Régionales 2010 en PACA : le choix des Alternatifs...
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la proposition faite dès l'été par les Alternatifs du principe de la liberté d'appréciation, au sein du rassemblement, de chaque composante de participer ou non aux exécutifs régionaux, après accord de toute la gauche entre les deux tours et listes de rassemblement pour le second tour, ce qui permettait de lever l'obstacle des divergences sur ce point et de ne pas faire de cette question un préalable au rassemblement ;
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l'engagement clair du NPA dès l'été de battre la droite au second tour en constituant des listes de rassemblement de toute la gauche à l'issue du premier tour sur la base d'un «accord technique» requalifié d' «accord politique» dans un second temps par le NPA, sur proposition des Alternatifs ;
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la décision en octobre du PCF, sauf dans 5 régions, de ne pas aller sur des listes socialistes au premier tour, saluée positivement par les Alternatifs.
Les conditions du rassemblement semblaient réunies, d'autant plus que le NPA assouplissait sa position sur les conditions de participation aux exécutifs régionaux. Cependant, il n'est jamais allé jusqu'à soutenir la proposition des Alternatifs de liberté des composantes à l'intérieur du rassemblement, alors qu'au même moment le PCF refusait lui-aussi cette proposition, tantôt entretenant le flou sur ses intentions sur les conditions de participation aux exécutifs, tantôt pressant les autres composantes de s'aligner sur sa propre position de ralliement sans condition au PS au second tour et de participation sans exigence programmatique aux exécutifs (et donc à la gestion des régions). Tout au long de cette période, le PCF envoyait par ailleurs de multiples signaux sur sa volonté de ne pas associer le NPA au futur rassemblement.
Ces multiples signaux du PCF, ainsi que le raidissement du NPA en novembre sur les conditions de participation aux exécutifs régionaux et le refus conjoint du NPA et du PCF de répondre positivement à la proposition des Alternatifs de liberté des composantes (soutenue depuis par la FASE et le courant C du NPA) : tels sont les éléments qui ont précipité la rupture du cadre de discussion nationale.
C'est à ce moment-là que plutôt que de tenir bon sur l'unité en refusant tout ralliement aux uns comme aux autres, les Alternatifs et la FASE au niveau national ont décidé, selon leur point de vue, de passer un accord -et, selon nous, de rallier- le Front de Gauche constitué du PCF, du PG et de la GU dans un cadre intitulé «Ensemble»
Ce choix n'a pas convaincu la totalité des Alternatifs et de la FASE. Au sein de cette dernière, une première décision d'accord a été prise dans des conditions très discutables en décembre 2009 sans véritable consultation interne. Mais une nouvelle réunion nationale de la FASE le mois dernier a décidé de faire marche arrière : la FASE n'a pas ratifié l'accord «Ensemble». La consultation interne des Alternatifs, après un vrai débat, n'a donné qu'une majorité des deux tiers en faveur de ce ralliement (avec toutefois la possibilité de conclure un accord régional particulier) avec l'espoir bien naïf qu'un accord national, hélas ratifié en janvier, permettrait la reconnaissance de toutes les composantes et limiterait les prétentions hégémoniques du PCF dans les régions. Un tiers des votes s'est donc exprimé contre ce ralliement, préconisant à la fois de continuer à rechercher l'unité et de prendre in fine la décision dans chaque région. Cette option a été largement majoritaire en région PACA et davantage encore dans les Alpes-Maritimes.
Que s'est-il passé dans notre région ?
En région PACA, des discussions ont eu lieu dès l'automne jusqu'au début 2010 parallèlement aux discussions nationales. Mais elles ont été cantonnées aux départements : contrairement à ce qu'il s'est passé dans les autres régions, il n'y a jamais eu de réunion unitaire régionale. Le PCF n'en a jamais voulu, malgré les demandes des Alternatifs. Et dans chacun des départements, les exigences du PCF ont été sensiblement les mêmes : objectif de réunir une majorité régionale de gauche au second tour sans aucune exigence de contenu programmatique vis-à-vis du PS et sommation de toutes les autres composantes de s'aligner sur sa position, refus de la proposition de liberté des composantes sur la participation aux exécutifs (proposition faite conjointement dans les Bouches-du-Rhône au nom de leurs équipes régionales par les Alternatifs et la FASE, et soutenue par le NPA), informations et échanges informels sur les prétentions hégémoniques ahurissantes dans la composition des listes et le choix des têtes de listes, refus de lancer des Forums citoyens et de discuter des contenus programmatiques avant tout accord politique aux conditions du PCF, etc.
Il n'y a aucune raison de le dissimuler : cette période de discussions département par département a été très mal vécue par les militant-e-s des Alternatifs qui y ont participé, tant dans les Alpes-Maritimes que dans le Var et les Bouches-du-Rhône. Les Alternatifs ont eu le sentiment de se heurter à un mur et à une mauvaise foi tenace, et la conviction peu à peu confirmée de revivre le cauchemar du scénario de la rupture des Collectifs unitaires en 2006 provoquée par le PCF avec le coup de force de la candidature Buffet à l'élection présidentielle.
Durant ces longues semaines, nous avons hésité : faut-il informer de cela autour de nous et expliquer les difficultés et les obstacles mis en travers de l'unité ? Sans être sûr-e-s d'avoir eu raison, nous avons fait le choix de la discrétion y compris sur la liste de diffusion «tamtam», dans l'idée -peut-être naïve- de préserver les ultimes chances de l'unité. Et même au début du mois de décembre 2009, au moment de la réunion-débat de très bonne tenue organisée à Nice par la FASE avec la participation de Clémentine Autain, nous y croyions encore...
Au même moment, les discussions continuaient au niveau national pour l'établissement des listes dans plusieurs régions dans le cadre du Front de Gauche élargi aux Alternatifs et à la FASE. Partout, les discussions étaient très difficiles face aux pratiques hégémoniques du PCF. Dans quelques régions cependant, un accord de toutes les composantes était scellé, démontrant le caractère absurde de la division ailleurs en général et en PACA en particulier. Dans la presque totalité des cas, la part laissée aux Alternatifs était très faible, celle réservée à la FASE carrément ridicule, au point même de pousser Clémentine Autain à recommander de «descendre du train en marche» après l'accord donné provisoirement fin 2009 au niveau national par la FASE !
Lors d'une AG régionale tenue à Mouans-Sartoux en décembre, les Alternatifs ont confirmé leur non-participation aux listes « Ensemble » en PACA, considérant que ce cadre n'était pas celui d'un vrai rassemblement, mais une nouvelle appellation du Front de Gauche à peine élargi... et sous hégémonie du PCF. Début 2010, les Alternatifs PACA ont donc organisé une consultation régionale de leurs adhérent-e-s, avec deux options proposées : faute d'unité, non-participation à l'élection régionale en PACA ; ou recherche d'un accord avec le NPA. Cette seconde option a été largement majoritaire.
Un choix cohérent parce qu'un choix sur le fond
Face à la division, nous avons pensé qu'il fallait se centrer sur l'essentiel et préserver l'avenir : de qui les Alternatifs sont-ils les plus proches sur le plan du programme et de la stratégie ? Malgré ce qui nous sépare de lui -nous allons brièvement y revenir-, la réponse est claire : c'est du NPA. Et c'est encore plus vrai dans la région, comme nous avons pu le vérifier dans des rencontres régionales en octobre et novembre 2009. Même dans une échéance électorale, le fond doit l'emporter sur la tactique immédiate. C'est bien pour cette raison que nous avons déploré le double choix national des Alternatifs et de la FASE, sous prétexte de rassemblement -pourtant bien étriqué- de rallier le Front de gauche élargi, alors que sur le plan programmatique et stratégique, nous avons avec ses composantes -tant PCF que PG- beaucoup moins de convergences qu'avec le NPA. Ajoutons à cela que dans les Alpes-Maritimes, nous avons depuis plusieurs années testé et vérifié nos accords hier avec la LCR et aujourd'hui avec le NPA, à travers la campagne municipale à Nice (dans le cadre de la liste NICEA), des pratiques communes et un partenariat politique départemental depuis 2009 (lancement d'un cycle de réunions thématiques publiques et première initiative réussie sur le thème de l'écologie). Cela ne signifie nullement que les divergences entre Alternatifs et NPA n'existent plus : nous avions dit dès 2008 que les bases de lancement du NPA étaient erronées (pour aller vite : absence de pluralisme originel puisque lancé par la seule LCR et vieille conception du « parti » à laquelle nous opposons un « parti-mouvement » au fonctionnement autogestionnaire, de composition pluraliste et donc constitué dès l'origine de la rencontre de plusieurs cultures politiques). Nous n'avons pas changé d'avis. Et nous parlons bien de partenariat et d'alliance, pas de ralliement. Pour les Alternatifs, autogestionnaires et altermondialistes, l'activité commune avec d'autres se fait sur des bases égalitaires, et non pas sur la base de rapports de force dans lesquels les plus petits doivent se soumettre aux plus gros. C'est aussi ce qui nous différencie fondamentalement du Front de Gauche.
Nous aurions pu aussi nous tourner vers les Verts : nous partageons de nombreux objectifs, des engagements communs et une référence forte à l'écologie avec ce parti. Mais nous avons des divergences de fond avec les Verts : nous n'acceptons pas leur ralliement au « capitalisme vert » et au libéralisme. Et nous sommes inquiets de leur institutionnalisation, de leur satellisation par le PS ou de leur association avec une personnalité de droite comme c'est la cas de leur tête de liste régionale en PACA.
Nous aurions pu choisir la non-participation. Nous aurions alors laissé entendre que tout le monde -et donc personne- était responsable de la division, et renvoyer dos-à-dos les deux principales forces du rassemblement : PCF et NPA. Nous nous y sommes refusés car nous avons vu de près que telle n'était pas la réalité, particulièrement en région PACA et dans les Alpes-Maritimes. Et en cas de non-participation électorale, nous aurions laissé le terrain politique aux autres forces politiques et aux discours insupportables que nous subissons, du côté de la droite et de l'extrême-droite, et hélas aussi d'une partie de la gauche. Et nous nous serions privé-e-s de faire entendre, même avec un écho très modeste, une autre petite musique à gauche, une autre vision de l'écologie et d'autres exigences démocratiques.
Le début dynamique de cette campagne, l'excellente entente sans méfiance ni arrières-pensées, la démarche citoyenne de participation active à notre liste et à notre campagne de syndicalistes et d'associatifs qui ne sont pas des «faux-nez» des Alternatifs et du NPA, la remobilisation militante d'adhérent-e-s heureuses et heureux d'être en campagne sur des bases claires et sans équivoque, avec un partenaire fiable : sans illusion sur nos résultats, ces premiers éléments nous confortent très largement dans notre choix, celui du courage et des convictions.
La tempête médiatique provoquée par la présence d'Ilham Moussaïd n'a pas donné lieu à divergence entre NPA et Alternatifs. Sur les problèmes soulevés par cette candidature, la solidarité des Alternatifs avec le NPA et Ilham Moussaïd sont sans faille et le débat, vif, continue entre-nous et au sein de chacune des deux composantes.
A l'issue de l'élection régionale, nul doute que la paysage politique de la gauche de transformation sociale et écologique aura changé. Le choix assumé dans les actes par les Alternatifs PACA permettra d'aborder de manière différente le débat stratégique qui ne manquera pas de s'ouvrir dans l'ensemble de la gauche alternative, à l'échelle régionale comme à l'échelle nationale.
Bruno Della Sudda, Florence Ciaravola, Patrick Massot, Catherine Sackur
Nice/Mouans Sartoux, le 22 février 2010.