Grasse : identité nationale...

Publié le par NPA 06 Ouest

Courier adressé au sénateur- maire de Grasse, Mr Leleux, par Paul Euzière -conseiller municipal- président du groupe Grasse à Tous, le 9 décembre 2009:

 

 Monsieur le Sénateur-maire,

 

Je vous remercie de votre invitation à participer à la rencontre sur « l’identité nationale » qui se tiendra en sous-préfecture de Grasse, ce 11 décembre.

L’initiative nationale lancée par MM Besson et Sarkozy me révulse.

 

Depuis ma naissance, j’ai toujours vu Grasse accueillir des familles de travailleurs étrangers : Italiens, Espagnols, Algériens, Tunisiens, Marocains, Cap-Verdiens qui, en deux générations, sont devenus des Grassois qui s’identifient pleinement à notre ville et à notre pays dans la mesure où la République, l’Etat et les citoyens créent les conditions de leur pleine intégration.

 

Cela n’est jamais allé sans difficultés.

Ma grand-mère, longtemps directrice de l’école de Magagnosc, me racontait comment à la fin des années 40, elle avait dû séparer des élèves qui s’étaient battus parce que l’un d’origine calabraise refusait à l’autre d’origine piémontaise la qualité de Français.

Un demi siècle plus tard, directeur d’école à la Blaquière, je n’ai jamais été confronté à de telles situations.

Quelles que soient leurs origines, les enfants « d’immigrés » que j’ai eus en classe, depuis 30 ans, partagent complètement le devenir de notre ville et d’un pays qu’ils ressentent comme le leur sauf quand ils sont marginalisés socialement ou stigmatisés pour leur couleur ou leur religion.

Ce qui est trop souvent le cas de nos jeunes concitoyens d’origine musulmane dont on ne peut exiger des devoirs si l’on n’accorde pas, dans les faits, les mêmes droits qu’aux autres citoyens.

 

Ces dernières années, en tant que président du Festival TransMéditerranée, je me suis penché sur certaines pages de l’histoire de France, sur l’apport essentiel des troupes « indigènes » Tabors Marocains, Tirailleurs Algériens et Tunisiens à la libération de notre pays.

Comment ont été traités ces libérateurs ?

Comment traite-t-on leurs enfants et petits-enfants ?

Comment a-t-on traité les Républicains Espagnols qui cherchaient refuge en France en 1939 et dont 260 000, hommes, femmes, enfants ont été internés en France, dans des camps de concentration, avant d’être livrés par milliers aux nazis ?

 

Malgré le comportement déshonorant des autorités françaises, la masse de ces Espagnols républicains se sont engagés dans la Résistance et en sont souvent devenus des héros.

A Grasse même, le monument de la Résistance porte le nom de J. Outcharov « Marcel », résistant bulgare tué à Château Folie, responsable, comme M. Manouchian, des FTP-MOI, un représentant de cette « racaille » étrangère, de cette « armée du crime » disaient les nazis.

Tous ces « étrangers » dont ne parlent pas les livres de l’histoire officielle ont été reçus en France et traités comme des « indésirables ».

A ce moment là, comme à tous les grands moments de notre histoire, personne ne les interrogeait ou ne s’interrogeait sur « l’identité nationale ».

Tous étaient nos frères pourtant et participaient au meilleur de la France.

Une France qui ne rayonne jamais autant que lorsqu’elle montre aux peuples du monde qu’elle fait vivre les valeurs de Liberté, Egalité, Fraternité.

 

Pour toutes ces raisons, je ne participerai pas à un débat politicien étriqué et électoraliste, meurtrier pour la République, sur « l’identité nationale ».

 

 

Recevez, Monsieur le Sénateur-Maire, l’expression de mes sentiments distingués.

 

Paul Euziere

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article