Régionales 2010 dans le 06 : intervention d'un de nos candidats à Marseille...
MEETING CAMPAGNE REGIONALE NPA-ALTERNATIFS
MARSEILLE 9 MARS 2010
INTERVENTION DES ALTERNATIFS
Bonsoir à toutes et tous,
Quelques remarques qui complèteront les précédentes interventions, à la fois comme co-listier dans les Alpes-Maritimes et pour les Alternatifs, comme membre de l'exécutif élargi du mouvement
Ce que nous renvoie la campagne de terrain, dans d'autres régions comme dans la nôtre : dans un contexte de crise, ce mélange de révolte et d'exigences sociales fortes, en particulier, encore et toujours les questions de l'emploi, du logement, des attaques contre les services publics, des perspectives si sombres pour les jeunes, mais aussi l'écologie avec le désastre du sommet de Copenhague, et la démocratie, dans cette région de plus de 3 millions de personnes jamais tenues au courant des grandes décisions du conseil régional, jamais associées aux décisions qui les concernent, par exemple sur les grands projets d'aménagement dans notre région
Echelle nationale, échelle régionale : tout est mêlé, la révolte et les exigences, mais aussi un grand désarroi et ce rejet de la représentation politique, des phénomènes déjà vus lors des précédentes campagnes électorales, mais qui cette fois-ci bat tous les records
Il faut bien le dire : cette campagne se mène dans un climat malsain, qui a quelque chose de pourri, dans notre région comme ailleurs
La droite, sous pression de l'extrême-droite, n'y est pas pour rien, relayée par une grande partie des media, sur deux thèmes obsessionnels : la dérive sécuritaire et cette campagne sur l'identité nationale qui vise à réhabiliter les idées nationalistes et tout ce qui va avec, le climat nauséabond de xénophobie et de racisme, cher à la droite et l'extrême-droite
Pour nous, cette dérive sécuritaire est un écran de fumée pour dissimuler les problèmes sociaux et politiques, la crise écologique et la crise de la démocratie : c'est un vieux classique de la droite, notamment dans les campagnes électorales
Ecran de fumée bien sûr mais pas seulement : avec cette dérive sécuritaire qui dans les Alpes-Maritimes et à Nice devient délire sécuritaire sous la direction du clan Estrosi-Ciotti qui a fait main basse su r la ville et le département (la video- surveillance partout, la ville et la département utilisés comme laboratoires), c'est aussi la mise en place d'un Etat autoritaire qui est l'objectif visé, les droits et les libertés sont meancés et la gravité de cette situation exige la mobilisation citoyenne la plus large
Rappelons au passage que cette dérive sécuritaire et les mesures qui l'accompagnent non seulement ne règlent nulle part, particulièrement en Angleterre et aux Etats-Unis, les problèmes de la sécurité des biens et des personnes, mais qu'à l'inverse elles entretiennent le climat d'insécurité, alimentent cette suspicion généralisée, cette peur de l'autre, dissimulent l'insécurité majeure qui est l'insécurité sociale généralisée... et rapportent des profits à des petits malins qui s'en mettent plein les poches
Depuis quelques années, cette dérive est axée en particulier sur les soi-disant violences en milieu scolaire alors que les statistiques nous le disent : cela ne représente rien en comparaison pas exemple des violences conjugales et domestiques
Sur le terrain, il y a déjà des mobilisations un peu partout en France et dans les Alpes-Maritimes, sachez que RESF vient de fêter ses deux ans d'anniversaire du cercle de silence chaque mardi sur la place Masséna à Nice, où la situation est encore plus difficile qu'ailleurs, sachez aussi que pour la défense du droit d'asile et de son application dans le domaine du logement il y eu à Nice une mobilisation citoyenne qui a débouché sur des avancées pour le logement des personnes concernées, ce qui prouve qu'on peut gagner, même si le rapport de forces est défavorable, même si ce qu'on a gagné reste partiel et fragile
Nous exigeons bien sûr la régularisation immédiate de toutes et tous les sans-papiers, et le respect absolu du droit d'asile particulièrement menacé
C'est une exigence d'humanité et de justice, mais pas seulement : c'est aussi une question politique
Car au-delà de qui est exigé et qui doit être obtenu, il y a aussi pour eux et pour elles la citoyenneté qui doit être étendue à toutes et de tous, la citoyenneté de résidence à travers le droit de vote pour toutes et tous à toutes les élections
On nous répond parfois : la société n'est pas prête
D'abord c'est faux et la société est sans doute moins crispée que la représentation politique
Et ensuite, nous, nous inversons le raisonnement : c'est en obtenant l'égalité des droits et le droit de vote pour toutes et tous qu'on fera reculer dans les esprits la xénophobie et la racisme !
C'est en maintenant l'inégalité des droits qu'on construit le racisme dans les consciences !
Voilà l'une des réponses que nous apportons à la crise de la politique et de sa représentation
Et que dit la droite à ce sujet ? La politique, c'est compliqué et ça demande du temps, il faut laisser ça à des professionnels
C'est leur discours à tous, d'Estrosi à Copé et tant d'autres à l'UMP
Et il y a aussi ce qui va avec : le cumul des mandats et la réforme territoriale conçue dans le dos des populations, qui vise à réduire par deux le nombre d'élus locaux, avec un scrutin inique qui renforcera le cumul des mandats et risque de mettre fin à la parité
Il ne s'agit pas ici de défendre des institutions qui ne sont pas les nôtres mais de comprendre qu'il s'agit d'un tout, et que ce tout est cohérent
A la confiscation de la politique par une caste, nous opposons une alternative : la politique doit à l'inverse être l'affaire de toutes et de tous !
Voilà pourquoi à l'occasion de cette élection régionale, nous disons qu'il y a urgence démocratique et que nous proposons deux axes majeurs
Un changement radical du fonctionnement du conseil régional, avec par exemple : la fin de la présidentialisation du conseil régional ; la fin du clientélisme ; l'information faite à la population des principales décisions du conseil régional ; la transformation du magazine régional totalement insignifiant -quand on l'a lu une fois, comment avoir envie de le relire ?- en véritable outil démocratique et citoyen
Un changement radical du fonctionnement de l'institution, mais pas seulement : nous sommes la seul liste à proposer la mise en route d'une démocratie participative dans le sens précis d'une démocratie active, avec par exemple la création dans les communes et les départements de forums citoyens ouverts à toutes et tous, dans lesquels il ne s'agirait pas de consulter ou d'informer mais d'aller beaucoup plus loin en associant les populations aux décisions qui les concernent, y compris sur le budget et les projets d'aménagement pour notre région
C'est ce que nous appelons le budget participatif
On nous dit parfois : difficile, compliqué
Nous répondons : pas du tout, c'est ce qui a été expérimenté avec grand succès dans des conditions beaucoup plus difficiles qu'ici, à Porto-Alegre au sud du Brésil, avec une véritable participation populaire et des effets positifs très importants sur la participation des milieux populaires, des jeunes et des femmes à la citoyenneté active et même aux élections politiques
Dans cette campagne, nous disons : urgence sociale, urgence démocratique, urgence écologique
Non seulement c'est complémentaire et inséparable, mais allons plus loin : ces trois exigences sont articulées et imbriquées, et comme nous l'avons pratiqué dans l'altermondialisme et les forums sociaux, à l'échelle locale comme à l'échelle mondiale (FSM) et européenne (FSE), il n'y pas de hiérarchie entre ces trois urgences, comme il n'y a pas de hiérarchie entre les terrains de lutte, comme il ne doit plus y en avoir entre militante-s politiques, associatifs et syndicaux : nous agissons ensemble sans hiérarchie ni chef d'orchestre
C'est aussi cela, faire de la politique autrement, et nous avons essayé de le faire dans les Alpes-Maritimes avec une liste composée non seulement du NPA et des Alternatifs mais aussi de syndicalistes et d'associatifs qui animent avec les autres et à égalité la campagne électorale... c'est ce que nous appelons la démarche citoyenne !
Revenons aux trois exigences et aux exemples d'articulation entre social et démocratie, social et écologie, écologie et démocratie
L'aide prioritaire que le conseil régional devrait apporter aux projets d'entreprise coopérative ou autogérée -oui, l'autogestion est de retour comme on le voit en Amérique Latine mais aussi plus modestement en Europe et en France, y compris avec la lutte des salrié-e-s de Philips à Dreux- : voilà du social et de la démocratie !
Le moratoire pour ITER et la reconversion écologique du site, mais pas par des experts dans le dos des salarié-e-es et des populations : une reconversion qui à l'inverse met au centre les salarié-e-s et les citoyen-nes eux-mêmes et elles-mêmes : voilà de l'écologie et de la démocratie !
C'est que pour nous, Alternatifs, l'écologie est inséparable de l'autogestion, et nous le précisons d'autant plus qu'au-delà d'ITER, c'est bien la reconversion générale de la production et de l'économie qui va se poser, y compris peut-être au-delà de la mobilisation exemplaire des salarié-e-s de Total qui ont obtenu une victoire partielle et provisoire, et pour qui pourrait se poser la question de la reconversion écologique
Nous avons écouté attentivement au moment des élections européennes de 2009 les discours des Verts et de Daniel Cohn-Bendit qui avaient bien du mal à expliquer au-delà de la formule ce que pourrait et devrait être le contenu d'une reconversion écologique de l'économie, eh bien pour nous c'est celui-ci : écologie et autogestion, et pas de licenciement mais bien l'emploi maintenu et transformé pour un autre type de production
Idem pour l'OIN : nous sommes totalement opposé-e-s, et ce dès le départ, à cette opération de bétonnage de la plaine du Var et nous lui opposons une démarche alternative, celle d'un aménagement écologique et démocratique de cet espace aux terres agricoles si fertiles : écologie et autogestion là-encore
Quant aux TER gratuits, c'est clair : exigence autant sociale qu'écologique, comme cela a déjà été dit ce soir !
Pour conclure, le 14 mars il s'agira de battre la droite et l'extrême-droite, d'exprimer un vote pour une gauche 100% sociale et écologiste et d'avoir des élu-e-s non seulement pour exprimer des exigences en tant que porte-paroles, mais aussi pour proposer des politiques publiques alternatives, comme le font déjà les élu-e-s locaux/locales des Alternatifs et du NPA qui restent des militant-e-s et ne se transforment pas en notables
C'est le sens de l'accord régional des Alternatifs avec le NPA, même si bien sûr nous aurions souhaité un rassemblement plus large, réalisé dans d'autres régions et on se demande du coup pourquoi ce qui a été possible ailleurs ne l'a pas été partout !
Vous le savez, la tactique électorale des Alternatifs n'a pas été partout la même dans d'autres régions
Mais ce à quoi nous tenons, c'est bien le rassemblement de la gauche de transformation sociale et écologiste
Et pour l'avenir, nous disons qu'il est urgent de constituer un front commun politico-social face à la politique de la droite et du patronat, dans la perspective du bloc social indispensable au changement de société.
C'est urgent pour résister, bien sûr.
Mais pas seulement.
C'est urgent aussi pour passer à la contre-offensive, mais pour cela il faut débattre de l'élaboration d'un véritable projet alternatif de dimension européenne, internationaliste et donc altermondialiste et, sans attendre, inventer de nouvelles pratiques politiques, basées sur ce que nous appelons la démarche citoyenne et altermondialiste
Un dernier mot encore sur la campagne dans notre région : un aspect désagréable, et un autre qui, lui, nous parait positif...
Désagréable et inquiétant, ce flyer et cette affiche de la liste socialiste, dans un style et avec des slogans et des couleurs qui font risquer la confusion avec la pire des listes en compétition, quand on les voit l'une à côté de l'autre sur les panneaux électoraux
Loin de nous l'idée de les mettre sur le même plan... et le flyer évoque discrètement les services publics et l'emploi... quand même !
Nous n'avons pas oublié le beau discours altermondialiste et opposé au projet de TCE, prononcé par Vauzelle à l'Université d'Eté d'ATTAC en août 2004... mais que tout cela paraît loin !
Dans ce flyer, il n'y a ni le mot gauche ni le mot écologie, mais une mise en avant présidentielle très marquée : voilà un résumé de conceptions politiques qui décidément ne sont pas les nôtres
Plus positif : nous avons vu de semaine en semaine nos thèmes de campagne repris par d'autres
Du côté du Front de Gauche, on se découvre favorable aux transports gratuits ou opposé à l'OIN, on se réclame d'une alliance rouge-verte... du côté d'Europe-Ecologie on durcit son opposition à ITER... et même du côté de Vauzelle on évoque la consultation démocratique des populations à l'échelle régionale !
Serions-nous pillé-e-s ? En ce qui nous concerne, cela ne nous pose aucun problème : nous préférons le prendre comme un hommage du vice à la vertu...
Et après tout, quel meilleur encouragement pour nous à continuer ce que nous avons entrepris dans cette campagne électorale, toutes et tous ensemble ?
Bruno Della Sudda.