Tribunes des 3 positions (11 novembre)...

Position 1

Pour un parti utile

À l’heure où est rédigée cette tribune, la mobilisation sur les retraites se poursuit. Elle n’est pas finie contrairement à ce qu’avaient pronostiqué certains médias ou les dirigeants de ce pays, même si elle n’est plus en phase ascendante. Incontestablement, au-delà du refus de la loi Woerth-Sarkozy, c’est un mouvement profond et durable qui s’est ancré dans le pays, et qui va rebondir. La rencontre interprofessionnelle et intergénérationnelle de dizaines de milliers de salariés, la conjugaison d’actions de blocages, de journées de grèves et de grèves reconductibles et la dimension unitaire ont permis cet ancrage. Mais surtout, le refus de l’injustice sociale, la conscience grandissante que la majorité de la population est en train de payer la crise des capitalistes, contribuent à rendre ce mouvement éminemment politique. C’est dans ce contexte que le congrès du NPA va se dérouler. C’est doublement une chance pour notre organisation dont les militantEs ont pris une part active à la mobilisation. D’abord parce que justement les membres du NPA ont milité partout à l’extension et à la convergence des luttes, quels que soient les cadres d’organisation, syndicaux, interpro, collectifs unitaires, contribuant ainsi à la constitution d’un front unique le plus large possible. Le NPA a pu faire la démonstration concrète de son utilité dans un moment particulier, celui d’une mobilisation exceptionnelle : un parti en phase avec le mouvement social. Bien sûr, il ne s’agit pas d’exagérer notre rôle et il faut constater que le NPA, toujours en phase de construction, n’est pas encore suffisamment implanté pour peser comme il le souhaiterait, mais il a essayé de tenir son rôle de parti utile aux luttes.

Mais le NPA n’est pas que cela. C’est la deuxième opportunité que présente la période actuelle (crise du capitalisme, plans d’austérité et riposte sociale avec une exacerbation de la lutte des classes) pour notre congrès puisqu’elle nous oblige à nous poser des questions essentielles pour notre orientation politique :
- Quels liens entre mouvements sociaux et interventions politiques ?
- Quelles pistes et propositions, quelle stratégie politique, dans ce contexte de crise majeure du capitalisme ?
- Comment traduire dans ce contexte modifié par la force des mobilisations la perspective du rassemblement des anticapitalistes ?

En effet, nous devons dans un premier temps poursuivre le rassemblement des anticapitalistes et, dans les jours et les semaines qui viennent, nous devons aussi, et c’est complémentaire, nous adresser à toutes ces équipes militantes combatives investies dans le mouvement. Plus que jamais il est essentiel d’avancer des propositions politiques alternatives, de rupture avec le système capitaliste, afin que le rejet du sarkozysme n’aille pas mourir dans la seule perspective d’une alternance social-démocrate.

C’est bien un projet alternatif anticapitaliste que nous devons publiquement mettre en débat, en nous appuyant sur le texte « Nos réponses à la crise ».

Notre profil est clair : un parti utile aux luttes offrant une véritable alternative politique de rupture et indépendante du PS et de ses alliés.

Position 2

Se donner les moyens de faire gagner notre camp social

La crise du capitalisme ouvre une période instable où flux et reflux se succèdent dans la lutte des classes. La mobilisation sur les retraites bouleverse certains pronostics sur un reflux durable de la combativité et la pertinence de la perspective stratégique de la grève générale. Le congrès du parti doit armer les militants pour intervenir dans les luttes de classe avec l’objectif prioritaire d’implantation dans la classe ouvrière.

Préciser notre analyse de la politique des directions réformistes
Les directions syndicales ont paru à la fois accompagner la mobilisation, sans désavouer ouvertement les secteurs les plus radicaux, tout en restant demandeuses en permanence de négociations. En n’avançant pas le mot d’ordre de « retrait », en préférant défendre une « autre » réforme, en n’appelant pas à la généralisation de la grève, l’intersyndicale a refusé d’élever le niveau de l’affrontement là où le gouvernement avait placé la barre et où une fraction des salariés et de nombreuses équipes militantes semblaient prêtes à aller.
Le Front de gauche et le PS n’ont cessé de soutenir la politique des directions syndicales tout en tentant de ramener la radicalité dans le cadre des institutions (référendum, 2012).
Cumulée à des dizaines d’années de reculs sociaux, aux dispositions antigrèves, aux reculs profonds du mouvement ouvrier, la politique des directions réformistes n’a pas permis à la mobilisation d’aller vers un affrontement généralisé avec le pouvoir.

Une direction alternative pour les luttes
Si le NPA montre sa capacité à s’immerger dans la mobilisation, il ne pèse pas pour autant sur son cours car incapable d’imposer une stratégie alternative :
- Nous avons trop vite relativisé les arguments de fond : ce sont les salaires et l’emploi qui financent les retraites ; nos mots d’ordre (37, 5 annuités, taux plein) n’ont pas été portés suffisamment. Ces questions ont été au cœur de la mobilisation dans les secteurs en reconductible.
- La faiblesse de notre implantation dans les entreprises a accru nos difficultés à peser.
- Dans les secteurs où nous avons une influence, aucune stratégie n’a été mise en place pour construire une direction alternative à l’intersyndicale nationale.
- Le NPA n’a pas fait progresser à une échelle large la remise en cause de la politique de l’intersyndicale, en raison des réticences d’une partie significative de la direction. Nous devons mettre en avant des mots d’ordre, des prises d’initiatives alternatives, une auto-organisation et des interpros comme moyens de donner confiance et de déborder les directions réformistes. Cela pose également la nécessité d’un large courant lutte de classe d’opposition dans les syndicats.

Le congrès doit permettre de franchir des caps dans cette direction. Au moment où des illusions électoralistes pour 2012 sont propagées par d’autres, en plein mouvement, au lieu d’insister sur l’illégitimité du pouvoir et la poursuite de la mobilisation, il était une erreur de proclamer abstraitement « une alternative anticapitaliste ». C’est sur le terrain de la lutte de classe que notre camp social posera la question du renversement du capitalisme !

Position 3

Il y a un espace politique à gauche du PS  !

Lors de la fondation du NPA, certains affirmaient qu’il représentait à lui tout seul l’espace politique à gauche du PS. Aujourd’hui, cette petite musique connaît une variante : il y a le Front de gauche, mais celui-ci va être satellisé par le PS. La preuve : le PCF gère les régions avec le PS. Quant au PG, c’est un peu plus compliqué, mais il finira par se rallier.

En somme, la vie politique est simple et ne change jamais. Cette posture implique l’isolement du NPA de toute tentative visant à rapprocher des forces à gauche du PS. Évidemment, les partenaires possibles n’ont pas la même clarté que le NPA, mais pour la Position 1, il n’est pas imaginable que les choses puissent bouger dans le bons sens, ce qui serait même dangereux, car cela pourrait « semer la confusion ».

Cette posture apparaît sectaire et inefficace (voir bilan des européennes et régionales). Elle révèle aussi une vision négative de ce qui se passe dans le pays. Comme si l’accumulation des expériences ne produisait aucun effet, et que la clarification stratégique ne résultait que de dénonciations.

Or, depuis les années 1990, « la gauche » traditionnelle est traversée de multiples contradictions et crises. D’une part, à cause des bilans catastrophiques des expériences gouvernementales. D’autre part, depuis l’écroulement des régimes improprement appelés « socialistes ». De plus, les modifications profondes introduites par la mondialisation, la composition du salariat (féminisation), la crise écologique, la multiplication des espaces d’action et de réflexion (collectifs par thèmes, forum sociaux…) heurtent les routines bureaucratiques et impactent tous les partis. Le PCF surtout est en crise profonde, sans issue. Mais le mouvement est plus large. Des campagnes communes (TCE), des expériences de rapprochements sur le terrain, ont fait naître l’idée qu’un « front » commun était nécessaire pour résister au rouleau compresseur du capitalisme, et pour débattre des alternatives stratégiques pour contester l’hégémonie du PS et des orientations social-libérales. Il s’est passé beaucoup de choses, malheureusement instables : les « collectifs antilibéraux » de 2005, la naissance de la Fase, la rupture du PG avec le PS, la naissance du Front de gauche, la peur du PCF que ce Front de gauche ne devienne une force politique, le départ des communistes unitaires, etc. Nous vivons actuellement, avec le mouvement social anti-Sarkozy, une nouvelle phase dont témoignent les propositions d’Attac et Copernic.

Certes, des divergences importantes persistent dans cet espace à gauche qui se sont d’ailleurs manifestées dans le mouvement sur les retraites, sur les questions de rapport au PS, sur les exigences concrètes face à la crise capitaliste... Concept de République, effets délétères de la présidentialisation de la vie politique, place des luttes sociales dans les ruptures… Les controverses abondent. Mais ce débat a besoin d’être confronté à des expériences communes, à l’action. Le congrès du NPA doit affirmer la disponibilité du parti à prendre place activement dans ces processus à gauche du PS.