Face à la folie de l’Europe des banques, l’union des travailleurs et des peuples...

Publié le par NPA 06 Ouest

Dix ans après la mise en circulation de l’euro, les discours triomphalistes ne sont plus de mise. Tous les gouvernements répètent à l’envi qu’il faut lutter contre les déficits, diminuer les dépenses… Pourtant, le 21décembre, la Banque centrale européenne (BCE) s’est transformée en Père Noël pour le plus grand bonheur de 523 banques auxquelles elle a généreusement ouvert ses guichets pour des prêts sur trois ans au taux de 1 %. Une ruée vers l’or pour un montant de 4 89, 1 milliards d’euros. À ce taux-là, ce n’est même pas un prêt mais un don !

La BCE prétend ainsi éviter un « credit crunch », un effondrement du crédit. En fait, il s’agit d’une généreuse prime à la spéculation. Cet argent emprunté à 1 % pourra être prêté à des taux bien supérieurs en particulier aux États, comme l’Espagne ou l’Italie à plus de 5 %, plus de 12 % pour la Grèce…

Mais, deuxième surprise, dans les jours qui ont suivi, les mêmes banques ont déposé, auprès de la même BCE, 412milliards d’euros, puis 452, des dépôts au jour le jour rémunérés à 0, 25 %.

Les banques croulent sous les liquidités mais ne veulent pas prendre le risque de se prêter entre elles, ne trouvent pas d’investissements suffisamment juteux et préfèrent attendre en plaçant auprès de la BCE plus d’argent que celle-ci vient de leur donner ! C’est « l’ère du soupçon » selon la formule du journal les Échos, un système financier envahi par les créances douteuses où personne ne fait plus confiance à personne où, à défaut d’investissements à leurs yeux suffisamment lucratifs, les spéculations se concentrent sur la dette publique garantie par les États et les banques centrales qui financent les spéculateurs… Et malgré tous les discours sur la « moralisation » du capitalisme, aucune exigence importante n’a été imposée aux banques et à la finance. Une logique absurde sauf pour les bénéficiaires de ce gigantesque transfert de richesses qui s’opère au détriment de la population.

De sommet en sommet, le voile se déchire…

Il devient ainsi de plus en plus difficile aux gouvernements, à la Commission européenne comme à la BCE de masquer le fond de leur politique. La propagande méprisante qui, il y a quelques mois, fustigeait les « Pigs » (Portugal, Irlande, Grèce et Espagne – Spain en anglais), dont il ne fallait pas suivre le mauvais exemple, a cédé la place à une agitation alarmiste mise en scène lors du dernier G20 puis du sommet européen du 9décembre. C’est bien l’Europe qui serait menacée d’exploser si la rigueur budgétaire, l’austérité ne s’imposaient pas à tous dans la plus stricte discipline.

Le sommet européen du 21juillet dernier avait, nous disait-on, sauvé l’euro, évité la contagion. Jean-François Copé déclarait alors : « Aujourd’hui, la zone euro ressort grandie, avec des perspectives d’avenir claires, et les Européens sont rassurés. » Paroles de charlatan. Après le sommet « historique » de juillet, ce fut celui de novembre puis le nouveau sommet de la dernière chance du 9décembre 2011…

En proposant un nouveau pacte budgétaire qui impose à tous les pays de l’Union la fameuse « règle d’or », un taux d’endettement ne dépassant pas les 60 % du produit intérieur brut, avec à la clé des plans d’austérité durable, l’Allemagne et la France avouent l’échec de leur politique ou du moins de ses objectifs affichés. Aucun État n’échappe à la crise de la dette ni aux visées des spéculateurs, la France est elle-même menacée de perdre son triple A…

Merkel et Sarkozy ont pris le masque de l’orthodoxie et de la rigueur financière mais la farce est un peu grosse. Derrière eux, derrière ce théâtre d’ombre des sommets, les banques mènent le jeu. La mise en scène de l’austérité ne vise que les populations et rend d’autant plus insupportable les flots d’euros que déverse la BCE pour entretenir les spéculations. Cette politique, loin d’être un remède, est tout simplement la cause même de la crise, elle l’entretient, l’aggrave parce qu’elle n’a d’autre objectif que d’entretenir et d’augmenter la mainmise des financiers aux appétits insatiables…

Les ravages de la concurrence libre et non faussée…

La crise, commencée en 2007 aux USA, s’est aujourd’hui concentrée sur l’Europe. Maillon faible de l’économie mondiale, espace économique soumis à la libre concurrence dont dix-sept États partagent la même monnaie depuis dix ans, l’euro. Ayant remis sa politique monétaire à une Banque centrale indépendante et n’ayant ni pu ni su se donner les moyens de compenser les écarts économiques et sociaux entre les différents États, l’Europe est devenu le jouet des spéculateurs.

C’est cette contradiction que Merkel et Sarkozy prétendent essayer de résoudre à la fois en cherchant à harmoniser les politiques budgétaires, par une politique drastique de rigueur et d’austérité, et en instaurant une gouvernance européenne pour imposer cette politique. Ils renforcent ainsi le caractère antidémocratique de leur Europe qui ne peut trouver un minimum de stabilité que dans la dictature, de fait, des deux principales puissances cherchant à imposer leur vue au mépris des Parlements élus..

Ils font le pari que la crise financière exerce une pression suffisamment forte sur les États pour que chacun se plie à leur volonté. À défaut d’un impossible processus d’unification démocratique de l’Europe de la concurrence, le seul ciment de leur Europe ne peut être que le rapport de forces sous la houlette du couple Merkozy (où l’Allemagne prédomine) et de la BCE. Mais rien ne dit que le plan qu’ils ont mis en œuvre sera entériné par les différents États. La zone euro pourrait bien éclater d’une façon ou d’une autre. Quoi qu’il en soit, aucun pays ou région n’échappera à la logique de la concurrence et au pouvoir des banques et de multinationales qui minent la démocratie et soumettent les peuples aux jeux destructeurs de l’économie de marché.

Au prix d’une régression sociale généralisée

Ainsi, depuis 2008, la politique des banques, des États et des multinationales a détruit 6millions d’emplois dans l’UE alors que seulement 1, 5million de postes avaient été créés à la mi-2011. Depuis l’été dernier, dans les seules banques, 100 000 emplois ont été supprimés. Les chômeurs de longue durée représentent 40 % des sans-emploi. Le chômage des jeunes dépasse les 25 % dans 10des 27pays de l’Union, près de 50 % en Espagne. Selon le rapport 2011 sur l’emploi et les développements sociaux que la Commission européenne vient de publier, cité par le Monde, il y a une « destruction massive » des emplois dans l’industrie manufacturière et le BTP. La précarité se développe et avec elle la population de travailleurs pauvres. À égalité de qualification, les rémunérations des travailleurs précaires sont inférieures de 14 % en moyenne à celles des salariés bénéficiant d’emplois stables. « La Commission chiffre à environ 114millions, en 2009, les Européens exposés à un risque de ”pauvreté et d’exclusion sociale”, soit près du quart de la population de l’Union européenne. Quatre personnes sur dix de ces 114millions d’Européens en détresse sont inactives. Parmi eux, ceux âgés de plus de 65 ans représentent 16 % du total, mais ce pourcentage grimpe à 22 % si l’on se réfère aux personnes proches de la pauvreté et de la marginalisation. » Paupérisation, insécurité, chômage, précarité, telles sont les conséquences dramatiques d’une politique dévouée aux classes possédantes. Et celle-ci débouche aujourd’hui sur une récession de l’activité qui représente probablement une nouvelle phase de l’approfondissement de la crise mondiale.

Pour l’union des travailleurs par-delà les frontières

Ce tournant de l’austérité vient ruiner les mythes d’une Europe protectrice face à la mondialisation. L’Europe est au cœur de la tourmente, épicentre de la crise mondiale, instrument des spéculateurs qui ont pris le contrôle des finances publiques et les peuples en otage. Cela peut bien sûr nourrir la propagande réactionnaire, chauvine et nationaliste qui prône le retour aux monnaies nationales et le repli derrière les frontières. Un tel retour en arrière enfermerait les travailleurs dans le carcan national à la merci de bourgeoisies nationales acharnées à défendre leur maigre place au sein de la nouvelle division internationale du travail. Il y a une autre issue, démocratique et progressiste, au sein de cette Europe devenue la nouvelle arène des luttes des travailleurs et des peuples. La bourgeoisie veut organiser un nivellement par le bas des droits sociaux en entraînant l’ensemble des classes populaires dans la spirale de la régression. Il s’agit d’imposer l’inverse, la garantie pour toutes et tous d’un salaire décent et d’un travail. Cela implique d’en finir avec la dette publique, de refuser de la payer, d’exiger un audit populaire en vue de sa répudiation, pour permettre à la population de prendre le contrôle des finances publiques par la nationalisation des banques et la mise en place d’un service public bancaire. Ces exigences sont communes à tous les travailleurs et les peuples d’Europe, elles sont aussi une exigence de démocratie. Elles supposent l’institution de nouveaux pouvoirs, tant au niveau national qu’européen, capables d’appliquer ces mesures en s’appuyant sur la mobilisation et l’organisation de la population.

La réalisation de tels objectifs suppose une large union des travailleurs et de leurs organisations, celle-ci se construit à travers chaque grève, chaque mobilisation, chaque initiative pour organiser le refus de l’austérité. L’année 2012 devra marquer un nouveau pas en avant dans cette direction.

 

Yvan Lemaitre.

Publié dans International...

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