Retours sur les élections régionales (1)...

Publié le par NPA 06 Ouest

Le Comité exécutif du NPA a décidé de rendre public les différents textes de bilan sur les élections régionales tels qu'ils ont été présentés à la réunion du Comité politique national du 27 mars....

 

Les voici donc :

Texte 1 présenté par Fred Borras, Myriam Duboz, Catherine Faivre d'Arcier, Pierre-François Grond, Ingrid Hayes, Anne Leclerc, Guillaume Liegard, Myriam Martin, Coralie Wawrzyniak (membres du CE).

Un second souffle pour le NPA.

 

Un après la fondation du NPA et à l'aune des difficultés que nous traversons, il est absolument nécessaire qu'un débat sans tabou s'ouvre dans notre parti pour comprendre la situation. Il y a des moments où le débat contradictoire est non seulement nécessaire mais même vital pour redresser le cours des choses. Nous y sommes. Non pas que la situation soit catastrophique mais elle est suffisamment sérieuse pour approfondir les problèmes. Notre attitude et le but de ce texte excluent deux tentations opposées qui pourraient se faire jour dans notre parti:

Faire l'autruche, serrer les rangs et prendre le risque d'une répétition d'erreurs commises balkaniser à l'envi notre organisation, sans souci de rassemblement et de proposition.

 

Les auteurs de ce texte portent nécessairement une part de responsabilité dans la situation actuelle du NPA puisque nous assumons des tâches de direction. Qui nécessitent lucidité et volonté positive de construction et de rassemblement. À ce stade, nous en sommes à comprendre la crise que traverse le NPA. Il sera ensuite temps une fois le diagnostic posé de rassembler celles et ceux qui ont une vision commune du parti à construire.

Le projet de fondation du NPA est à défendre et doit être poursuivi. C'est un premier débat absolument nécessaire. Le rassemblement des anticapitalistes, des écologistes radicaux, de militants du mouvement social syndical associatif, visant à construire une nouvelle force portant un projet de rupture avec le système et dans le but d'un socialisme débarrassé des impasses, impostures et crimes commis en son nom au XX° siècle, représente un objectif stratégique. L'écologie étant en ce sens non pas une question périphérique de plus mais le cœur même d'un projet socialiste réactualisé.

 

De ce point de vue, le bilan du NPA ne peut pas être tiré en un an: la construction programmatique, stratégique, l'implantation d'un parti, c'est le temps long à moins d'événements sociaux accélérateurs. Notre projet repose sur des tendances lourdes: une crise aux multiples facettes d'un système capitaliste désormais mondialisé; un effondrement du «socialisme réel» et le basculement vers un nouveau monde après la chute du mur de Berlin marqué par exemple par le retour des «guerres chaudes», les mutations d'un mouvement ouvrier qui, dans ses branches syndicales comme politiques, subit sur la longue durée un mouvement d'adaptation au capitalisme et aux politiques libérales. La nouvelle époque, dont il faut d'ailleurs constamment renouveler le travail d'analyse et de décryptage, implique une redéfinition du programme, de la stratégie et sans doute du type de parti à construire. En aucun cas, le bégaiement des modèles révolutionnaires du XIXème et du XX° siècle qui aujourd'hui ne sont plus opératoires. Un processus de transformation révolutionnaire d'une société capitaliste comme la société française ne ressemblera pas à la révolution russe mais sans doute pas non plus à un mai 68 qui irait «jusqu'au bout». Au moment où beaucoup s'interrogent sur le sens de leur engagement, le rappel de ces fondamentaux qui fixent un cap au NPA sans présager du moment où il sera atteint ne nous semble pas inutile. Et pour nous, il n'y a pas d'équivoque possible: nous nous ne sommes pas trompés de projet l'an dernier.

 

Le projet du NPA s'inscrit dans une logique de reconstruction d'un mouvement pour l'émancipation des travailleurs, pour l'émancipation humaine. Il vise donc à regrouper celles et ceux qui sont en accord avec ce projet quels que soient leurs passés à condition de s'engager avec loyauté dans la construction de ce projet. Les conditions mêmes de formation du NPA, l'absence de partenaire du même poids que la LCR en particulier, ont conduit à un processus inédit de rassemblement à la base et de représentation d'expériences utiles à l'élargissement du NPA. Dit autrement nous nous sommes lancés dans une entreprise de construction d'une force nouvelle sans le préalable d'une recomposition avec d'autres forces. Ce qui ne veut pas dire que désormais le rassemblement est boucléou pire que désormais le filtre de l'engagement réel doit se mettre en œuvre; et qu'à l'avenir, aucune recomposition politique ne soit possible. Le NPA est un instrument d'une politique de rassemblement des anticapitalistes. Ce rassemblement et la construction d'une force populaire doivent se poursuivre en fonction des possibilités de la situation politique.

 

Si les fondamentaux des conditions de naissance du NPA sont toujours présentes, les conditions politiques dans lesquelles nous agissons ont été en grande partie bouleversées. Le NPA est né à unmoment marqué par la brutalité de l'offensive de la droite, la défaillance généralisée du mouvement syndical et de la gauche, et le desserrement de l'emprise raciste et xénophobe que le FN exprime dans les classes populaires depuis le début des années 80. L'ensemble de ces données se combinant avec les effets de la crise pour produire une abstention qui en dépit de quelques contre tendances (le referendum TCE de 2005 et l'élection présidentielle de 2007) est en hausse constante. L'exclusion sociale produit de l'exclusion politique; la détérioration de la vie quotidienne un désintérêt du débat politique. Les Européennes et les Régionales illustrent sur un plan électoral qui est nécessairement une photographie déformée ces nouvelles données:

 

- La difficulté des luttes et des mobilisations à s'élargir, aller vers un tous ensemble même partiel, à peser dans le débat politique, à briser le carcan du cadre de négociation du gouvernement et des directions syndicales. C'est une donnée fondamentale pour nous car notre développement est lié au développement propre de la lutte des classes. La crise du capitalisme dite historique ne produit pas à ce stade de franchissement d'un seuil nouveau dans la lutte de classes ici et ailleurs et dans la conscience anticapitaliste.

 

- La droite est en pleine crise: de leadership et de projet. Les effets de la crise, la gestion particulière du pouvoir par Sarkozy et la rivalité avec Villepin crée une situation nouvelle. Les régionales marquent une sanction claire et nette du pouvoir qui pour l'heure n'a pas d'autre solution que de tenter de réunifier son propre camp.

 

- La gauche se réorganise. Elle est sortie du gros de la crise des présidentielles de 2007. La situation, un peu artificielle, où Olivier Besancenot et nous-mêmes apparaissions comme presque la seule force d'opposition est close. Aubry à la tête du PS a réussi à remettre le PS au centre du jeu à peu de frais, les Verts ont produit avec Europe Ecologie une solution à l'impasse de leur mouvement, le docteur Mélenchon a pour l'heure trouvé un remède à la crise du PCF avec le Front de gauche bien qu'il soit encore un peu tôt pour s'aventurer à juger l'efficacité de la thérapie sur le long terme. Toutes ces modifications ne vont pas sans crise possible, retournement de tendance dans chacun de ces trois pôles encore très instables. Mais ils constituent dans une situation de recherche d'efficacité électorale immédiate face à Sarkozy une possibilité d'alternance, c'est-à-dire l'idée que Sarkozy puisse être battu, difficile à imaginer il n'y a qu'un an. Cela crée incontestablement les conditions d'une dynamique électorale alors même que l'hégémonie électorale du PS est confirmée. Mais attention, à partir d'un pronostic, de ne pas geler une situation. Dans le Front de gauche dont la direction (au moins du PCF) par exemple est acquise à une ligne de rassemblement majoritaire de toute la gauche, les contradictions seront nombreuses et nécessiteront une politique offensive de notre part.

 

- Le retour du FN également est non seulement inquiétant mais un problème majeur pour nous car il traduit parmi les effets contradictoires de la crise, le poids des idées xénophobes et racistes en réaction à la mondialisation.

Mis bout à bout l'ensemble de ces éléments créent une situation nouvelle qui explique en partie nos difficultés. Mais notre crise n'est pas que le produit de facteurs objectifs aussi utiles soient-ils à rappeler. Si on considère ces élections régionales comme un mouvement général de protestation contre Sarkozy, comment se fait-il que nous n'ayons pas été un des instruments de ce rejet? Pourquoi toutes les listes d'opposition de gauche à Sarkozy ont-elles progressé au premier tour et au second tour, mais pas les listes où le NPA était seul ou structurant? Ce qui renvoie à deux problèmes: les bilans de nos listes n'est pas homogène et nous avons commis des erreurs qu'il est utile de discuter pour ne pas les reproduire.

 

Avant d'insister sur ces problèmes, il n'est pas inutile non plus de rappeler quelques acquis. Cette campagne des régionales a été l'occasion pour le NPA de mener une vraie campagne articulant questions nationales et régionales avec un effort d'élaboration et d'animation de campagne très au-delà des Européennes. C'est un acquis précieux pour la suite. Nous avons évité avec des dosages différents selon les régions deux écueils:

 

- La défense abstraite d'un programme de lutte hors sol par rapport à la nature de l'élection dont LO paie le prix.

 

- L'enfouissement dans le local sans perspectives politiques nationales dans le contexte de crise globale que nous connaissons.

 

Par ailleurs les bilans sont très contrastés puisque les résultats et le type de campagne menée n'ont pas été les mêmes. Toutes les listes NPA seul ou très structurant n'ont pas connu les mêmes scores, et les listes unitaires ont eu des résultats supérieurs mais également inégaux.

 

Une fois ces précautions prises il nous faut aborder le fond du problème: dans une situation de crise où une majorité de la population souhaite protection et rassemblement nous délivrons en partie malgré nous un message «diviseur», diviseur par ailleurs à trois niveaux différents. Un premier étage nécessaire, et qu'il nous faut assumer, l'indépendance par rapport au PS, qui nous place en décalage avec le vote utile pour battre la droite; un deuxième par rapport à la gauche radicale, et un troisième avec l'affaire du voile qui a divisé notre propre camp et nos propres rangs. Ce qui, indépendamment du débat sur le voile et de l'éventuel coût électoral, est une faute majeure car dans une campagne importante pour nous, on ne doit pas chercher à se diviser mais à se rassembler. Le résultat est au fond des urnes.

Sur cette dernière question, la réponse est pour nous claire: il ne faudra plus reproduire ce genre d'expérience et il faut donc traiter cette question au congrès.

 

Plus épineuse est la question de l'unité qui nous taraude depuis le congrès de fondation. Nous avons sous-estimé cette question depuis le départ, celle du Front de Gauche et dans le Front de gauche, du Parti de gauche. L'an dernier nous étions dominants dans la gauche radicale et à notre congrès nous n'avons pas réellement porté un projet de rassemblement électoral pour les élections européennes, en tous les cas pas de manière systématique. Nous avons cru passer seuls. Mais il est vrai qu'au congrès de fondation était largement partagé qu'un parti nouveau devait être capable d'affronter sa première échéance électorale, en affirmant un des éléments essentiels, l'indépendance politique vis à vis du PS. Pour autant c'était à nous de produire une perspective de rassemblement pour les Européennes. Et qu'il était possible d'en réunir les conditions à cette échéance. Le PCF aurait sans doute repoussé cette proposition mais l'essentiel est ailleurs: la défense de l'unité aurait changé de camp. Le paradoxe est que nous avons cherché et discuté de listes unitaires sur une élection de gestion donc plus difficile (les régionales) que les Européennes. Il n'y a pas de retour sur le passé possible mais méditer sur les dangers de l'ivresse du succès est toujours utile.

 

Pour les régionales, la situation d'éclatement et de listes différenciées renvoie à l'incapacité à dégager un accord national. Ce qui a laissé chaque région avec elle-même. Un processus de dislocation était d'ailleurs possible après la consultation; la gestion commune au CPN a permis d'éviter ce danger et c'est tant mieux.

 

Mais la question posée est de savoir si nous sommes allés au bout du possible sur le plan unitaire. La question est difficile à trancher tant le PCF souhaitait nous mettre la tête sous l'eau. Le problème n'est donc pas le résultat mais la manière dont nous avons mené les choses. À notre sens, nous avons commencé par la fin avec cette fameuse question des exécutifs. Sans donc d'autre lisibilité publique que «ils ne veulent pas gérer», ou, traduit en langage populaire, «ils ne veulent pas y aller donc à quoi ça sert de voter pour eux.» Il faut éclairer par la réalisation ou non d'un programme, par quelques mesures que nous avons défendues d'ailleurs, le refus de prise de responsabilité. Sinon pour la grande masse de la population, et en particulier celle qui ne se déplace pas, voter pour nous ne sert à rien.

 

Dans une élection, il faut répondre à la question posée, sinon immédiatement on est renvoyé à des scores marginaux. Ce qui ne veut pas dire s'adapter. On peut défendre un programme de rupture tout en disant que l'essentiel de la répartition des richesses se fait à une autre échelle et que sans mobilisation des travailleurs et de la population alors rien ne se fera. Mais pour être audible, utile, il faut être candidat au pouvoir. Et donc ne pas apparaître comme refusant a priori toute responsabilité. Le piège nous était tendu et nous y sommes tombés.

 

Ce qui pour conclure nous amène à ce qui est pour nous un enjeu majeur du congrès. Nous avons réussi à réinstaller l'anticapitalisme au cœur de la gauche radicale. Il y a dix ans le vocabulaire anticapitaliste et lutte de classe relevait du gros mot. Désormais cet anticapitalisme antiproductiviste est repris par d'autres que nous. Des raisonnements sur la répartition des richesses entre capital et travail également. C'est un bilan positif. C'est un acquis, mais qui risque de nous échapper si nous ne sommes pas capables de donner des perspectives politiques. On ne peut pas construire un parti sans perspective même hypothétique de pouvoir: de stratégie, d'alliance, de programme. Un parti n'est pas un syndicat rouge, il ne poussera pas spontanément des soviets sur les friches industrielles et nous aurons à nous confronter au problème des élections même aux moments de crise sociale aiguë. Contrairement à ce que défendent notamment une certain nombre de camarades dans la dernière période, les élections ne sont pas pour nous qu'une tribune. Il y a un rapport dialectique entre luttes et élections, c'est un des terrains de la lutte des classes, qui matérialise les rapports de force. Vouloir subordonner, c'est vouloir séparer les gestes, alors que nous ne découpons pas notre politique. C'est le même programme que nous soumettons aux travailleuses, aux travailleurs, dans les luttes, comme aux élections ! Une montée de la radicalité, de la conscience de classe doit permettre à la gauche anticapitaliste de prendre des positions dans les institutions et constituer un point d'appui. Les camarades qui sous estiment cela vont hélas vite se rendre compte que notre haut parleur est plus puissant en partant d'un bon score que d'un mauvais. Avec des élus, que sans. Et n'est ce pas un bon score électoral, celui d'Olivier Besancenot en 2007, qui a crée un appel d'air pour lancer le NPA ? Il y a donc dans le parti deux visions de la participation aux élections. C'est une divergence importante qui doit être tranchée dans la clarté par le congrès.

 

Les luttes, la grève générale ne sont pas des perspectives politiques en elle mêmes: elles ne disent pas comment les travailleurs, la population prennent le pouvoir. Ce qui implique de proposer des perspectives alternatives à l'union de la gauche en constitution, pour peser dans la situation et ne pas commenter de l'extérieur une évolution qu'on s'interdirait de contrecarrer: faire des propositions programmatiques de rupture, proposer une alliance à celles et ceux qui refusent la droite mais aussi une politique d'adaptation et de gestion de la crise que mènera la social-démocratie, défendre la perspective d'un gouvernement en faveur de la population s'appuyant sur la mobilisation populaire. A chaque étape, l'appel aux luttes est indispensable. Il ne saurait suffire. Il faut s'exprimer sur le plan politique central. Aujourd'hui, nous devrions crier bien plus fort le caractère illégitime non seulement de la politique du pouvoir, mais aussi sa légitimité à gouverner tout court. Nous ne mégottons pas notre engagement dans la lutte pour se débarrasser de la droite par tous les moyens. Bien entendu, la gauche plurielle numéro 3 est dans les tuyaux. Mais cela ne se fera pas sans contradictions, des contradictions sur lesquelles il faut chercher à peser. Nous devons présenter nos propositions dans tous les cadres dans lesquels nous pouvons avoir l'occasion de le faire - sans exclure que nous prenions des initiatives au moment opportun. Signer avec de futures forces gouvernementales des appels à constituer des cadres contraignants, c'est non. Intervenir dans toutes les discussions qui se mèneront sur le contenu et les formes de l'alternative politique, c'est oui.

 

Entre le ralliement opportuniste au Front de gauche et l'éloge mortifère de la solitude, la voie peut apparaître étroite, mais si nous l'empruntons ensemble et avec détermination nous l'élargirons.

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Publié dans Vie du NPA...

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