Grasse : Justice pour Hakim Ajimi !

Publié le par NPA 06 Ouest

 

En plein jour, en plein centre-ville de Grasse (06), Hakim Ajimi, 22 ans, est mort  le 09 mai 2008, suite à son interpellation par la Police.

 

Retour sur les faits :

 

Cuisinier au chômage, Hakim s’en était ce jour-là vivement pris à un employé et au directeur de l’agence du Crédit Agricole, où il avait tenté, sans succès de retirer de l’argent : ceux-ci avaient alors appelé la Police.

 

Hakim a été interpelé, quelques minutes après dans la rue, par deux agents de la Brigade Anti Criminalité (la BAC). Il avait tenté alors de résister à son interpellation. Les policiers de la BAC ont ensuite été rejoints par cinq policiers municipaux et quatre agents de Police Secours.
Ce sont donc onze fonctionnaires de police qui sont impliqués dans la mort d’Hakim.

 

Hakim a été plaqué au sol et menotté : il a donc été rapidement immobilisé mais, malgré cela, il a subi, pendant une quinzaine de minutes, une clef d’étranglement  (1) qui l’a empêché de respirer convenablement, ainsi qu’une compression thoracique, alors que tous les témoins notaient son état de détresse.

Lorsque Hakim a été enfin placé dans le véhicule de Police Secours, son corps semblait déjà inerte et vraisemblablement sans vie.

Les témoignages recueillis et les premiers éléments d’enquête faisaient déjà apparaître « l’inhumanité » du comportement des policiers et de l’absence de respect des règles de déontologie de la police.


Le rapport d’autopsie et l’expertise complémentaire indiquaient que « le décès résulte d’un mécanisme d’asphyxie mécanique lente avec privation prolongée en oxygène. L’origine de cette asphyxie a résulté prioritairement d’une incapacité de Hakim à assurer des mouvements respiratoires satisfaisants dus à deux causes : d’une part, une compression thoracique empêchant des mouvements respiratoires efficaces (sujet allongé à plat ventre au sol et maintenu par une pression sur le tronc) et d’autre part par un mécanisme de compression du cou par le geste de maintien type « clé d’étranglement », en entravant la circulation du sang et de l’oxygène dans le cou ».
Les médecins ayant établi cette expertise parle d’une « mort lente et extrêmement douloureuse ». 

Ce que confirment les multiples témoignages (seize témoins oculaires) d’une description physique inquiétante (teint violacé, yeux exorbités) et de l’évolution de l’état de Hakim durant son interpellation.

 

Malgré tous les éléments scientifiques irréfutables ainsi que la présence des témoins, la décision des juges d’instruction de donner le statut de TEMOINS ASSISTES aux policiers responsables de la mort de Hakim démontrait déjà que la justice immunise la police de toute sanction et par là même leur octroie « le statut particulier d’agents de l’état au-dessus de la loi ».

 

La famille Ajimi et leur avocat ont alors fait un recours devant la Cour d’Appel d’Aix qui en décembre 2009 statua la mise en examen des deux policiers de la BAC, responsables des faits, pour « homicide involontaire » et « non assistance à personne en danger » pour l’un d’entre eux.

 

Le 06 mai 2010, les deux juges du Tribunal de Grande Instance de Grasse, Catherine Bonnici et Sandrine André, rendaient une ordonnance de non-lieu partielle en faveur des deux policiers de la BAC, responsables de l’interpellation alors que la Commission Nationale de Déontologie et de Sécurité (CNDS) venait de rendre son rapport accablant sur les circonstances et les agissements de tous les policiers.

 

Ce rapport de la CNDS, bien que simplement consultatif, recommande des poursuites disciplinaires à l’encontre de l’agent de la BAC pour « avoir maintenu une clé d’étranglement alors que l’usage de la force n’avait plus aucune justification et introduit Hakim à l’arrière du véhicule de Police Secours sans s’assurer de sa sécurité, pour ne pas s’être rendu compte de l’état de détresse de l’interpelé, pour ne pas avoir transmis de consigne à l’équipage chargé du transport et s’être abstenu de porter assistance à Hakim en sollicitant les secours présents sur les lieux de l’interpellation ».

La CNDS recommande aussi des poursuites disciplinaires à l’encontre du policier municipal qui n’a pas pris les mesures nécessaires pour se rendre compte de l’état de détresse d’Hakim.

Sont également recommandées des sanctions disciplinaires à l’encontre des quatre membres de l’équipage de Police Secours pour ne pas avoir modifié la situation d’Hakim dans le véhicule et ne pas avoir pris de mesure pour se rendre compte de son état de détresse.

 

La mobilisation paye… mais doit continuer :

 

Dès l’annonce du décès d’Hakim une manifestation spontanée a eu lieu dans les rues de Grasse et un comité de soutien « Justice pour Hakim » s’est aussitôt constitué (2).

 

L’engagement du comité de soutien « Justice pour Hakim » et de citoyen-ne-s (multiples rassemblements et manifestations, organisation et participation à des forums, pétitions, tirage de 5 000 cartes postales, interpellation des responsables politiques) avaient permis la mise en examen des deux agents de la BAC alors qu’ils n’étaient initialement simplement appelés à comparaitre qu’en tant que témoins assistés.

 

Le 1er décembre 2009, suite à un recours du Procureur de la République devant la Cour d’Appel d’Aix en Provence, les juges d’instruction du Tribunal avait enfin ordonné la mise en examen des deux agents de la BAC pour homicide involontaire et non assistance à personne en péril.

 

Malgré la tenue d’un Forum avec l’aide de Police… Personne ne Bouge et du FSQP, de rassemblements et de manifestations, l’ordonnance de non lieu du 06 mai 2010 montre bien la nécessité de continuer les mobilisations et n’a fait que renforcer la détermination du comité « Justice pour Hakim ».

 

Le comité de soutien demande notamment :

- qu’une reconstitution des faits soit effectuée en présence des témoins

- que justice soit rendue de manière impartiale et efficace au défunt à sa famille, à tous ses proches, et à la société

- d’être reçu par le sénateur maire de Grasse, Jean-Pierre Leleux pour qu’il prenne enfin une position politique digne de ce nom

- que soit interdites, comme dans d’autres pays européens, toutes méthodes d’immobilisation dangereuses employées par les forces de l’ordre, afin d’éviter d’autres blessures graves ou décès.

 

La mort d’Hakim n’est malheureusement pas un cas isole :

Mettons fin à ces graves dérives.

 

Le NPA 06 soutient et participe aux actions du comité Justice pour Hakim, en condamnant  aussi la politique sécuritaire, xénophobe, ouvertement raciste et anti jeunes du gouvernement Sarkozy.

 

 

(1)  La clé d’étranglement dont l’usage est condamnée, depuis plusieurs années, par la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

(2)  Comité « Justice pour Hakim » constitué par les membres de la famille et leurs proches, des citoyen-ne-s, le MRAP, la LDH, Amnesty International, un Temps pour Tous, UL CGT, FSU, les Alternatifs, MRC, NPA, PCF, PG, Association des Musulmans du Pays Grassois, FTCR, AC le Feu, Forum Social des Quartiers Populaires, Police… Personne ne bouge,…

 

 

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