Retours sur les élections régionales (4)...

Publié le par NPA 06 Ouest

Le Comité exécutif du NPA a décidé de rendre public les différents textes de bilan sur les élections régionales tels qu'ils ont été présentés à la réunion du Comité politique national du 27 mars....

 

Les voici donc :

Texte 4 présenté par Alex (CPN, 76), Armelle (CPN, 92N), Caroline (CE, 92N), Gaël (CE, 92N), Jacques (CE, 68), Jean-François (CE, 93), Mathilde (CE, 92N), Virginie (CPN, 75).

Il n'y aura pas de raccourci électoral à la crise du système capitaliste et à la construction d'un parti anticapitaliste.

 

Au lendemain du CPN sur le bilan des Européennes, nous avons à nouveau immédiatement mis le curseur sur la question électorale. L'annonce d'un communiqué commun PG/NPA, dès juin 2009, fixait clairement l'horizon: les régionales de mars 2010. L'essentiel de nos discussions ont tourné depuis autour de la question électorale.

 

Cela ne veut pas dire que les camarades ne se sont pas investis dans de nombreuses luttes. Mais le centre de gravité de nos débats et de nos préoccupations au niveau du CE, du CPN, de différentes instances dans les régions, mais également au niveau de notre apparition publique, s'est fait autour des élections et non pas de notre politique dans les luttes et de leur nécessaire convergence.

 

C'est le résultat en partie d'une analyse pour le moins contestable de la situation et surtout des solutions que l'on pouvait y apporter. Après l'échec du mouvement social au printemps, il a semblé en effet à un certain nombre de camarades qu'il n'y avait plus grand-chose à espérer de ce côté-là et que les élections pouvaient représenter en quelque sorte une «deuxième chance» pour s'en sortir. Mais plus fondamentalement, il y a eu un choix politique, celui de donner une perspective différente et finalement une autre orientation à la construction du NPA que celles discutée lors du Congrès de fondation, en l'intégrant dans le cadre d'un front durable «antilibéral et anticapitaliste», qui aurait été lui-même une étape vers une recomposition plus large de la prétendue «gauche radicale».

 

C'est donc cette question qu'il nous faut aborder après les régionales, celui de nos priorités et celui plus fondamental du parti que nous voulons construire: parti à gauche de la gauche ou parti ouvrier, populaire, œuvrant à la transformation révolutionnaire de la société, c'est ce choix désormais qui se présente clairement à nous.

 

I) Les traits marquants de la situation sociale et politique à l'issue des régionales:

 

La crise est un élément central que nous avons minoré durant la campagne électorale

C'est la raison pour laquelle les questions nationales auraient dû être au cœur de notre campagne pour les régionales, en la concevant comme une campagne offensive posant le problème de l'unité en premier lieu sur le terrain de la lutte, des besoins et des aspirations des travailleurs, notamment sur la défense des retraites, et en adaptant notre attitude au second tour en montrant que le PS et ses alliés ne veulent pas du 23 mars et encore moins de ses suites, à l'image de ce que préparent également les grandes confédérations syndicales.

 

Cela pose le problème des initiatives qu'il faudrait pouvoir prendre tous ensemble certes mais à la base pour bousculer le consensus en train de s'établir dans les discussions entre Sarkozy et les principales organisations de la gauche syndicale et politique.

 

Les élections et la volonté d'avoir des élus auraient dû être subordonnées à cette politique.

 

Abstention et résistance de la classe ouvrière

 

La classe ouvrière ne remporte pas de victoire, mais résiste en ordre dispersé. On a assisté au cours de la campagne électorale à une reprise de l'activité revendicative: autour des luttes contre les licenciements dans le privé ou les suppressions de postes dans le public, mais aussi autour de combats pour des augmentations de salaires. La journée du 23 mars sur les retraites avec toutes ses limites le montre également.

 

En même temps l'abstention dans les élections a été un élément majeur. Cela ne veut pas dire que les milieux populaires aient sombré dans l'apathie. Cela montre surtout que toute une partie des milieux populaires se détourne sans doute durablement du jeu politique institutionnel. Ce n'est pas le chômage qui est à lui seul à l'origine de ce phénomène, mais bien l'addition du chômage, des profits patronaux et des trahisons de la gauche syndicale et politique.

 

Ce qui pose le problème d'un parti réellement implanté dans les entreprises, dans la jeunesse et dans les quartiers populaires, capable de montrer au quotidien que nous voulons faire de la politique autrement, et capable dans les luttes de mener une politique indépendante de celle des grands appareils réformistes.

 

La politique nationale du gouvernement clairement sanctionnée.

 

La crise à droite fait rage. Villepin crée son propre mouvement. Sarkozy et sa politique sont haïs par les classes populaires, ce qui jette un certain discrédit dans les rangs de la droite sur leurs capacités à gagner les futures élections. Mais le PS n'apparaît pas pour autant comme une solution pour les classes populaires.

 

Il y a eu un succès électoral de la gauche mais pas de poussée à gauche. Elle a eu moins de voix qu'en 2004. Le PS se contente d'attendre que le discrédit de Sarkozy lui profite. Quant au Front de gauche, c'est un affichage d'une certaine indépendance vis-à-vis du PS au premier tour, pour mieux ramener les voix au second. Des divisions existent bel et bien au sein du PCF, mais c'est bien notre existence et une politique indépendantes qui restent le meilleur moyen de les accentuer.

 

Le FN confirme qu'il est toujours là.

 

Même s'il n'augmente pas en termes de voix par rapport aux régionales de 2004, le FN est à nouveau bien présent dans la vie politique.

 

Sur fond de révolte et de crise, la seule alternative au FN sera d'indiquer quels sont nos ennemis: les capitalistes et non les travailleurs immigrés. Mais ne négligeons pas non plus un des aspects de son succès: une certaine indépendance - plus apparente que réelle - vis-à-vis du jeu politique traditionnel et de la droite.

 

Combattre le FN c'est apparaitre clairement comme un parti résolument antiraciste et anticapitaliste, sans compromis avec les dérives politiciennes de la politique.

 

II) Le bilan politique de notre campagne.

 

Une clarification est nécessaire sur le rôle des élections et sur nos rapports aux institutions. Si nous prenons comme boussole le nombre d'élus pour déterminer la validité d'une orientation politique, nous risquons de commettre bien des erreurs.

 

Le «débouché politique»: qu'est-ce que c'est ?

 

Cette expression est à la base de nombreuses confusions qui se sont aggravées durant cette campagne électorale.

Dire que nous cherchons un «débouché politique» aux luttes n'aide pas les classes populaires à prendre conscience de leurs propres forces et à imaginer qu'elles pourraient par elle-même directement résoudre les problèmes de la société. La question d'un «débouché» renvoie au partage traditionnel que l'on trouve au sein de la gauche réformiste entre partis et syndicats, élections et luttes. C'est donner l'impression au bout du compte que les luttes ne pourraient être que syndicales, défensives, et que la politique émancipatrice se situe malgré tout quelque part dans les élections, renforçant au passage l'illusion qu'il suffit de bien voter pour résoudre les problèmes que nous n'avons pas su résoudre par nos luttes.

 

C'est donc cette clarification qu'il nous faut opérer, d'abord au sein du NPA, en essayant de comprendre comment on peut faire de la politique au travers des luttes. Car sinon, notre discours sur les luttes et sur les élections mises au même niveau ne nous fera pas marcher sur deux pieds mais claudiquer d'une manière absurde: avec une forte tendance à l'électoralisme en période électorale et au super-syndicalisme en dehors de ces échéances

 

Le bilan d'une politique unitaire qui a été mal menée.

 

Aux européennes, notre proposition de faire un tout des européennes et des régionales n'avait rien d'unitaire. Le seul but était de coincer le PCF. Mais aux régionales, nous n'avons pas eu non plus une politique unitaire. La question des exécutifs ne pouvait apparaître que comme un prétexte.

Avant de songer à conclure des accords électoraux, le préalable aurait été de discuter de la situation, des luttes, du programme et des moyens de l'imposer. Lorsqu'on parle d'unité, c'est pour la réussir. Pas pour faire des démonstrations par la négative.

 

La question de l'unité reste donc à rediscuter entièrement pour savoir à quoi ça sert et comment on fait.

 

Une campagne à géométrie variable.

 

Après la rupture des discussions au niveau national, nous avions insisté sur le fait qu'il fallait conserver un cadre politique national aux discussions qui se poursuivaient dans les régions. Nous n'avons pas été entendus. La campagne qui a été menée a été illisible, incompréhensible et a découragé bon nombre de militantes et militants du NPA.

 

Elle a également contribué dans certaines régions à renforcer les illusions réformistes. Avec parfois des revendications contradictoires, voire éloignés de l'anticapitalisme. Car notre problème, ce n'est pas d'avoir des élus à tout prix mais sur des bases politiques qui ne sont pas contradictoires avec nos orientations. C'est bien le minimum!

 

En Bourgogne, la profession de foi valide pourtant l'idée de subventions aux entreprises:«les aides aux entreprises relèveront d'un fonds public régional pour l'emploi, sous contrôle d'une commission, composée majoritairement de syndicalistes, d'experts, et de citoyens». Dans le Limousin, le fond est identique puisqu'il s'agirait de:«conditionner les aides économiques à des critères sociaux plus contraignants (emplois qualifiés bien rémunérés, transparence des comptes, non versement des dividendes aux actionnaires, consultation des salariés, respect du code du travail, sobriété énergétique)» et d' «exiger le remboursement des aides publiques, par voie judiciaire si nécessaire, en cas de non respect de ces conditions». Dans les Pays de Loire: «Aucune aide aux entreprises qui ne respectent pas un cahier des charges à la fois social (l'emploi, précarité), environnemental (conditions de production et de transport) et démocratique (contrôle des comptes, droit de veto des salariés)».

 

C'est un alignement complet sur les illusions propagées par le PCF qui prétend faire la distinction entre les subventions qui seraient admissibles et celles qui ne le seraient pas. Le programme du NPA lui était très clair: «Aucune subvention aux entreprises privées»

 

III) La campagne pose en réalité la question du parti que nous voulons réellement construire.

 

Pour nous, cela doit être un parti dont le centre de gravité est la lutte de classes, les élections étant subordonnées à notre intervention dans les luttes. Il va falloir débattre de cela car sinon l'unité du parti ne sera qu'une unité de façade qui explosera à la moindre situation un peu tendue. Le parti doit être anticapitaliste, c'est-à-dire indépendant du PS et des institutions mais également proposer un projet de transformation révolutionnaire de la société. Un projet qu'il assume réellement, de manière conséquente.

 

Pour cela, le NPA doit intervenir au sein de la jeunesse, des travailleurs et des quartiers populaires. Il doit donc être militant et porter un discours commun partout où il intervient.

 

Sa priorité est de se tourner vers l'extérieur, sur le terrain des luttes. La bagarre sur les retraites en lien avec l'emploi et les salaires est à ce titre capital. Mais avec un contenu revendicatif qui permette d'enclencher une véritable lutte autour des 60 ans, des 37, 5 annuités et des 1500 euros nets.

 

Dans le cadre de ce CPN, nous avons 6 présentations de bilan, mais en réalité malgré les nuances, il y a deux orientations fondamentales qui préfigurent les débats du congrès à venir: faut-il construire un parti de la gauche de la gauche qui exerce une pression électorale sur le PS ou faut-il construire un parti ouvrier populaire œuvrant à la transformation révolutionnaire de la société?

 

Nous pensons qu'il est possible d'agir pour que la seconde perspective soit majoritaire dans le NPA.

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Publié dans Vie du NPA...

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