Retours sur les élections régionales (5)...
Les voici donc :
Le résultat des élections régionales constitue une défaite importante de la droite et un désaveu majeur pour Sarkozy qui en ressort politiquement affaibli et contestédans son propre camp. Affaibli pour aborder «la réforme» des retraites et contesté au point qu'on ne peut exclure qu'il y ait plusieurs candidats de l'UMP à la prochaine élection présidentielle.
Dans cette situation Sarkozy ne va pas faire de pause dans les réformes, bien au contraire: il s'est donné comme feuille de route six mois pour boucler le «dossier» des retraites. Et on peut s'attendre à une droitisation de sa politique sur l'immigration, la sécurité… pour satisfaire son électorat traditionnel d'une part, et tenter d'autre part de récupérer une deuxième fois l'électorat du Front national. Son objectif est de gagner l'élection présidentielle, et de la gagner à droite!
Finis donc l'ouverture ou les clins d'œil à l'électorat écologiste (oublié le grenelle de l'environnement, sa pourtant mauvaise et limitée taxe carbone, les discours de Copenhague..).
Le Front national se refait une santé. Il a bénéficié du débat sur l'identité nationale et a réussi à récupérer une partie de l'électorat populaire qui avait voté Sarkozy en 2007, déçue par les «promesses» non tenues. Cette élection lui a permis également de régler le problème de la succession de Jean-Marie Le Pen, sa fille tenant la corde pour la prochaine présidentielle.
Le Parti socialiste sort renforcé de cette consultation ainsi que sa première secrétaire Martine Aubry dans l'optique de la présidentielle pour représenter le PS. Il est en plus débarrassé de l'hypothèque du Modem, ce qui affaibli sérieusement la position de Ségolène Royal. Mais cette unité retrouvée reste fragile et peut voler en éclat tant sur le choix du mode de désignation du candidat que sur la désignation elle-même. Le PS peut lui aussi être confronté à plusieurs candidatures issues de son sein.
Enfin, même s'il est sûr qu'au moment de la présidentielle le PS apparaîtra comme le plus à même de virer Sarkozy, son indigence de par son orientation social-libérale à s'opposer à la politique de Sarkozy en terme de mobilisations, que ce soit sur les retraites, l'immigration ou la sécurité, va apparaître au grand jour.
La crise européenne avec la violence des mesures d'austérité prises par des gouvernements de gauche comme celui du PASOK en Grèce, ou la question des retraites en Espagne avec celui du PSOE n'aidera pas non plus le PS.
Même si ses résultats électoraux sont inférieurs à ceux des Européennes, Europe Ecologie a confirmé son nouveau statut de deuxième force de la gauche. C'est devenu aujourd'hui un partenaire incontournable (d'autant plus avec la claque du Modem) pour le Parti socialiste, avec qui cependant les rapports sont conflictuels. Son problème est aujourd'hui de gérer et de consolider ses succès électoraux, ce qui ne se fera pas sans contradictions comme en témoignent déjà les divergences de vue entre la coopérative politique proposée par Cohn Bendit et Cécile Duflot, porte-parole des Verts sur fond d'horizon 2012.
Le Front de gauche, malgré le vote utile, a résisté et réussi à préserver sa place sur l'échiquier politique à la gauche du PS. Le PC a enrayé et différé son déclin, le PG avec la figure de Mélenchon a crédibilisé son existence. Mais là encore, des contradictions majeures sont à l'œuvre d'une part entre les différents partenaires de ce front, liées entre autres à la volonté hégémonique du PCF, la «rivalité» en vue de la prochaine présidentielle, l'approche différente des alliances avec le PS (participation ou non aux exécutifs, prochaines cantonales très importantes pour le PC, etc.) et d'autre part au sein même de ses différentes composantes.
Lutte ouvrière, qui a mené une campagne très propagandiste, présentant des listes pour que «les travailleurs puissent crier leur colère» s'enfonce sans cesse dans la marginalité politique.
L'abstention reste à un niveau très élevé. L'analyse de sa réalité sociale et politique est comme toujours fort complexe, mais ce serait une grossière erreur que de penser qu'elle exprimerait pour l'essentiel une remise en cause des institutions de la V° République et qu'elle se composerait pour bonne part des salariés les plus mobilisés et les plus combatifs contre la politique de Sarkozy. Le facteur dominant, c'est plutôt, hors l'électorat traditionnel de la droite, qu'une partie des salariés, de la jeunesse est totalement démobilisée politiquement, sans perspective crédible, avec les replis individualistes que cela comporte.
La marginalisation du NPA.
Globalement, les scores du NPA sont très mauvais et entament largement son ambition de devenir le pivot de la recomposition à la gauche du PS. Si une analyse détaillée de chaque région est nécessaire, on peut retenir deux grandes configurations: celle où le NPA a mis en œuvre une politique visant réellement à réunir les conditions d'un accord unitaire et celle où le NPA était hostile à toute forme d'alliance. Les résultats sont meilleurs là où nous ne nous présentons pas seuls sans que cela ait entraîné forcément une véritable dynamique militante et/ou électorale. Pour autant, des contacts ont été pris et les campagnes unitaires sont des points d'appuis pour la suite, y compris là où nous avons mené bataille pour des listes unitaires sans que cette démarche n'aboutisse. A l'opposé, certaines régions ont adopté un profil très propagandiste, bien éloigné des options stratégiques du congrès de fondation. On ne peut par ailleurs que regretter que notre porte-parole ait décidé de privilégier les meetings où le NPA se présentait seul et de boycotter de fait ceux où l'unité la plus large a été réalisée (Languedoc Roussillon, Limousin notamment).
Tirer un bilan, c'est aussi tirer le bilan de ce que les uns et les autres ont défendu lors de la conférence nationale. Rétrospectivement, nous pensons, même si aucune des positions n'avait raison ou tord à 100 %, que la position C était la plus cohérente. Le fait qu'elle était, forte ou majoritaire, en concordance d'ailleurs localement avec la partie unitaire de la position A, en Languedoc Roussillon et dans le Limousin, n'est pas totalement étranger au fait que des accords unitaires aient été réalisés et que les obstacles nombreux aient été surmontés. Et si cette volonté unitaire avait été une véritable orientation nationale du NPA, il est sûr que cela aurait favorisé la possibilité d'autres accords unitaires régionaux et mis le PCF dans une situation très inconfortable. Sans parler du fait que cela nous aurait permis de grappiller les quelques voix qui nous ont manqué dans deux régions pour atteindre 5 %.
Ces élections montrent les limites de la «stratégie» du «parti des luttes», de ne considérer les élections que comme un baromètre ou un moyen pour crier notre révolte. Le NPA doit élaborer une stratégie plus globale, réfléchir au rôle qu'il peut et doit jouer dans le mouvement ouvrier, dans l'émergence et la construction d'une alternative à la social-démocratie et à quelle politique unitaire il doit mener pour avancer dans ce sens en partant de l'état d'esprit des salarié-e-s et de la jeunesse. L'aspiration à donner une correction à Sarkozy était très forte et le fait que le NPA soit apparu indifférent, voire hostile dans certaines régions à cette aspiration a coûté très cher.
Un mot enfin sur la candidature d'Ilham. Quelles que soient nos positions (fort diverses…) sur la question de l'opportunité de cette candidature et des conséquences sur les résultats électoraux, il est sûr qu'un débat aurait dû avoir lieu dans l'organisation, ce qui aurait pu permettre d'éviter une gestion catastrophique de notre intervention une fois la polémique faisant rage sur la scène politique.
Errare humanum est, perseverare diabolicum.
Il faut en finir avec les analyses qui n'ont pour objectif que de justifier une orientation. Ainsi en a-t-il été de la soi-disante inévitable alliance du PS avec le Modem, de la participation du PCF dès le premier tour sur des listes avec le PS dans la grande majorité des régions… Et cela continue aujourd'hui encore quand des camarades nous expliquent qu'une nouvelle union de la gauche s'est reconstituée, que tous les partenaires du Front de gauche sont allés à la soupe et que cela montre bien que nous avons eu bien raison de ne pas faire d'accord unitaire au niveau national et régional. Que le PS veuille reconstituer une nouvelle forme d'union de la gauche est une évidence. Mais cela n'est pas fait. Les contradictions sont multiples. Contradictions au sein d'Europe Ecologie entre le projet de Cohn Bendit et celui des Verts. Contradictions connues au sein du PCF. Contradictions au sein du Front de gauche dans lequel la Parti de gauche a décidé de ne pas participer aux exécutifs régionaux. Ne balayons donc pas d'un revers de main ce qui se joue dans la gauche radicale pour éviter de nous poser des questions. Sans céder aux sirènes de l'union de la gauche, nous pouvons peser sur ces contradictions pour peu qu'on ne se situe pas à l'extérieur de ces processus en cours mais qu'on s'appuie notamment sur les liens construits dans les régions comme le montre l'exemple du Limousin. Ce n'est que de cette manière que le NPA apparaîtra comme une organisation utile, non seulement dans les mobilisations, mais aussi pour donner une crédibilité à la construction d'une véritable alternative anticapitaliste.
Le NPA doit changer au plus vite son orientation politique
1) Une crise politique est ouverte
Le verdict des Régionales est sans appel: la politique de la droite au pouvoir a pris une claque historique, descendant à 36%, son score le plus bas sous la 5e République. Les discours démagogiques du «travailler plus pour gagner plus» ou sur l'«insécurité» ne fonctionnent plus.
Avec la réalité de la crise économique, ils n'arrivent plus à cacher la politique antisociale du gouvernement tournée vers la préservation des intérêts des banques et des actionnaires, tandis que pour les autres, c'est plus de chômage, moins de revenus, une remise en cause des acquis sociaux, des services publics, des droits démocratiques. Les manipulations aux relents racistes des thèmes de l'insécurité ou l'«identité nationale» aboutissent à renforcer le FN. C'est cette politique qui provoque un dégoût et une abstention massive, jusqu'à démobiliser même l'électorat de droite ou le renvoyer vers Le Pen. L'ampleur de cette abstention témoigne plus fondamentalement d'une perte de repères et d'une désaffection profonde vis-à-vis de l'action politique, notamment dans les couches populaires.
Une crise politique est désormais ouverte, se conjuguant avec une crise démocratique. Avec la victoire de la gauche, le retour d'un vote FN indépendant et l'échec de sa «politique d'ouverture», le pouvoir perd sa légitimité au moment où il s'apprête à appliquer une politique d'austérité renforcée. La prétendue «pause» annoncée par Sarkozy ne masquera pas longtemps sa volonté de mettre en place, dès maintenant, une austérité renforcée contre les régimes de retraite, la fonction publique, la protection sociale, les salaires et l'emploi. Ce qui se passe en Grèce, en Islande, en Espagne ou au Portugal, présage de ce que la droite a l'intention de faire en France. La «pause» consiste en fait à laisser le Parlement «délégiférer» pendant un an, c'est-à-dire détricoter le code du travail, de la santé, toutes les législations qui ont été arrachées par de multiples combats sociaux et démocratiques et sont encore un minimum de protection. Il faut donc l'empêcher de nuire, avant même 2012. Les échéances de mobilisations sociales (sur les retraites, l'éducation, la régularisation des Sans-papiers, la culture, etc.) sont autant de moment qui doivent participer à amplifier la défaite électorale et la crise du pouvoir, et redonner confiance aux secteurs militant-e-s et à remobiliser de larges pans de la mobilisation pour résister aux attaques et organiser la riposte.
Ces résultats électoraux provoquent un changement de situation politique, plus que ne l'avaient fait les élections intermédiaires depuis 2007 (municipales, européennes). Ils installent dans le paysage la fin possible du règne de la droite, rendent difficile à Sarkozy la possibilité de répéter le cocktail démagogique qui lui avait permis d'être élu, fragilisent le pouvoir en cas de confrontation sociale. Ils remettent aussi à l'ordre du jour le débat pour une alternative vraiment à gauche pour sortir de la crise capitaliste.
2) Les perspectives se ré-ouvrent à gauche
Avec 52 %, et malgré le taux d'abstention très élevé, l'ensemble de la gauche est majoritaire. Le PS retrouve un niveau électoral qu'il avait perdu ces dernières années. Beaucoup d'électeur-trice-s se sont à nouveau servies du vote PS pour sanctionner une droite de plus en plus insupportable, sans pour autant approuver sa politique social-libérale. Ce parti semblait pourtant rapidement perdre du terrain à gauche après les Européennes, mais tant que le principal objectif des électeur-trice-s reste de s'opposer à la droite au pouvoir, le vote PS est encore utilisé, notamment aussi parce qu'une alternative plus crédible n'existe pas. Mais dans le même temps, la remise en cause de son hégémonie politique à gauche reste engagée: son orientation sociale-libérale, ses choix d'alliance, l'anticipation des compromis à accepter (les retraites), ses luttes de pouvoir (primaires) sont autant de contradictions à venir.
Par ailleurs, la gauche se transforme. Elle voit se confirmer une composante écologiste importante, qui souligne que la lutte contre les dangers menaçant notre environnement est devenue une préoccupation majeure. Europe Ecologie apparaît pour partie comme «une autre solution» face au PS, mais devra clarifier ses choix stratégiques, ses alliances et les rapports antagoniques entre programme écologique et logique capitaliste. La gauche de gauche, même moins influente qu'il serait nécessaire, s'installe comme perspective durable.
L'écroulement du Modem qui ne passe pas les 5 % traduit le fait que les électeur-trice-s ont rejeté l'illusoire perspective d'une 3e voie, et, du coup, prennent le PS à contre-pied. Celles et ceux qui rêvaient de faire alliance avec lui, y compris dans Europe Ecologie, pour justifier la nécessité d'accepter des choix politiques libéraux, sont contraint-e-s de remiser pour le moment ce choix qui a fait tant de mal aux forces de gauche en Europe. Pour battre la droite, pas besoin du Modem: il faut s'unir à gauche sans préalables. Et pour une sortie de crise en faveur des intérêts des salarié-e-s, il faut une politique de rupture avec le social-libéralisme, que celui-ci soit allié ou non avec le Modem.
3) La nécessité d'un rassemblement unitaire
Les résultats et la nouvelle situation qui s'ouvre soulignent encore la nécessité d'accentuer l'unité sociale et politique de la gauche de transformation sociale, unité cruciale si l'on veut construire des résistances à la droite et fournir une alternative à la politique du Parti socialiste. L'absence d'unité complète entre toutes les composantes de la gauche de transformation a affaibli ses résultats globaux. Mais ils montrent clairement que l'aspiration unitaire est dominante en son sein. Les écarts entre les listes « Ensemble/Front de Gauche » ou les listes d'unité plus partielle, et celles du NPA isolé sont sans appel : 2, 5 % pour le NPA en moyenne dans les 13 régions où il se présentait seul, entre 4, 8% et 4, 9 % pour les listes où le NPA se présentait dans une configuration unitaire partielle (NPA, PG, Fase, Alternatifs, secteurs du PCF …), 7 % pour les listes «Ensemble» dans les 17 régions où elles étaient présente, 8% ou 13 % où le NPA était allié au le Front de Gauche. Les électeur-trice-s ont préféré choisir les listes qui indiquent le début d'un rassemblement, à la posture isolationniste du NPA qui a été désavoué. Cet échec exige du NPA qu'il se tourne vers une autre politique: il ne peut plus prétendre représenter à lui seul l'alternative dont les salarié-e-s et les classes populaires ont besoin, il ne peut plus se dérober aux exigences d'une unité avec d'autres forces à gauche du PS.
Il faut tenir compte du bilan de ces Régionales pour relancer une perspective de rassemblement d'une gauche de transformation sociale. L'aspiration à une unité sur des bases alternatives est toujours fortement présente. Elle a entraîné un vote massif des militant-e-s du PCF pour des listes indépendantes du PS, en rupture avec la tradition habituelle de listes d'union avec le PS au premier tour des élections locales. Elle a aussi, à un autre niveau, bousculé le NPA qui s'est retrouvé sans majorité, divisé entre trois orientations différentes. Elle a levé un espoir, pendant ces mois de longues tractations entre les partis, parmi des milliers de militant-e-s du mouvement social, de voir enfin se réaliser un rassemblement où elles et ils trouveraient leur place et la traduction de leurs combats sur le terrain politique. Bien des obstacles n'ont pas été surmontés et ont freiné une dynamique possible. En premier lieu, le refus du NPA a affaibli le rassemblement et les résultats en ont été diminués pour tou-te-s.
L'absence du NPA du rassemblement des listes «Ensemble….» l'a empêché de peser sur les évolutions des listes unitaires et de contrebalancer les pratiques hégémoniques du PCF. Le bilan montre pourtant que la divergence sur la participation aux exécutifs n'était pas insurmontable, et n'empêchait pas de faire une campagne dynamique pour rassembler au 1er tour, sans abandonner les débats sur les suites. L'exemple du Limousin a été emblématique, au 1er comme au 2nd tour: une large union réalisée sur un programme alternatif, une dynamique et une camaraderie sur le terrain militant, un résultat électoral à 13%, une solidarité maintenue face aux exclusives du PS, et une dynamique encore plus forte au 2nd tour atteignant presque les 20%. Cet exemple montre un chemin qui était possible ailleurs, comme cela s'était engagé également en Languedoc Roussillon mais sans que cela puisse aller jusqu'au bout.
Les listes «Ensemble» avec le Front de Gauche se sont installées dans le paysage politique de la plupart des régions. Elles confirment ce qui avait commencé aux Européennes: un regroupement du type du Front de Gauche répond à une aspiration réelle au sein de l'électorat de gauche. Certes, leur dynamique a été affaiblie par les divisions au sein du PCF, quand des secteurs de celui-ci n'ont pas suivi la ligne d'indépendance vis-à-vis du PS, ou quand des secteurs de l'appareil ont voulu restreindre le rassemblement autour du seul PCF en ne visant que la réélection de leur sortant-e-s. Bien des listes «Ensemble», dans la préparation du 1er ou du 2nd tour lors des fusions, se sont heurtées à des logiques d'appareil. Le caractère «cartellisé» du rassemblement, l'absence de collectifs locaux ouverts ont eu raison de bien des volontés unitaires. L'implication de secteurs du mouvement social y a été faible, tandis qu'elles étaient inexistantes et impossibles dans la campagne solitaire du NPA.
4) Entrer dans le débat de l'alternative de gauche dans la crise capitaliste
La nécessité de faire bloc reste indispensable, et le Front de Gauche et celles et ceux qui se sont allié-e-s dans les listes «Ensemble» ne peuvent être contourné-e-s si l'on veut forger une alternative politique unitaire dans le soutien aux luttes et contester l'orientation social-libérale du PS, qui reste, malgré tout, majoritaire à gauche. A partir du bilan de ces élections, il est désormais possible de lever les obstacles qui ont été rencontrés. Là où l'unité a été complète, du Front de gauche au NPA, là où des vrais rassemblements unitaires ont vu le jour, sans le NPA, des dynamiques se sont créées dans les urnes mais aussi sur le terrain de l'action collective. Elles montrent la voie à suivre : un front politique et social permanent, capable de fournir une alternative politique à gauche et d'aborder ensemble les prochaines échéances sociales et électorales. Capable aussi de construire collectivement une autre représentation politique. Le NPA doit appuyer et participer aux initiatives de type appels ou assises, localement ou au niveau national, pour ouvrir et étendre le rassemblement des listes «Ensemble» encore incomplet. C'est à cette urgence et à cette nécessité unitaire que le NPA doit répondre dès maintenant : un bloc de l'autre gauche, large, ouvert à toutes les composantes, aux représentant-e-s et acteur-trice-s du mouvement social, s'appuyant sur des collectifs unitaires locaux.
Les débats pour forger un bloc alternatif vont désormais se poser différemment. Le défi à relever est celui d'une cohérence permettant d'offrir une solution politique de sortie de la crise économique en faveur des intérêts de la classe salariée et de la majorité de la population. L'éclatement social résultant de la crise et des effets multiples de la mondialisation rend plus difficile une alternative crédible. Celle-ci implique une recomposition attractive à gauche du PS, mais aussi une recomposition des repères de classe, indissociablement liée aux questions écologiques et à la lutte contre toutes les oppressions. Il est donc urgent que le NPA change d'orientation et s'attèle au plus vite à cette tâche.
Il faut bien sûr commencer par l'unité dans l'action, le développement et le soutien au mouvement de grèves, pour défendre les retraites à 60 ans, les services publics, etc. L'unité de toute la gauche politique et syndicale, le recours à toutes les formes de mobilisations, referendum, débats publics de masse comme lors du referendum sur le TCE…, en appuyant sur la crise politique et l'illégitimité des contre-réformes du pouvoir. Pour les forces qui composent la gauche de gauche, il y a ainsi un terrain spontané de convergences dans les mobilisations sociales. Mais elles doivent faire plus: elles doivent avoir la volonté partagée de proposer une solution politique globale, cohérente, qu'elles chercheront à rendre majoritaire à gauche, dans les mobilisations, et qu'elles devront défendre en commun lors des prochaines échéances électorale. L'enjeu est de construire une force politique rassemblée capable de se nourrir des mobilisations sociales, de porter cet espoir d'issue politique au sein du mouvement populaire, de bousculer les rapports de force à gauche en faveur d'une politique de transformation.
C'est une des leçons des régionales: il faut plus d'unité, et une unité enracinée dans les localités, les entreprises et les quartiers, appuyée sur des comités unitaires de base. Le NPA doit décider d'apporter sa contribution et de prendre sa place dans un front qui s'élargisse et se transforme, tire les leçons des divisions antérieures, redonne un espoir à gauche. Les cantonales en 2011, suivie des législatives de 2012, pourront être l'occasion de présenter des candidatures unitaires qui défendent ce projet de mesures pour changer la vie de tout ceux qui subissent la crise. Et en abordant la discussion par le biais du programme législatif à défendre, on pourra essayer de surmonter le piège tendu par la 5e République à chaque élection présidentielle, qui dépolitise le débat et personnalise la politique, en cherchant une candidature rassemblant les différentes forces autour d'un même projet.
Le parti que nous construisons actuellement est-il un outil dans cette perspective? En a-t-il la volonté? S'il veut refonder une perspective de rassemblement d'une force nouvelle, le NPA ne peut éviter d'entrer en discussion avec d'autres partenaires potentiels, en apprenant aussi des expériences positives qui se déroulent en Europe à la gauche de la gauche. Aucune ne s'est faite autour d'un seul courant. L'échec de notre politique électorale et les reculs dans notre construction nous obligent à reprendre ces discussions lors de notre prochain congrès.
Identifier nos erreurs et en tirer les leçons
Le niveau inédit de l'abstention parmi les classes populaires s'est combiné, dans la fraction de l'électorat de gauche qui s'est rendu aux urnes, à un vote utile pour les partis (PS, Europe Ecologie, Front de gauche) perçus comme ayant la capacité de gouverner, les régions aujourd'hui et le pays demain, sur fond de formation d'une nouvelle union de la gauche.
Ce double phénomène a résulté d'une série de processus objectifs qui se sont additionnés et entrecroisés : perte de confiance envers les partis politiques et la politique elle-même, désintérêt pour les enjeux de la gestion des régions, volonté de ne pas laisser tous les pouvoirs à la droite, sentiment d'impuissance à faire bouger les choses par la mobilisation, espoir d'en finir avec Sarkozy en 2012, recherche d'un outil électoral qui le permette…
Dans ces conditions (et en laissant de côté le vote FN dont les ressorts sont autres), tous les projets se présentant en alternative au PS et à la «gauche solidaire» en gestation d'Aubry, Duflot et Buffet ont été électoralement laminés. A droite, le Modem. A gauche, principalement le NPA, avec ou sans alliés, mais aussi LO qui continue à se tasser, ou encore une expression locale telle que la liste Gremetz en Picardie.
Notre mauvais résultat électoral s'explique donc, fondamentalement, par des raisons indépendantes de notre intervention. Les programmes et les configurations de liste n'ont joué qu'à la marge. [De même, sur un autre plan, il serait erroné de surévaluer les conséquences électorales de l'affaire dite du voile. La chute du vote des femmes en faveur du NPA reflète en partie le fait que notre électorat devient plus masculin à mesure qu'il se réduit au champ protestataire ou de l'extrême-gauche.] Une preuve en est donnée par… les programmes et configurations de liste de notre campagne, ou plutôt de nos campagnes.
Celles-ci, en effet, ont été sensiblement différentes d'une région à l'autre. Si les choix incarnés dans les positions A, B ou C de la consultation militante avaient vraiment influé sur les résultats électoraux, certaines régions auraient fait de meilleurs scores que d'autres. Or, le recul du NPA est général quels que soient les situations et choix majoritaires des régions (voir mon étude «Résultats NPA: comparatif régionales/européennes et quelques remarques»).
Les chiffres démentent notamment l'idée que se serait manifestée électoralement une «dynamique de l'unité» avec le PG ou le Front de gauche. L'argument selon lequel, là où des listes unitaires ont été présentées, une telle dynamique aurait été freinée par l'absence d'une politique nationale allant dans ce sens, n'est pas non plus très solide: l'électeur bourguignon ne se détermine pas en fonction de la campagne francilienne, ni le haut-normand par rapport à la ligne auvergnate, et le discours national «grand public» du NPA a été suffisamment général (et exempt d'attaques contre le Front de gauche) pour pouvoir «englober» toutes les configurations de liste.
Il n'y a pas eu de dynamique électorale à une exception près, celle du Limousin. Mais pas au premier tour, dans lequel la liste FG-NPA a perdu 22 % par rapport au total FG + NPA des européennes de 2009. Quand on considère d'une part les scores des uns et des autres en 2009, d'autre part le résultat national du Front de gauche seul dans ces régionales, qui est en légère progression, on ne peut que conclure que dans le Limousin aussi, le NPA a reculé le 14 mars, et cela dans des proportions comparables aux autres types de liste auxquels il a participé.
L'exception s'est produite au second tour: c'est une fois le sarkozysme balayé (au premier tour), et après que le PS, grand vainqueur de ce premier tour, ait fait obstacle à une fusion démocratique, que la liste FG-NPA a réalisé sa percée. L'expérience du Limousin, avec ses singularités (refus du PCF de céder aux pressions du PS en se désolidarisant du NPA - contrairement à ce qu'il a fait ailleurs par rapport à son allié privilégié, le PG -, décision de ses élus de ne pas entrer dans l'exécutif régional pour garder leur indépendance), mérite en tout cas une étude et un débat sérieux, loin de toute instrumentalisation à des fins d'agitation interne.
A l'origine de notre crise: la politique du «processus unitaire» et son échec
Si nos problèmes et désaccords n'ont donc pas eu d'incidence électorale majeure, en revanche, ils ont fortement affecté notre cohérence politique, notre capacité à peser collectivement dans le champ politique (qui ne se réduit pas aux élections), ainsi que la perception extérieure de notre projet comme porteur d'une alternative. Comme le signalent les principes fondateurs, les aspects électoraux sont importants mais ne sont ni prioritaires, ni forcément décisifs. Le problème est ici que c'est indépendamment de ses résultats électoraux (qui, n'en doutons pas, auront l'occasion de varier substantiellement au gré des situations et des élections…) que le NPA se trouve aujourd'hui affaibli.
Nous avons mené cette campagne des régionales dans une situation d'éclatement politique majeur, avec de nombreuses divergences et des profils de liste très différents. La discussion sur le bilan va naturellement aborder ces questions. Je pense pour ma part que dans le cadre d'autres problèmes, il y a eu par endroits de sérieux dérapages opportunistes, et ailleurs des positionnements franchement gauchistes, les uns et les autres contreproductifs. Cependant nous savions tous, dès le CPN de début novembre, que cette campagne se présentait pour le NPA de façon très compliquée, qu'elle serait dans tous les cas difficile (cela a d'ailleurs été une raison du choix d'Olivier Besancenot comme tête de liste en Ile-de-France). Notre marginalisation électorale a constitué une déception, mais nullement une surprise! Il convient donc, avant tout, de s'interroger sur ce qui est à l'origine de la crise actuelle du parti. La réponse apparaît évidente: la politique du «processus unitaire» et son échec.
C'est le 30 juin que le comité exécutif du NPA a engagé le dit processus unitaire, suite à sa rencontre avec la direction du PG, à l'issue de laquelle un communiqué commun fixait l'objectif de parvenir à des listes communes NPA-Front de gauche (personne ou presque n'ayant d'illusions sur la réponse de Lutte ouvrière): «les deux partis constatent que les propositions issues de leurs instances nationales respectives peuvent permettre d'avancer dans cette voie unitaire pour les élections régionales. En conséquence, ils décident d'engager dés maintenant les discussions nécessaires entre eux ainsi qu'avec leurs autres partenaires NPA, PCF, LO, Alternatifs, Alterekolos, Fédération»
Ce processus a duré plusieurs mois, jusqu'à la rupture intervenue au niveau national le 10 novembre. Pendant toute cette période, et même au-delà puisque c'est seulement après la rupture des négociations nationales qu'est intervenue la consultation des militants du NPA, il a polarisé la vie interne du parti, et dans une large mesure son expression externe, prenant le pas sur toute autre question. Dans sa propagande publique, le NPA a systématiquement mis en avant le fait qu'il en avait pris l'initiative. A l'arrivée, il s'est retrouvé seul alors que les forces qu'il avait pris l'initiative de réunir se sont à peu près toutes unies dans les listes «Ensemble» du Front de gauche élargi. Et c'est le NPA qui a été très largement considéré, dans les milieux militants de gauche, comme responsable de la «division».
Au plan interne, le résultat a été un éparpillement politique majeur. La majorité de la direction, qui représentait 80 % du CE et 70 % du CPN, a obtenu le soutien de 35 % des militants. Le parti s'est retrouvé divisé en trois blocs de poids comparable. La configuration et les bases politiques des listes ont alors été laissées à la responsabilité des différentes régions, où elles ont varié en fonction des différentes réalités politiques, internes et externes. L'extrême pluralisme des listes du NPA a confiné à la cacophonie, tout en facilitant les dérapages dans un sens ou dans l'autre.
Une dernière conséquence de l'échec du «processus unitaire», et non la moindre, a été que le parti, profondément ébranlé, s'est globalement peu engagé dans la campagne; par exemple, moins d'un tiers des militants a participé aux activités de campagne dans la fédération 75, la plus importante en termes d'effectifs.
Si l'on prend l'image d'un match de football, on peut dire que nous avons perdu face à l'équipe du Front de gauche en marquant contre notre camp, après avoir pourtant organisé nous-mêmes le match (le «processus unitaire») en en choisissant le terrain et la date. A la suite de quoi, comme cela arrive souvent, notre équipe a pris un coup au moral et s'est trouvée prise dans une spirale descendante, au point qu'elle doit maintenant lutter pour s'éloigner de la zone de relégation. Alors que nos concurrents directs, de leur côté, se sont renforcés, ont gagné en confiance et nous distancent au classement.
Nécessairement, quelque chose n'a donc pas fonctionné: soit dans la stratégie suivie, soit dans la tactique appliquée, soit dans la préparation de l'équipe, soit même dans la définition de l'objectif (fallait-il jouer cette partie dans ces conditions?) Les explications qui se borneraient à mettre en avant les conditions climatiques et l'état du terrain (principalement social et qui, nous en serons tous ou presque d'accord, n'est pas excellent), ou bien les ressources inattendues déployées par l'équipe adverse (nos «partenaires» du Front de gauche), ne seraient pas admissibles: notre équipe était censée prendre ces éléments en considération, et se disposer en conséquence.
De même ne peut-on pas fermer les yeux en attendant simplement que la mauvaise période passe. Surtout pas cela, parce que si l'on veut prendre les moyens de se redresser, et éviter qu'à un moment ou un autre le même type de causes ne produise le même type d'effets, il faut impérativement identifier les raisons de l'échec, en essayant d'aller au fond des problèmes posés.
L'oubli de la politique concrète
Pendant tout le processus unitaire, on a discuté sans fin de «la (non) participation aux exécutifs régionaux dirigés par le PS», en expérimentant par ailleurs une large gamme de formules de compromis à différents niveaux, mais sans jamais mettre cette question en rapport avec ses contenus concrets et immédiats: «participer», pour fairequoi exactement?
De même s'est-on lancé dans des négociations pour former des listes, visant notamment à obtenir des élus au sein d'une institution, sans avoir la moindre idée (ou alors, on l'aurait été bien caché) de ce que pouvaient faire concrètement au sein de cette même institutionles élus actuels des partenaires envisagés ; en particulier, les 43 vice-présidents («ministres» des gouvernements régionaux) membres du PCF. Il est révélateur que le premier texte de travail abordant la place des conseils régionaux et la politique de leurs exécutifs (une «Info CE» rédigée par Myriam C. et Lucien) ait été publié… au mois d'octobre, c'est-à-dire alors que le processus unitaire arrivait à son terme.
A l'évidence, les «discussions unitaires» auraient pris un tour éminemment plus concret si, au lieu de n'aborder pendant des semaines que des généralités, de ne discuter que sur de grands slogans nationaux qui pouvaient être justes mais concrètement n'engageaient personne, on avait dès le début engagé le débat, y compris publiquement, sur la politique menée par la gauche dans les conseils régionaux. Le PCF et le PG sont officiellement pour «l'interdiction des licenciements» dans les entreprises qui font des profits, délocalisent ou versent des dividendes - pendant que dans les conseils régionaux ils soutiennent les pôles de compétitivité et l'apprentissage, votent toutes les subventions au patronat, maltraitent les personnels des régions, etc.
Il est difficile de comprendre pourquoi ces questions, pourtant au cœur de la gestion sociale-libérale concrète d'aujourd'hui, ont été à ce point négligées. Volonté de ne pas fâcher les partenaires? Concession à cette partie de nos camarades qui estimait que parler des «compétences régionales» signifiait sombrer dans le réformisme institutionnel? Mais c'est de façon générale, y compris en rapport à notre propre campagne, que ces aspects de programme ont été mis de côté.
Pour preuve, le fait que le CPN ne les a jamais abordés en tant que tels - alors que le débat a ensuite été très vif en région, au moins dans certaines d'entre elles. L'unité, pas l'unité ou comment l'unité, polarisait en revanche chaque CPN... Comment dans ces conditions s'étonner que, par exemple, alors que notre propagande nationale rejetait les subventions aux entreprises en soulignant qu'il s'agissait d'aides au patronat, et dénonçait comme démagogiques les affirmations selon lesquelles il fallait les conditionner à des critères sociaux et écologiques, le NPA ait défendu dans quatre régions… le conditionnement des aides aux entreprises à des critères sociaux et écologiques?
Pour preuve encore, le modèle de profession de foi rédigé par le CE (et repris tel quel dans une région), qui fixait comme tâche centrale à des conseils régionaux qui mèneraient une politique en faveur des travailleurs et de la population, de mettre en place de nouveaux services publics répondant à des besoins sociaux… qui sont du ressort des départements et des communes (petite enfance et quatrième âge). Heureusement, la grande majorité des professions de foi se sont recentrées sur ce que font effectivement les conseils régionaux, en se démarquant de leur gestion sociale-libérale et en évitant le discours démagogique du «demain, on rase gratis».
Pour preuve toujours, la brochure nationale. C'est fin décembre, c'est-à-dire en catastrophe au dernier moment, qu'un membre du CE a pris l'initiative de constituer une équipe pour la rédiger (avec les deux camarades déjà cités et le signataire de ce texte). On a fait au mieux, ce qu'on a pu. Mais le programme, notamment les axes de campagne proposés, n'a fait l'objet d'aucun débat collectif dans le parti et dans ses instances de direction - sans parler d'élaboration.
Un problème de méthode
Un autre grand problème est que l'on s'est lancé dans ces négociations sans avoir la moindre idée (en tout cas, sans l'avoir jamais formulée) de ce qui pourrait bien en sortir. Donc, sans s'être préparés collectivement à répondre aux différentes situations qui pouvaient en résulter.
La devise semble avoir été: «on ne sait pas où on va mais on y va». Certes, cette étrangeté s'explique en partie par le fait qu'il y avait dès le départ des appréciations différentes, tant sur les possibilités que sur les conditions pour des listes unitaires. Mais comme rien n'en avait été explicité… Et que l'on avait face à nous des gens qui, eux, savaient où ils voulaient aller ensemble…
Il serait bon d'admettre une fois pour toutes que ce genre de consensus ne renforce pas le parti mais le fragilise. Bien sûr, il faudra toujours savoir faire des compromis. C'est d'autant plus nécessaire dans un parti anticapitaliste large et pluraliste comme l'est le NPA. Mais la condition est que les compromis soient clairs et assumés, donc interviennent après que les débats aient permis d'aller au fond des choses, sans faux-semblants. Lorsque cela se fait dans le non-dit, on met en place soi-même une bombe à retardement.
Une erreur d'analyse
On sait maintenant de source sûre (par le texte de 7 membres du CE dont Alain Castan, Alain Pojolat…) que la majorité de direction a abordé les discussions unitaires armée de l'analyse suivante: comme en 2004, le PCF ira avec le PS dès le premier tour dans une majorité de régions, ce qui veut dire que la proposition de Mélenchon, de former partout des listes unitaires de «l'autre gauche», mettra en difficulté le PCF, par répercussion le Front de gauche lui-même, et que les délimitations se feront d'abord sur cette question-là.
Après une première réaction publique à l'annonce de «l'offre nationale» du PCF qui était totalement déphasée (en gros, il s'agissait d'une manœuvre pour faire passer le maximum de listes de premier tour communes avec le PS), le réveil a été douloureux. Le NPA s'est retrouvé victime de la théorie des «deux gauches» héritée de la LCR. En résumé: il y a d'un côté la gauche sociale-libérale, de l'autre la gauche anticapitaliste et antilibérale, il n'y a pas de milieu possible, entre les deux il faut choisir. Raisonnement simpliste qui nie l'autonomie relative de la gauche de collaboration de classes «antilibérale» (désormais incarnée dans le Front de gauche), ainsi que sa capacité à continuer à tromper comme le faisait le vieux réformisme avant sa conversion au capitalisme néolibéral.
Tout aussi fausse s'est avérée une autre idée, liée à la précédente: celle selon laquelle la direction et l'appareil du PCF mettraient au-dessus de tout la préservation de leurs élus dans les conseils régionaux. C'est un Patrice Bessac qui nous donne, en quelque sorte, une leçon de politique quand il signale le 23 mars dans L'Humanité, en réponse aux questionnements consécutifs à la réduction de moitié du nombre des conseillers régionaux du PCF: «le résultat est avant tout politique. Le Front de gauche, dont le PCF, est installé parmi les trois rassemblements qui compteront pour penser l'alternative à gauche. Si nous n'avions pas existé, nous serions aujourd'hui pris dans l'étau socialiste et Europe Ecologie. Là, il y a un troisième acteur, déterminant.»
Signalons aussi qu'un autre pronostic s'est trouvé démenti : celui voulant que toute la gauche «réformiste» s'achemine, suivant l'exemple italien, vers la constitution d'une coalition de centre-gauche. Evidemment, personne n'avait prédit l'effondrement du Modem. On aurait cependant pu éviter de développer ce discours de façon systématique et sans précaution - jusque dans la conclusion de la brochure nationale. Plus grave, nous avons laissé entendre que le Front de gauche se rallierait à une coalition de centre-gauche alors même qu'il s'en défendait, tout en lui donnant un coup de pouce en légitimant son argument de campagne «placez-nous devant le Modem pour imposer l'union de la gauche face aux tentations de centre-gauche». Autre exemple de but que nous nous sommes marqués nous-mêmes…
Et maintenant?
Conséquents avec la politique qu'ils ont défendue jusqu'à présent, les camarades du courant C&A proposent de redéfinir le projet politique du NPA (avec lequel ceux de leurs membres qui viennent de la LCR n'ont jamais été d'accord), pour faire de notre parti une composante du Front de gauche. Indépendamment de cela, il est de toute façon indispensable de rediscuter le projet. Et de le faire non plus de façon principalement «théorique», comme cela avait été le cas à travers les Principes fondateurs, mais en termes politiques, concrets et actualisés.
Le premier congrès ordinaire du NPA devra inévitablement s'ordonner autour de cette tâche - les questions de programme général s'en trouvant d'autant relativisées. Pour cela il devra, à la fois, tirer des bilans et affronter les défis nouvellement posés. En sachant que nous sommes (momentanément jusqu'en 2012?) dans une situation plus difficile, avec un capital politique entamé et un espace réduit.
Si l'on ne peut savoir ce que nous réservent la crise économique et les luttes sociales, en revanche, un élément politique central est en train de se mettre en place: la reconstitution d'une nouvelle mouture d'union de la gauche. Avec comme l'une de ses composantes, plus ou moins autonome, plus ou moins dépendante mais dans tous les cas intégrée, le Front de gauche.
Bien sûr il y aura des contradictions et il faudra tenter d'agir sur elles. Mais la prise de position première, fondamentale, ne peut être que (comme le dit très bien le projet de résolution politique pour ce CPN): «nous n'en serons pas, parce que ce n'est qu'une autre façon de faire payer la crise aux travailleurs.»
Les débats de la consultation militante sont donc en partie dépassés. Le problème n'est définitivement plus de savoir si le projet du NPA doit être plus ou moins «ouvert» ou «fermé», mais à quelles forces, quels courants il convient de s'ouvrir ou de se fermer en fonction des enjeux politiques réels. Comme tout parti politique, nous allons maintenant devoir nous définir d'abord par rapport à la question du gouvernement, du pouvoir.
Ensuite, à un second niveau, se (re)poseront les autres problèmes, très importants eux aussi, du type d'intervention, de politique de construction, de délimitations programmatiques…