invite à s'opposer au dispositif national des évaluations CM2 programmées cette semaine, avoir invité ses collègues, comme le demandent également les syndicats, à ne transmettre aucun résultat au ministère, alors qu'un proche conseiller du ministre venait d'annoncer publiquement qu' « une réflexion pourra s'engager à partir des critiques constructives ».

Avant la pause de midi, les élèves, choqués, ont vu leur maitre partir, remplacé sur le champ par un jeune collègue de Gilles désigné par la hiérarchie !

Cet acte odieux est sans précédent depuis l'époque de Vichy. Nous interpellons le ministre de l'Éducation Nationale : l'Inspecteur d'Académie de Limoges fait du zèle dans la répression des enseignants, quitte à sortir de la légalité et à risquer une nouvelle condamnation de l'État par un Tribunal Administratif. Quand un responsable sort ainsi de la légalité et donne un image aussi insupportable de l'éducation nationale, le ministre doit le suspendre immédiatement.

Doit-on comprendre, sinon, que le ministre a décidé de sortir bientôt de leur classe manu militari les milliers d'enseignants qui, d'une façon ou d'une autre, refusent de mettre en œuvre le protocole national (au moins 30 % de la profession l'an dernier) ? Que fera-t-il pour tous ceux qui seront en grève jeudi ? Prend-il le risque d'affronter les syndicats qui, tous, ont demandé une remise à plat de ce dispositif, et appellent à ne faire remonter aucun résultat avec le logiciel ministériel. Demandera-t-il la radiation des enfants dont les parents boycotteront ses évaluations ?

Les 200 maitres se déclarent totalement solidaires de leur collègue Gilles Lehmann. Ils ne doutent pas que les organisations syndicales départementales et nationales lui apporteront leur appui pour assurer sa défense au nom de toute la profession.

Ils appellent l'ensemble de leurs collègues à faire connaître leur indignation par tous les moyens qu'ils jugeront appropriés : motions, délégations, suspension des évaluations, arrêts de travail…
 
Contact : Sylvain Grandserre, tel : 06 19 69 45 83
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Publié dans Social - société...

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