Keynes, et après ?

Publié le par NPA 06 Ouest

par Daniel Bensaïd
(sur le site www.contretemps.eu)

Après avoir, deux décennies durant, entonné l’hymne de l’école libérale de Chicago et de ses social killers, les gazettes célèbrent aujourd’hui le retour de Keynes.

D’une crise à l’autre, certains de ses constats désabusés demeurent en effet d’une troublante actualité :


« Le capitalisme international, aujourd’hui en décadence, aux mains duquel nous nous sommes trouvés après la guerre, n’est pas une réussite. Il est dénué d’intelligence, de beauté, de justice, de vertu, et il ne tient pas ses promesses. En bref, il nous déplaît et nous commençons à le mépriser. Mais quand nous nous demandons par quoi le remplacer, nous sommes extrêmement perplexes[1]. »


Le vieux monde se meurt.


Il faut dire que, dans l’Angleterre déclinante de l’entre-deux guerres, cette piètre opinion du capitalisme est assez partagée. En 1926, l’année même des grandes grèves où Trotski, dans
Où va l’Angleterre ?, analysait le transfert outre-atlantique du leadersheap impérialiste, G.K. Chersterton, en bon catholique social nostalgique de la petite propriété agraire et commerciale, diagnostiquait : « Le système économique actuel, que nous l’appelions capitalisme ou autrement, est déjà devenu un danger en passe de devenir mortel. » Il ajoutait, bien avant l’âge d’or des traders et des subprimes : « Ce qui cloche, dans le monde financier, c’est qu’il est beaucoup trop imaginatif ; il se nourrit de choses fictives[2]. »

Cette perplexité est aujourd’hui accrue par la faillite des sociétés bureaucratiquement planifiées et des économies étatisées. Le capitalisme international est pourtant toujours aussi dépourvu d’intelligence et de beauté, et certainement encore plus méprisable. Aujourd’hui comme hier, le dogme libéral et « la philosophie politique forgée aux 17e et 18e pour renverser les rois et les prélats », s’est transformé en « un lait pour bébés qui avait envahi les pouponnières »[3]. La question, « par quoi le remplacer ? » apparaît d’autant plus urgente - et angoissante.

Les forces politiques, comme la social-démocratie, qui ont prétendu, depuis la seconde guerre mondiale, le cultiver et l’embellir semblent, elles aussi, à bout de souffle. Ce qu’écrivait jadis Keynes à propos du libéralisme historique s’applique aujourd’hui, mot pour mot, à ces socialistes de marché : « Les enjeux politiques qui mobilisaient les partis au 19e siècle [remplaçons par 20e siècle] sont aussi morts que le mouton servi la semaine dernière, alors que surgissent les questions de l’avenir, celles-ci n’ont pas encore trouvé place dans les programmes des partis dont elles chevauchent les vieux programmes […] 
Les raisons positives d’être libéral [remplaçons par : « social-démocrate »] sont bien minces aujourd’hui. Ce n’est souvent rien de plus que le hasard des tempéraments ou des souvenirs historiques, et non une divergence politique ou un idéal propre qui sépare aujourd’hui un jeune conservateur progressiste du libéral [du socialiste] moyen. Les vieux cris de guerre ont été mis en sourdine ou réduits au silence
[4]. » La preuve par Kouchner, Besson, Jouyet, Rocard, en attendant la suite...

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Publié dans International...

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